Société

L'emploi à Bruxelles : l'étrange vie des étrangers

Article publié le 23 mai 2014
Article publié le 23 mai 2014

30% des habitants de la capitale belge sont des résidents étrangers parmi lesquels on compte des milliers de jeunes travailleurs venus du monde entier. Hyper motivés, qualifiés, et dotés de CV impressionnants, ils peinent pourtant à trouver un emploi. cafébabel est parti à la recherche d’astuces pour les actifs de tous bords. Des conseils pour vous aider à trouver le job de vos rêves.

Au pays des Spé­cu­loos, on ren­contre des tra­vailleurs venus du monde en­tier. Els Schep­pers, l’in­ven­teur de la pâte de spe­cu­loos avait comme de­vise : « si vous vou­lez vrai­ment quelque chose, vous pou­vez le faire ». Cela pour­rait tout aussi bien être le leit­mo­tiv de Nuno Lou­reiro, co­or­di­na­teur d’as­so­cia­tions chez In­terel, qui a rem­porté cette année le Prix eu­ro­péen du meilleur ca­bi­net conseil pu­blic. Avant de re­joindre In­terel, cet am­bi­tieux por­tu­gais de 27 ans a suivi un mas­ter en Sciences po­li­tiques, pris des cours du soir et en­voyé des cen­taines de can­di­da­tures. Il a aussi ef­fec­tué quelques stages non ré­mu­né­rés, tra­vaillé dans un su­per­mar­ché Del­haize pour ga­gner de l’ar­gent et a même dû comp­ter sur l’aide fi­nan­cière de sa co­pine pen­dant un cer­tain temps. Bref, Nuno a tout donné pour réa­li­ser son rêve : tra­vailler à Bruxelles dans les af­faires eu­ro­péennes. « J’ai reçu des cen­taines de 'non' dans ma vie. À par­tir d'un cer­tain stade, le rejet ne vous at­teint même plus. Il faut tou­jours de­man­der un re­tour lorsque sa can­di­da­ture est re­je­tée tout en ou­bliant qu’on l’a fait. Comme ça, quand on re­çoit une ré­ponse, c’est tou­jours une agréable sur­prise. Si on nous ré­pond, ça nous sert pour les can­di­da­tures sui­vantes mais il ne faut pas at­tendre après ça. »

« Tra­fi­quer son cv ? Tout le monde fait ça à Bruxelles »

Pour lui, la so­lu­tion c’est des ate­liers, des langues et un ap­pren­tis­sage en continu. « Ne vous conten­tez pas de ce qui est re­quis par votre job. Il y a des mil­liers d’op­por­tu­ni­tés au­tour de vous. Ne vous lais­sez pas coin­cer par votre tra­vail, même si vous l’ai­mez. N’ar­rê­tez pas d’en­voyer des can­di­da­tures. »

Nuno est passé de stage en stage et il a dû s’ins­crire comme sans em­ploi au­près d’Ac­ti­ris, l’Of­fice ré­gio­nal bruxel­lois de l’em­ploi, à plu­sieurs re­prises. « Les op­por­tu­ni­tés manquent à Bruxelles pour les jeunes di­plô­més », c’est ce qui l’a mo­tivé à de­ve­nir en­tre­pre­neur via B!ngo. Cette ONG à des­ti­na­tion des sta­giaires de Bruxelles aide les jeunes pro­fes­sion­nels à trou­ver un stage équi­table et de qua­lité dans la ré­gion de la ca­pi­tale belge. Par consé­quent, il re­com­mande à tout le monde de « bien ré­flé­chir à son CV et de faire at­ten­tion à la photo. Par­fois je ne parle pas de 's­ta­ge', j’in­dique sim­ple­ment ce que je fai­sais, comme As­sis­tant de pro­jet. Trop de stages peuvent plom­ber un CV. Tout le monde fait ça à Bruxelles. »

Ses 6 an­nées d’ex­pé­rience pro­fes­sion­nelle il les a pas­sées entre Vienne, Kiev et Bruxelles et c’est grâce à ses contacts qu’il trouve ses dif­fé­rents pro­jets. « La clé est d’en­tre­te­nir un ré­seau avec les gens qu’on ren­contre ou avec qui on a tra­vaillé, Lin­ke­din aide beau­coup », ajoute-t-il.

Et l'amour alors ?

Mar­ciano Silva est venu en Eu­rope par amour. Main­te­nant c’est de Bruxelles dont il s'est épris. Il est gé­rant chez Exki!, une en­seigne qui compte plus de 70 res­tau­rants fran­chi­sés ré­par­tis dans 6 pays. Ce Bré­si­lien de 35 ans tra­vaille dans le centre, entre la gare prin­ci­pale et la Grand-Place. Il doit swit­cher entre l’an­glais, le fran­çais, l’es­pa­gnol et n’im­porte quelle autre langue afin d’ai­der des clients venus du monde en­tier. Quand ils lui posent des ques­tions sur les pos­si­bi­li­tés d’em­ploi, son pre­mier conseil est de « cher­cher les in­for­ma­tions of­fi­cielles en se ré­fé­rant aux do­cu­ments lé­gaux et de ne sur­tout pas tra­vailler illé­ga­le­ment. »

Tout en pré­pa­rant des sa­lades fraîches et un latte d’un côté et en ser­vant des chee­se­cakes de l’autre, Mar­ciano m’ex­plique qu’il tra­vaille ici de­puis 7 ans « pour avoir une cer­taine sta­bi­lité fi­nan­cière sans lais­ser de côté ce que j’aime faire ». Une fois sa jour­née au res­tau­rant ter­mi­née, Mar­ciano se tourne vers ce qu’il aime vrai­ment : la pein­ture. Il se concentre sur les ga­le­ries, les ex­po­si­tions et les clients in­ter­na­tio­naux. La vente de ses pein­tures à l’acry­lique lui per­met d’en­voyer de l’ar­gent du côté du Paraná au Bré­sil. Cela lui per­met aussi de suivre son rêve, de mettre à pro­fit sa créa­ti­vité et les connais­sances ac­quises grâce à son édu­ca­tion ar­tis­tique tout en fai­sant la pro­mo­tion de l’art mo­derne bré­si­lien.

Bruxelles : une ville pour « les gens les plus forts »

De­puis le bal­con de Mi­lieu, une so­ciété de conseil po­li­tique et ju­ri­dique, Mari Tepp pré­cise com­ment les en­tre­prises mul­ti­cul­tu­relles de Bruxelles contri­buent à en­tre­te­nir l’état d’es­prit in­ter­na­tio­nal de la ville. « Chaque jour, on tra­vaille avec des gens qui viennent de dif­fé­rents mi­lieux et on voit les par­ti­cu­la­ri­tés de cha­cun, com­ment ils or­ga­nisent leur pause repas ou com­bien de temps elle dure par exemple. Les gens de­viennent plus to­lé­rants et res­pec­tueux. » La jeune es­to­nienne vit à l’étran­ger de­puis main­te­nant plus de trois ans : elle est pas­sée par l’Al­le­magne, la France, les États-Unis et s'est dé­sor­mais ins­tal­lée à Bruxelles. Au­jour­d’hui in­té­grée à un bu­reau mul­ti­cul­turel en tant que cher­cheuse en po­li­tique, Mari a tou­jours « fait at­ten­tion à toutes les op­por­tu­ni­tés qui s’ou­vraient à l’étran­ger, cer­taines pro­po­saient même des bourses ». À ses amis sans em­ploi, elle re­com­mande « de ne pas perdre confiance en soi, même lorsque vous avez l’im­pres­sion que per­sonne ne veut de vous. Il y a une place pour tout le monde. Si vous met­tez du temps à trou­ver une op­por­tu­nité, res­tez ac­tifs. Les pro­jets  de vo­lon­ta­riat, la créa­tion d’une star­tup, l’ap­pren­tis­sage d’une langue et le ren­for­ce­ment de vos com­pé­tences sont aussi des atouts pré­cieux pour votre CV. »

Pour trou­ver sa place dans une ville où l'on peut ré­ser­ver une chambre d’hô­tel en au moins trois langues, Mi­rela Mis­tor a dû ap­prendre le fran­çais, l’an­glais et l’al­le­mand. Elle parle aussi l’ita­lien et le rou­main, sa langue na­tale. Elle a tra­vaillé pen­dant 4 ans pour une chaîne d’hô­tel avant de re­joindre Bruxelles peu de temps après l’en­trée de la Rou­ma­nie dans l’UE. Elle a quitté son petit so­leil et a dé­buté en net­toyant des mai­sons avant de mettre à pro­fit son di­plôme et d’ob­te­nir un tra­vail dans le sec­teur du tou­risme. Son meilleur conseil : « étu­dier, in­ves­tis­sez vous, et étu­diez quelque que soit votre âge, même si vous avez déjà un tra­vail, conti­nuez d’ap­prendre ». Elle a réussi à faire venir son fils à Bruxelles et elle l’en­cou­rage à « ne pas ou­blier que quoi que vous fas­siez, ou que vous ayez envie de faire, vous devez être le meilleur ». Mi­rela re­tourne en Rou­ma­nie chaque été, mais elle a l’im­pres­sion d’être dif­fé­rente. « En vi­vant à Bruxelles, votre men­ta­lité change et vous êtes plus ou­verts d'es­prit. Les gens ne vous re­gardent pas, ils ne vous jugent pas sui­vant ce que vous por­tez. Si vos pa­rents sont der­rière vous pour vous sou­te­nir à chaque ins­tant, vous n’au­rez pas le cou­rage de venir et de vous battre. Les gens les plus forts sont ceux qui peuvent vivre au mi­lieu d’étran­gers, au lieu d’être en­tou­rés d’amis, tout le monde peut faire ça », af­firme-t-elle fiè­re­ment. « Si je de­vais re­vivre ce que j’ai tra­versé jus­qu’à pré­sent, je ne sais pas si je pour­rais le sup­por­ter. Mais cela vous rend plus fort. Tout est pos­sible si on le veut ! »

Cet ar­ticle fait par­tie d'une édi­tion spé­ciale consa­crée à Bruxelles et réa­li­sée dans le cadre du pro­jet « EU-to­pia Time to Vote » ini­tié par ca­fé­ba­bel en par­te­na­riat avec la fon­da­tion Hip­po­crène, la Com­mis­sion eu­ro­péenne, le Mi­nis­tère des Af­faires étran­gères et la fon­da­tion EVENS. Re­trou­vez bien­tôt tous les ar­ticles à la Une du ma­ga­zine.