Société

Légumes bio: coopérer pour mieux acheter

Article publié le 7 septembre 2009
Article publié le 7 septembre 2009
Ils permettent de se procurer des produits respectueux de l'environnement et cultivés dans un esprit équitable… sans se ruiner : en Allemagne, les « groupements d’achats solidaires » se développent et sèment leur philosophie du « bio pour tous ».

Finie la virée hebdomadaire et en solidaire au supermarché. En Allemagne, le gourmet adepte du bio déserte de plus en plus les grandes surfaces au profit des coopératives alimentaires, qu’on appelle aussi « groupements d’achats solidaires ». Les consommateurs s’y associent pour effectuer leur course de fruits et légumes. Puisque les coopératives sont en mesures d'acheter des produits alimentaires issus de l'agriculture écologique en plus grandes quantités, les agriculteurs et les revendeurs de produits alimentaires, comme les entreprises Bioland ou Rapunzel, sont disposés à diminuer leurs prix. Résultat : les membres des coopératives font des économies et s’habituent à consommer « autrement ».

Distribution à domicile

Car l’organisation des coopératives alimentaires se basent sur la bonne volonté de leurs membres. Ainsi, Daniela, étudiante en ethnologie à Münster, assume sa part de boulot : elle réceptionne la livraison des produits dans son appartement. Elle répartit ensuite les produits entre les membres qui passent chez elle récupérer leur commande. La coopérative de Münster a même développé son propre système de commande par Internet. Sur son site, on peut non seulement remplir son panier, mais également comparer ses factures. Chaque membre doit commencer par verser une première cotisation, puis peut commander comme il l'entend. Chacun prélève les coûts sur son compte, mais il n'y a pas de contrôle. Le système des coopératives alimentaires se base sur la confiance mutuelle entre membres. Dès lors, pour entrer dans le groupe, il faut non seulement se présenter en personne aux autres membres, mais aussi être prêt à participer aux réunions le plus souvent possible et montrer un intérêt réel pour le projet...

A portée de toutes les bourses

« Les coopératives alimentaires sont une alternative plus écologique que les magazins bios »

Que trouve-t-on dans le panier bio de Daniela en ce mois de septembre ? Chou-rave, champignons et fenouil, mais aussi mûres et bretzel bio... Inutile de chercher un ananas, vous ne le trouverez pas, même si l'heure est à la « biomania », au point que la simple application d’un label bio parvient parfois à justifier l’exportation de kiwis sud-africains en Europe. Pour les coopératives alimentaires au contraire, la culture de produits alimentaires doit respecter les ressources naturelles et protéger la nature et l’environnement. Ce qui se retrouve dans les assiettes des membres d’un groupement d’achats solidaires, doit avoir été cultivé sans produits toxiques et selon des critères écologiques. Le syndicat fédéral des coopératives alimentaires (mieux connu en Allemagne sous le nom de Foodcoop Bundes AG) se bat en tout cas pour que les produits sans pesticides soient disponibles même au-delà des stocks des coopératives. C’est pourquoi il aide le consommateur lambda à faire évoluer ses habitudes de consommation. Ses chevaux de batailles ? L’abandon des emballages, la réduction des transports de produits alimentaires et le choix prioritaire des produits régionaux et de saison. Après tout, on peut aussi vivre sans oranges d’Espagne ou ananas importés du Brésil.

Plus riche en temps qu’en argent

C’est dans les années 70 que les pionniers du mouvement des coopératives alimentaires ont commencé à concrétiser leur rêve de mettre des aliments bio à la portée de tous, à un prix raisonnable. L’idée s’est rapidement répandue à travers l'Europe entière. Néanmoins, si les nouvelles coopératives se sont multipliées en Allemagne et en Angleterre, elles restent l’exception en France, où elles ne représentent pas encore une alternative à l'offre des chaînes de supermarchés. Par contre, on voit de plus en plus fréquemment les consommateurs des zones plus rurales acheter directement auprès des agriculteurs. D’une manière ou d’une autre, le concept sous-jacent est identique : les produits bio sont meilleurs pour la santé et pour l’environnement, mais aussi moins chers si on les achète directement au producteur.

Pour le porte-parole du syndicat fédéral, Tom Albrecht, les coopératives alimentaires réunissent plutôt des gens « plus riches en temps qu'en argent ». Ceux qui gagnent davantage et s’intéressent au bio achètent généralement dans les magasins bio. « Les coopératives alimentaires en sont la variante plus écologique », souligne Tom Albrecht, car elles sont les seules à pouvoir satisfaire précisément la demande émanant de leurs membres. Plus l’approvisionnement est assuré par des producteurs locaux, plus les transports diminuent. Ainsi, l'agriculteur ou le marchand de gros qui travaille avec une coopérative livre en général ses produits à un seul endroit, accessible à tous les membres. Les magasins bios, eux, sont contraints de générer des bénéfices et de proposer aussi dans leurs rayons des aliments qui s'écoulent moins bien.