Société

Le syndrome François Hollande

Article publié le 6 octobre 2006
Article publié le 6 octobre 2006
Le 8 mars, c'est la Journée internationale des femmes. Qui, à l'image de Ségolène Royal, ne cessent de plaider pour plus d'égalité en revendiquant leurs différences.

« La socialiste Ségolène Royal est la seule candidate à la présidentielle de 2007 suffisamment forte pour tenir tête à Nicolas Sarkozy », analysait récemment la revue américaine Bloomberg. Elégante, pétillante, volontaire. Le charme et l'équilibre de Madame Royal semblent avoir conquis les électeurs français. En outre, elle a réussi à voler la vedette à son concubin François Hollande, actuel secrétaire général du Parti socialiste et aspirant aussi à conquérir l’Elysée.

Les projecteurs médiatiques ont donc délaissé Hollande pour s’intéresser à sa compagne. Les magazines people ont fait de la députée des Deux-Sèvres une star, avec portraits dithyrambiques, sourires carnassiers et même, clichés volés en bikini. L’expression consacrée pour désigner cet engouement des Français ? La « Ségomania. »

D’ores et déjà, François Hollande, à l’allure rougeaude et quelque peu maladroite, se voit renvoyé dans le camps des « éléphants », ces bureaucrates français poussiéreux et masculins. « M. Royal » va-t-il bientôt intégrer le club peu prestigieux des maris oubliés, aux côtés de Denis, conjoint de Margaret Thatcher et K-Fed, alias Kevin Federline, l’époux de Britney Spears ?

« Sic transit gloria mundi » comme disaient les Anciens : ainsi passe la gloire du monde. Quand il s’agit d’hommes qui réussissent moins bien que leur alter ego féminin, Hollande peut se rassurer : il n’est pas complètement seul.

Les hommes ces ‘has been’ ?

Il est vrai que la politique européenne reste contrôlée par des mâles dominants. La chancelière Angela Merkel et les 150 parlementaires féminins en Suède représentent l’exception. En moyenne, les femmes ne représentent que 35% des assemblées nationales des Vingt-Cinq, selon une enquête menée par les institutions britanniques. Dans l’Hexagone, cette proportion chute à 12%.

Le marché du travail pose d’ailleurs toujours autant de problèmes pour les femmes. Le fameux plafond de verre empêche leur accès aux postes de direction. Les résultats d’une étude menée en 2004 par l’ONG Ethical Investment Research Service (EIRIS) sont particulièrement alarmants : moins de 10% des cadres supérieurs français, allemands et britanniques étaient des femmes lors de l’enquête.

La prépondérance du chromosome Y se manifeste encore plus en Italie et en Espagne où les hommes monopolisent plus de 95% des emplois réservés aux cadres supérieurs. Sans oublier que, à poste et compétences égales, une salariée européenne gagnera en moyenne 15% de moins que son homologue masculin.

Toutefois, ces habitudes commencent à changer. Les femmes au travail sont souvent décrites par leurs employeurs comme mieux éduquées, plus consciencieuses et disposant de meilleures aptitudes à la communication que leurs homologues masculins occupant les mêmes postes. D’après une enquête de l’hebdomadaire britannique The Economist, les hommes seraient plus performants pour des emplois qui requièrent une bonne coordination entre l’œil et la main. Comme la chasse au bison à la fléchette dans les bois. Par ailleurs, les garçons excellent à se représenter mentalement des structures tridimensionnelles. Sauf que là encore, un ordinateur le fait. Et mieux en sus.

Qui gagne la croûte ?

De plus en plus de femmes assurent donc la première source de revenus dans leur foyer. L’hebdomadaire L’Expressrévélait qu’en France et aux Etats-Unis, un tiers de ces dames gagnent plus que leur partenaire. Mais l’image traditionnelle de l’homme qui ramène la croûte au foyer a la dent dure. Pour nombre de mâles, l’emploi et le salaire sont la preuve de leur utilité.

Depuis que les rôles classiques commencent à s’inverser, certains hommes se sentent émasculés et bloqués. Debra Burrell, psychothérapeute et fondatrice du centre de conseils matrimoniaux ‘Mars & Venus’ à New York souligne que « les hommes se sentent mal du fait de réussir moins que leur compagne et essaient de surcompenser en demandant encore plus à la maison. » Et aussi longtemps que les hommes démontreront leur incapacité à s’adapter, leur tendre moitié ne pourra que réagir avec aigreur : « les femmes qui se sentent blessées par l’attitude de leur mari, d’autant plus que cela n’était pas dans le contrat initial, vont se comporter sans respect, souvent avec mépris à son égard. »

Harriet Pappenheim, thérapeute conjugale américaine et auteur de l’ouvrage ‘For Richer or Poorer – Keeping Your Marriage Happy When She’s Making More Money’ ['Garder son mariage heureux quand elle gagne plus que vous'] ajoute que « cette situation est encore plus difficile à vivre quand elles ont des enfants. Si son travail empêche une mère de passer suffisamment de temps avec ses bambins, son malaise peut se transformer en ressentiment contre son partenaire. » Une information à ne pas transmettre à Ségolène, heureuse génitrice de 4 enfants.

Dans un monde où les femmes règlent la note dans les restaurants et s’attendent à ce que leurs hommes préparent le petit déjeuner, Hollande et ses semblables doivent garder l'espoir qu'une fois au top, les femmes sauront se souvenir et s'inspirer de l'exemple de leurs mâles prédécesseurs. Maureen Dowd, chroniqueuse acérée au quotidien The New York Times et auteur du best seller 'Are Men Necessary?' ['Les hommes sont-ils nécessaires ?'] l'a un jour prédit : « le temps viendra où nous aurons notre lot de patronnes corrompues et de présidentes adultères. Nous dirigerons enfin le monde. A la sauce masculine évidemment. »