Société

Le retour de l'inquisition en Slovaquie

Article publié le 9 septembre 2014
Article publié le 9 septembre 2014

En Slovaquie, la situation n’est facile pour aucune des minorités. Concernant l’intolérance envers les homosexuels, le pays se distingue parmi ses voisins, et pourrait même venir concurrencer la Russie. La tension monte au sein de la population alors que la tenue d'un référendum pourrait faire basculer les choses.

La campagne dirigée contre les homosexuels est menée depuis un certain temps déjà. Grâce au parti conservateur KDH et à ses accords avec le parti social-démocrate au pouvoir, le SMER, les initiatives des mouvements chrétiens ont réussi à se retrouver dans la Constitution. En juin dernier, elle s’est en effet enrichie de cette phrase : « Le mariage est le lien unique d’un homme et d’une femme. La République slovaque protège le mariage par tous les moyens nécessaires et aide à son bon fonctionnement. » Et ce n’est pas tout. Le mouvement Alliance pour la famille a annoncé en septembre qu’il avait récolté assez de signatures pour organiser un référendum visant à l’interdiction de l’adoption des enfants par des couples de même sexe, l’interdiction d’autres formes d’unions que le mariage et, enfin, l’interdiction de l’obligation pour les enfants de participer aux cours d’éducation sexuelle si les parents ne sont pas d’accord avec leur contenu.

Anticonstitutionnellement ?

« Depuis le début de cette initiative, nous sommes convaincus du caractère anticonstitutionnel de ce référendum. Le but de ses initiateurs est de limiter l’accès d’une partie de la population aux institutions légales du mariage, de l’adoption et du PACS, institutions qui relèvent pourtant du droit à la vie privée et à la construction d’une famille. De fait, ils veulent bloquer ces possibilités pour l’avenir », a déclaré le chef du mouvement Être différent en réponse à la demande de référendum. Le président de la République, Andrej Kiska, s’est mis à dos les initiateurs de la pétition et l’Église en soumettant la demande de référendum au Conseil constitutionnel pour que soit vérifié son caractère constitutionnel. L'ancienne ministre de la justice,  Lucia Žitňanská, a également réagi : « En tant qu’avocate, je pense que les questions posées par le référendum touchent aux libertés et droits fondamentaux de l’individu. J’ai lu plusieurs positions sur le sujet, en ai parlé avec des spécialistes de droit constitutionnel pour en arriver à cette conclusion. »

« Pire que des meurtriers » 

Pendant ce temps, la tension monte entre le groupe soutenant le référendum et celui de ses détracteurs, et ce, pas seulement sur la scène législative. La semaine dernière, la vidéo du prêtre catholique Marián Kuffa, mise en ligne sur le site internet de l’hebdomadaire týždeň (Semaine) a fait scandale. Les mots de ce dernier ont choqué alors qu’il déclarait : « Les homosexuels sont parfois pires que des meurtriers. » Ceci avant de qualifier les homosexuels de « tueurs en série » qui seraient à l’origine d’ « un génocide de la nation ». Cette vidéo a été retirée du site suite à la pression exercée par le public. Un mouvement rassemblant des leaders d’opinion et des artistes est alors rapidement né pour faire face à cette menace pesant sur les droits constitutionnels. Des affiches au logo arc-en-ciel sont apparues dans les rues exposant les visages du monde médiatique et culturel slovaque. « Si j’étais lesbienne, vous arrêteriez de lire mes livres ? » demande l’éditrice Evita Urbaníková. « Si j’étais gay, vous arrêteriez d’écouter ma musique ? » s’enquiert le musicien Robo Papp. Romana Schlesinger du Forum Queer Leaders se réjouit de cette campagne. « Nous sommes très heureux de ce soutien et nous espérons que tout le monde réfléchira à tête reposée aux questions posées par ce référendum. Avec de l’amour et de la compréhension, nous pouvons aller bien plus loin qu’en compartimentant constamment les gens », a-t-elle déclaré sur le site O Médiách.

De leur côté, les conservateurs préparent leur bataille. « L’Alliance pour la famille a rencontré plusieurs responsables de différents partis pour discuter des politiques pro-famille ainsi que du soutien au référendum. Trois partis (OľaNO – parti d’indépendants –, KDH – parti conservateur – et le SNS – extrême droite) ont fait part de leur réel intérêt pour nous aider, par le biais de plusieurs députés », a déclaré Anton Chromík, membre de l’Alliance. « Ce référendum ne veut prendre aucun droit à qui que ce soit. Il nous importe simplement de conserver un statu quo dans notre société de manière à ce que les papas et les mamans slovaques puissent se prononcer librement sur ce qui est le mieux pour les enfants », explique le mouvement.

Grâce à l’action du président de la République, le référendum se trouve en ce moment sur la table du Conseil Constitutionnel. C’est lui qui décidera si les Slovaques voteront en même temps que les communales de cet automne contre les droits de leurs concitoyens homosexuels.