Société

Le Peuple Violet: une vigie citoyenne 2.0

Article publié le 19 avril 2010
Article publié le 19 avril 2010
Lassitude politique, Facebook, mobilisation: le No Berlusconi Day était tout ça à la fois: des milliers de manifestants contre Silvio Berlusconi le 5 décembre, à partir d'un groupe Facebook. Le Peuple Violet en est la continuation: une vigie citoyenne 2.0. Et demain, peut-elle s'essouffler, devenir un parti ? Tentatives de réponses avec Silvia Bartolini, la webmaster du mouvement 2.0.

En Italie, les partis (à de rares exceptions près comme la Ligue du Nord) ont perdu leur popularité, car trop éloignés des gens et de leurs « vrais » besoins. Et voici donc que reviens au goût du jour la forme « mouvement », avec un élément nouveau: le Net. À l’aube du nouveau millénaire 2.0; les mouvements civils ne naissent plus dans la rue ou dans les couloirs des universités occupées mais se forment sur les réseaux sociaux. Le Peuple Violet, mouvement italien né du succès de la manifestation du No Berlusconi Day du 5 décembre dernier, incarne cette tendance.

La vage violette pendant le No B Day« Le Peuple Violetest née de l'intuition d'un blogueur,San Precario, nous explique Silvia Bartolini, webmaster du site du mouvement, qui a créé début octobre une page sur Facebook pour proposer une manifestation demandant la démission de Berlusconi. Les inscriptions ont explosé : 380.000 exactement ». Impossible de ne pas donner suite à cet engouement: « Après le No B Day nous avons ouvert une page sur Facebook intitulée "Le Peuple Violet", pour confirmer le succès du No B Day. On compte aujourd'hui environ 266.000 inscrits » précise-t-elle.

Berlusconi oui, berlusconisme non

Le Peuple violet est né d'une idée très simple: « demander la démission d'un Premier ministre corrompu, qui porte atteinte à la démocratie, et dont l’image publique est dégradée ». La rapidité avec laquelle ce mouvement s'est diffusé est impressionnante. Grâce au web, mais pas seulement : « Nous avons fait levier sur un malaise général et diffus, explique Silvia Bartolini. La rumeur s'est propagée très vite, et même au-delà du web. Par exemple, les jeunes qui utilisent régulièrement Internet ont parlé du mouvement à leur parents, les entrainant au passage dans le projet ». C'est sans doute aussi grâce à une opposition trop statique que le Peuple Violet a trouvé un terrain fertile, dans un pays où le Président du Conseil a imposé le peu démocratique « avec ou contre moi ». Silvio Berlusconi est donc la raison d'être du mouvement: « Nous reprochons à Berlusconi le fait qu'il utilise son rôle de Premier ministre pour des objectifs purement personnels, intervenant souvent auprès des médias, en s'ingérant dans des affaires qui ne le regardent pas, explique Silvia Bartolini. Il a fait de l'Italie une anomalie parmi les démocraties occidentales, le seul pays "riche" qui continue à régresser dans tous les domaines ».

Mais la webmaster du mouvement violet tient à faire une mise au point fondamentale: « Je ne hais pas Berlusconi, je n'ai rien contre lui en tant que personne: je suis écœurée par la propagation du berlusconisme, par ce qu'il est en train de faire à l'Italie, où l'on assiste à un dangereux appauvrissement culturel ». En même temps, Silvia admet que la majorité des Italiens n'appréhendent pas le problème comme le fait la vague violette, et les dernières élections l'ont bien démontré.

Le No B Day dans les rues de Rome

Hors-normes politiques

« Notre objectif est de libérer l'Italie de ces graves problèmes. Nous dénonçons un problème, une urgence démocratique aujourd'hui, et nous pourrons le faire aussi à l'avenir dans le cas où le même problème se poserait avec un gouvernement de gauche ». Le mouvement, de part sa base très hétérogène, est politiquement hors-normes. Des citoyens de gauche comme de droite en font partie car ils sont profondément mécontents de ce gouvernement. Et les pressions politiques ne manquent pas: Le Peuple Violet est un projet politique. Mais c'est aussi un projet anti-parti. « Ces derniers mois nous avons dû faire face à diverses pressions venant des partis politiques d'opposition qui d'une certaine façon ont cherché à nous instrumentaliser », poursuit Silvia Bartolini.

Les critiques ne manquent pas, notamment celle d'être le mouvement d'une élite intellectuelle, un « prince charmant » incapable de réveiller l'Italie. Mais les coordinateurs du Peuple Violet nient catégoriquement: « On ne peut pas dire qu'il s'agit d'un mouvement d'intellectuels. C'est un mouvement qui part d'en bas. Ce qui compte c'est ce qu'on veut faire, non pas qui on est et combien de diplômes on possède. Font partie du mouvement ceux qui ont envie de participer activement ».

Le peuple violet en HollandeLe mouvement continue à s'étendre, et on compte à ce jour environ 120 groupes rien qu'en Italie. Par ailleurs, certains groupes du Peuple Violet se sont aussi formés à l'étranger: Stuttgart, Paris, Londres, Hollande, et la vague violette est même arrivée en Australie.

L'avenir : parti ou partir ?

Mais comment se profile son avenir? D’aucuns pensent qu'il finira bien par se muer en parti. Silvia Bartolini ne semble pas être de cet avis: « Le Peuple Violet est hors des palais, et entend en rester en dehors. Une voix critique aujourd'hui et demain s’il le faut, indépendamment des couleurs politiques. C'est peut-être pour cette raison que nous sommes plus proches des citoyens que des partis institutionnels ».

Un Peuple hétérogèneSans le web que serait devenu un mouvement semblable? « Le web est fondamental, estime Silvia, sans le web nous n'aurions probablement jamais existé. Notre principale voix est Facebook, mais nous utilisons aussi d'autres réseaux sociaux comme Twitter ». Une façon de rappeler l'importance de l'internet, en particulier pour défendre la démocratie : « Le web est très utile pour la démocratie, c'est une façon de connaître la vérité. Mais il est vrai aussi que dans un État libre le web serait moins utile qu'il ne l'est aujourd'hui en Italie » conclut, amère, Silvia Bartolini.

Pour l'instant le Peuple Violet ne semble pas vouloir s'arrêter, et après les manifestations de mars contre le décret « salva liste » (le gouvernement Italien a autorisé les listes du Peuple de la Liberté, le parti de Silvio Berlusconi, a se présenter aux régionales, malgré un retard d'inscription qui aurait dû invalider leur candidature), le mouvement travaille maintenant à l'organisation d'un meeting national en juin. Objectif: prévoir l'avenir, élaborer une charte éthique, un statut, et trouver une méthode de travail pour affronter le problème. Reste à voir si à l'avenir on aura encore besoin de lui ou non.

Photo: Nicolò Paternoster/flickr, BEE FREE/flickr, Daniele Meli/flickr, NewsPhoto!/flickr. Video: imwickedchild47/Youtube