Société

Le journalisme est-il encore digne de ce nom ?

Article publié le 25 novembre 2014
Article publié le 25 novembre 2014

[Opinion] Le journalisme était autrefois décrit comme le quatrième pouvoir : un chien de garde, qui informait et protégeaient la population. Là où l’on cherchait la vérité. Aujourd’hui, l’information vient de toutes parts, de tous les médias et de tout le monde. L’autorité du quatrième pouvoir existe-t-elle encore, sinon, comment peut-on la réclamer ?

Beaucoup de gens choisissent maintenant d’éviter les nouvelles à tout prix. Au moins, les politiciens, même si tout ce qu’ils semblent faire est de reproduire le statu quo, font la queue pour exprimer leur position sur les développements (s’il y en a) même s'ils ne restent pas assez longtemps pour écouter les positions opposées. On sent presque que l’on vit dans un monde qui ne veut pas être changé et qui se bat contre le changement. C’est par contre la responsabilité civile des journalistes de changer ça. Présenter des faits indiscutables, inspirer les débats et alimenter un désir d’amélioration. Dans tous les sens et de toutes les façons.

Avec la troisième saison de The Newsrooms (Salle des Nouvelles au Québec) qui vient tout juste de commencer et le film Secret d’État, qui sortait récemment sur grand écran, le journalisme revient sur la scène publique. Pas qu’il l’ait déjà quitté, mais l'intérêt est plus important depuis que des journalistes sacrifient leur vie pour révéler des informations.

Le film précédemment mentionné, dont l'histoire se déroule au milieu des années 90, s'appuie sur celle du journaliste Gary Webb qui a révèlé l’implication de la CIA dans le trafic de drogue organisé par des rebelles du Nicaragua vers la Californie. Malgré l’énorme pression pour qu’il ne le fasse pas, Webb a choisi de poursuivre ses investigations en rendant public des éléments de preuve. Résultat : il est devenu la cible d’une vicieuse campagne de diffamation alimentée par la CIA, le forçant donc à défendre son intégrité, sa famille et même sa vie, jusqu’au point de se suicider.

Prenons ensuite l’exemple plus récent de Serena Shim, journaliste américaine d’origine libanaise, qui a divulgué que des djihadistes de l’EIIL s’étaient introduits en Turquie puis en Syrie à l’arrière de véhicules d’aide humanitaire. Quelques jours plus tard, elle aurait été tuée dans un accident de voiture impliquant un « poids lourd » qui n’a d’ailleurs jamais été retrouvé. En 2013, environ 100 journalistes ont été tués tandis que 64 autres, en 2014, ont trouvé la mort en luttant pour de l'info.

Le journalisme ne semble plus vraiment être ce qu’il fut jadis. « Le Quatrième Pouvoir », - terme originairement utilisé par Edmund Burke en 1787 à l'époque où la tribune presse de la Chambre des Communes britannique était l’endroit où siégeait le Quatrième Pouvoir, plus important que les trois autres - a semble-t-il vécu. Depuis, le journalisme a beaucoup changé. 

Découle de l’arrivée des médias en lignes et de la mort subséquente de l’impression, que le journalisme devient une profession vulnérable mais encore nécessaire. Avec la crise économique, les revenus produits par ce domaine ont diminué en même temps que le salaire de ceux qui y travaillent. Le « churnalism » a pris la place de la presse d’investigation et les reporters, tous médias confondus, trouvent plus facile de reproduire les communiqués de presse et les déclarations plutôt que de chercher, analyser et critiquer pour offrir une explication claire des nouvelles aux citoyens. Avec la popularisation du « journalisme citoyen » grâce aux médias sociaux, la définition du journaliste devient indistincte. À une époque où le terrorisme global constitue une menace imminente, où les gens sont plus enclins à s’échanger des « selfies » narcissiques plutôt que d’assister au bien-être de la société, où tout le monde se plaint, mais où personne n’agit, c’est plus que jamais le temps pour le journalisme de regagner sa vigueur perdue, sa grâce et son prestige.

Le monde veut lire des informations. Il n’accepte juste plus le mauvais journalisme. Il veut apprendre ce qu’il se passe rapidement, simplement et clairement. Il veut être informé, pas ridiculisé. Comme MacKenzie McHale (Emily Mortiner) l’affirme à Will McAvoy (Jeff Daniels) lors du premier épisode de The Newsroom, on a besoin de réclamer le quatrième pouvoir, de donner l’image du journalisme comme d’une honorable profession, de produire des nouvelles qui informent, stimulent des débats faisant montre de civilité, respectent et retournent à ce qui est important. Il doit mettre un terme « aux vacheries, aux commérages et au voyeurisme ». On a besoin de « dire la vérité plutôt que des stupidités ». Parce qu’on a besoin de croire que le public n’est pas stupide, composé de personnes intelligentes auxquelles on devrait s’adresser. Si l’on traite les gens comme s’ils étaient stupides, c’est ce qu’ils seront. Parler d’eux comme des personnes intelligentes ayant leur mot à dire au sujet des changements à venir, c’est ce qu’ils deviendront. Le journalisme ne consiste pas juste à communiquer des nouvelles et des déclarations. C’est aussi communiquer des informations et permettre aux gens de se faire une idée claire à propos de ce qui arrive et de la manière dont on peut changer les choses. Pour le meilleur. Pour le bénéfice de tous.