Société

La vente à la ferme sur Internet ou la fin des intermédiaires

Article publié le 28 avril 2009
Article publié le 28 avril 2009
La nouvelle directive « libéralisatrice » relative à l’agriculture en Europe approfondit le rôle important du marché à l’heure d’établir les prix et la demande des produits agricoles en Europe. Internet supplante Marx dans la révolution des agriculteurs. Et les « circuits courts » gagnent du terrain.

Dans les conclusions du rapport publié par le Comité économique et social européen en 2005, relatif à la grande distribution, l’accent était mis sur le besoin d’analyses détaillées des marges de prix des aliments au sein de l’UE. L’Espagne utilise, de manière officieuse, l’indice des prix à l’origine et à destination (IPOD), calculé chaque mois par la Coordination des organisations d’agriculteurs et d’éleveurs espagnols (COAG). Cette dernière situe ces marges à plus de 400 % des prix d’origines du produit. « La distribution multiplie presque par cinq le prix d’origine », affirme le porte-parole de la coordination.

« Même si cela ne fait pas vivre la coopérative, Internet est une possibilité supplémentaire »

L’Association nationale des grandes entreprises de distribution (ANGED) affirme que chaque entreprise établit sa propre politique commerciale. De plus, une étude réalisée par Capgemini Consulting pour le ministère de l’agriculture espagnol juge que le processus d’intermédiation est tout à fait efficace et que les marges ne sont pas abusives. « Ici, tout le monde doit y gagner. De plus, le bénéfice net est très limité, il atteint à peine les 3 % du prix final », corrobore un porte-parole de ANGED.

Retour aux prix garantis

(Concha Hierro del Hoyo)Selon un sondage réalisé par l’Eurobaromètre, 43 % des citoyens européens (soit une augmentation de huit points de pourcentage par rapport aux résultats du sondage antérieur), pensent raisonnable que le fait de garantir le prix des aliments soit une priorité politique. Petr Gandalovic, président de service du Conseil des ministres de l’agriculture de l’UE, a confirmé en février dernier, durant la dernière réunion du Présidium de la COPA (Comité d’Organisations professionnelles agricoles) à Bruxelles, qu’il s’agit d’un problème européen et qu’il est possible de contrôler certaines pratiques commerciales. Il a également rappelé que le Parlement européen réalise actuellement un rapport dans lequel il est conseillé que les prix d’achat des produits aux agriculteurs ne soient pas inférieurs aux coûts de production pour que la rente des producteurs soit au moins assurée.

La révolution est d’Internet et non de Marx

Afin de sauver les marges commerciales, de nombreux agriculteurs européens, intuitifs et entrepreneurs, ont déjà mis en marche un système de vente directe de leur produit par Internet, basé sur le principe de la souveraineté alimentaire et agricole de responsabilité partagée, et ce, afin d’éviter les intermédiaires et garantir la qualité. La COAG achève la mise en œuvre de la Red Arco, qui englobe la philosophie de ce mouvement et promeut la production ainsi que la consommation d’aliments issus d’une agriculture sociale, environnementale et économiquement durable, et qui resserre les relations producteur/consommateur.

Les premières initiatives de vente directe en Europe ont été réalisées en Allemagne et en Suisse dans les années 60. Aujourd’hui, bien qu’elle ne soit pas la seule, la France est leader de ce type de commerce grâce à l’Association pour le maintien de l’agriculture paysanne (AMAP). En France toujours, et en Suisse, il existe des Jardins de Cocagne ; au Portugal, des Reciproco et en Espagne, le secteur se développe grâce aux initiatives telles que la Red Arco ou le Proyecto Coccinella, créée en 2004 par l’Association naturaliste du Sud-Est (ANSE).

Des pommes de terre sur Internet

La coopérative agricole Virgen del Rocio a également commencé à intégrer ces initiatives qui provoquent une petite révolution silencieuse. Elle existe depuis quarante ans, dans la colonie de Monte-Algaida, un district appartenant au village gaditan de Sanlúcar de Barrameda, aux portes du Parc national de Doñana et elle approvisionne toute la zone, une partie de l’Espagne et exporte également. « En ce qui concerne le personnel, nous sommes 27, mais en haute-saison, nous sommes 400 travailleurs », déclare avec orgueil la femme qui s’occupe du téléphone et rempli les papiers derrière le comptoir. 

Cela ne fait que quatre ans qu’ils ont commencé à vendre des pommes de terre par Internet, ce qui représente 5 % du total de leurs ventes pour ce produit. « Même si cela ne fait pas vivre la coopérative, c’est une possibilité supplémentaire que nous avons et une opportunité pour l’avenir », confirme le commercial, Miguel Ángel. Les ventes de pommes de terre par Internet ne concernent que l’Espagne, car l’exportation entrainerait des coûts de port supplémentaires et il y aurait très probablement des pertes au niveau de la qualité. Selon Ángel, « le transport augmenterait de 8 euros le prix de l’envoi de 10 kilos commandés par Internet. » De plus, tous les produits sont garantis par le certificat de qualité « global-cap », indispensable pour la vente internationale et par Internet, et ce malgré le surcoût estimé entre 3 000 et 4 000 euros par an, nous dit Antonio, l’expert de la coopérative.

Le panorama de la distribution effraye ces agriculteurs, mais la vente par Internet au travers de la coopérative ne semble pas non plus les soulager de cette angoisse. « Pour eux, c’est toujours la même chose, ils gagnent 10 % du bénéfice, conclut le commercial. La vente directe est une alternative qui en est à ses débuts, c’est pour cela que les agriculteurs se regroupent en coopératives », confirme un porte-parole de COAG.