Société

La Pologne du sexe faible

Article publié le 13 mars 2007
Article publié le 13 mars 2007
Fondé par Manuela Gretkowka, le ‘Partia Kobiet' est une nouvelle formation politique, composée exclusivement de femmes, qui entend se battre contre les stéréotypes traditionnels.

Aujourd’hui, les féministes s’arrachent les cheveux en Pologne. Et il faut admettre qu’elles ont de quoi. En janvier dernier, la très conservatrice Ligue des Familles polonaises (LFP) a proposé de modifier la Constitution pour y introduire comme valeur suprême le « droit à la vie dès le moment de la conception ». Et dans la foulée ses leaders ont affirmé leur volonté de rémunérer les femmes au foyer.

Ces propositions ont toutefois rencontré de nombreuses critiques chez les électeurs. « Si vous voulez parler du droit des femmes, parlez aux femmes avant tout », a notamment dénoncé Izabela Jaruga-Nowacka, députée du Parti de l'Alliance Démocratique de gauche (SLD).

Pas assez de oompah

Il n’en fallait pas plus pour former un Parti des femmes. « Nous ne devrions pas être obligées de résister constamment », justifie Manuela Gretkowka, 43 ans, la romancière et fondatrice du ‘Partia Kobiet’. « Nous vivons dans une démocratie et nous sommes en droit d’exiger que nos droits soient reconnus. Je crois que nous allons réussir. Un jour, il y aura au Parlement une coalition qui s'occupera des femmes polonaises ».

Contrairement aux autres pays européens, aucune loi n’établit l'égalité des genres en Pologne. Mais cela n’empêche pas les femmes d’accéder à des postes importants dans le monde du travail, que ce soit en politique ou en économie.

Pour autant, « les femmes qui sont actuellement au Parlement ne défendent pas suffisamment nos intérêts », déplore Gretkowska. « C’est une erreur que de s’engager sur des chemins idéologiques. Nous ne sommes pas en mesure de résoudre les problèmes qui nous affectent toutes. Et surtout, nous ne protègeons pas ceux qui sont les plus vulnérables dans notre société : nos enfants ».

En Pologne, les femmes qui font carrière sont ainsi souvent pointées du doigt comme un phénomène anormal. Et sont automatiquement étiquetées ‘féministes radicales’.

« Je crois que les femmes ont de moins en moins confiance en elles, » glisse Magda, leader d'une association qui lutte pour les droits des citoyens, le SLLGO. « Même lorsque les femmes travaillent dans des administrations publiques, on leur répète que leur priorité devrait être de s'occuper de leur foyer ».

« La Pologne appartient à ses femmes »

Si l'idée de créer un parti exclusivement dédié au sexe faible a été tournée en ridicule par de nombreux hommes politique, des membres de l’opposition, des hommes d'affaires, des journalistes ou des personnalités importantes n’ont pas hésité pas à témoigner leur soutien au projet. La formation reçoit aussi le soutien d'un grand nombre de femmes « normales » qui tiennent à exprimer leur mécontentement à l’égard de la vie politique actuelle.

« Tous ceux qui nous ont ridiculisées en disant que nous étions comparables à une ‘bête de foire’ doivent comprendre que oui, les femmes peuvent s'organiser au sein d'un nouveau parti et travailler avec une nouvelle idée de la politique », affirme Lidia Popiel-Linda, co-fondatrice du Parti des femmes.

Le Parti des femmes s'est formé après la publication d’un manifeste écrit par Gretkowska ‘La Pologne est une Femme’ [Polska jest kobieta]. Au sein de la coalition, il est prévu que les hommes restent en minorité. Le programme entend rassembler les mécontents de la politique locale mais aussi ceux qui veulent voir une amélioration de leurs conditions de vie. Une cible assez large qui suscite justement les critiques.

La fin justifie les moyens?

«Le Parti des femmes pense sérieusement qu'il peut débarrasser la Pologne de tous ses problèmes sérieux, » sourit Teresa Jakubowska, membre de la formation anticléricale de gauche ‘Racja’. « Moi je ne suis pas convaincue que ce parti apporte quelque chose de nouveau ou d'éblouissant au paysage politique actuel ».

D'autres ne voient dans la création de cette union qu’une maneouvre opportuniste et une publicité grandeur nature pour son instigatrice Gretwoska, qui vient d'ailleurs de publier un livre ‘Les Femmes et les Hommes’, sur le point de devenir un best seller.

Une chose est sûre cependant. Les femmes polonaises ont besoin d'une meilleure défense de leurs intérêts au sein du gouvernement des jumeaux Kazscinsky. Le temps dira si 'Partia Kobiet' saura exaucer les attentes de celles et ceux qui le soutiennent