Société

La Macédoine et les migrants : pour un jugement nuancé

Article publié le 3 septembre 2015
Article publié le 3 septembre 2015

Souvent confondue avec une salade italienne, la Macédoine fait partie de ces pays qui attire rarement l’attention des médias internationaux. Suite aux protestations politiques et à la récente violence policière à l’encontre des migrants à la frontière grecque, le pays se retrouve sous les feux des projecteurs internationaux. Mila Damyanoska témoigne de l’ambiance qui règne à Skopje.

Au printemps dernier, plusieurs villes macédoniennes ont été le théâtre de manifestations massives, bien qu’inégales, certaines réclamant la démission du gouvernement actuel, d’autres lui apportant son soutien. Le pays est sorti de l’ombre médiatique en attirant l’attention de l’Occident qui reconnaît son désir de démocratie, désir fragile mais désormais mondialement reconnu.

Cependant, une crise des réfugiés, la plus importante depuis la seconde guerre mondiale, a sérieusement entaché le portrait de la Macédoine dans les medias internationaux. Des milliers de réfugiés syriens, afghans et iraquiens fuyant leurs pays en guerre ont attiré l’attention des médias étrangers lorsque 4000 d’entre eux ont été bloqués par la police à la frontière ferroviaire gréco-macédonienne. On a reproché aux autorités d’avoir opté pour une position très dure à l’encontre de ces réfugiés qui aspiraient à une vie paisible et prospère en Europe de l’Ouest.

Les autorités macédoniennes ont souvent été durement critiquées par les organisations locales et européennes pour leur traitement inadéquat de la situation. Il est totalement inacceptable de les accueillir à coups de canons à eau, de gaz lacrymogène et de matraques.  Tout ceci a attiré l’attention des médias tels que CNN et BBC qui a redéployé ses équipes en Macédoine.

Dans les Balkans, tout le monde s’attend désormais à voir des cohortes de réfugiés transiter par le pays, et ne pas être en mesure de gérer cette situation avec humanité est un échec moral, qu’on se trouve dans les Balkans ou dans tout autre pays développé. Peu importe notre degré d’irresponsabilité ou d’aveuglement face à cette crise des réfugiés, c’est un problème qui nous concerne tous.

La cruelle réalité est que la Macédoine n’a pas pour le moment les moyens nécessaires pour gérer cette situation. Nous n’avons même pas de trains permettant de transporter les réfugiés en sécurité à la frontière serbe. Les deux centres d’accueil de réfugiés du pays n’offrent pas non plus de conditions de vie décentes. Il faut également rappeler que la police a été prise de court. Elle doit assurer le passage des frontières en toute légalité mais en même temps elle n’a ni les moyens, ni le savoir faire pour y parvenir.

Certains citoyens macédoniens sont prêts à accueillir les réfugiés et à les héberger dans leurs propres maisons, d’autres (et j’ose espérer qu’ils sont moins nombreux) veulent les voir morts et appellent à une plus grande violence. Ces derniers temps, cet état d’esprit  se retrouve dans de nombreux pays européens.

La Macédoine fait déjà face à de nombreux problèmes internes économiques et politiques. Beaucoup de citoyens macédoniens ne se sentent pas tellement plus en sécurité que ces réfugiés qui se massent à nos frontières et subissent souvent le même traitement de la part des services publics (voir les récentes manifestations). Mais au moins nous ne vivons pas dans une zone de conflit (ou nous n’avons pas eu à fuir) comme eux, mais si cela arrivait, ça ne surprendrait plus grand monde. Nous espérons juste que les choses n’en arriveront pas là.

Notre peuple éprouve de la compassion et fait de son mieux. Officiels comme civils, personne n’est parfait. D’une manière générale, beaucoup de Macédoniens se sentent concernés et sont prêts à s’organiser pour aider les personnes dans le besoin. J’espère que ces messages seront diffusés et permettront de nuancer les reportages.

YouTube: La police macédonienne tire du gaz lacrymogène sur les migrants - BBC News