Société

La Génération Y au pied de la lettre

Article publié le 11 avril 2012
Article publié le 11 avril 2012
Prétentieux ou simplement ambitieux, infidèles à leur entreprise ou juste à la recherche d’une façon de conjuguer vie professionnelle et vie personnelle, voici le portrait, tout en nuances, de la Génération Y.

La « Génération Y », ça vous dit quelque chose ? Ce concept a fait les gros titres de la presse française ces dernières semaines, entre la couverture des Inrocks et la sortie coup sur coup de deux livres sur le sujet, sans compter les différentes interviews radiophoniques et l’engouement de la presse traditionnelle. « La Génération Y prend le pouvoir », « La Génération Y va redessinerl’Europe » ou encore « La Génération Y : priorité à la qualité de vie et à l’innovation », voilà ce qu’on pouvait lire sur le dernier phénomène de société à la mode. Mais en fait : c’est quoi la Génération Y ? Les spécialistes soulignent que les Y (c’est leur surnom) sont nés entre 1980, et le milieu des années 1990 et qu’ils sont la première génération à avoir découvert Internet avant l’âge adulte (un autre de leur nom est « digital natives »). A l’origine, le nom de « Génération Y » éclot au milieu des années 2000 dans la sphère managériale, l’arrivée sur le marché du travail de nouvelles recrues avec des codes et des comportements nouveaux ayant poussés les DRH à revoir leurs manuels de management.

Flexibles, surdiplômés et … infidèles

 Pour savoir comment reconnaître un Y, le livre des journalistes françaises Julia Tissier et Myriam Levain, La Génération Y par elle-même (2012, François Bourin éditeur) accouche de certains éléments de réponses. Dans cet ouvrage, les deux journalistes de 27 et 29 ans tordent le cou aux clichés sur la fameuse génération des 18 – 30 ans. « Ils sont individualistes », « ils sont dopés au porno », « ils sont incultes » sont autant de chapitres et de stéréotypes à abattre. Pour les deux jeunes femmes, les Y sont « hyperconnectés » c’est à dire qu’ils sont nés avec un portable à la main et considèrent Internet comme un refuge. Sur-diplômés, flexibles, et ayant connus depuis toujours la crise économique ainsi que le chômage, ils n’ont pas le même rapport au travail que leurs aînés, expliquent-elles encore. Et surtout, ce qui rassemble les Y, c’est leur manque de fidélité à leur entreprise : « La loyauté envers l’employeur n’est plus une valeur de la génération Y. Pas étonnant quand toutes les portes nous sont fermées au départ et que nous sommes systématiquement les derniers servis. Quand obtenir un CDI ou un logement décent s’apparente à une quête impossible, il est logique que nous ayons développé une certaine combativité, souvent assimilé à tort par les anciens à de l’insolence. » Confrontés à cette société où rien ne leur est offert, les Y ont dû développer un sens de l’autonomie, de la débrouille, et il faut bien l’avouer, un certain cynisme. Piqués au Web depuis leur adolescence, les Y ont du mal à faire le tri entre vie professionnelle et vie personnelle : le cloisonnement des deux univers devient impossible. Tout d’abord car Facebook, la messagerie perso ou encore le téléphone portable rappellent à chaque instant la « vie extérieure » au bureau. Et ensuite car le portable pro et les emails auxquels il faut répondre, quelque soit le jour et l’heure de la journée (et de la nuit), font rentrer la vie professionnelle dans la vie privée…

La Génération Y existe-t-elle vraiment ?

« Les Y, génération porno ? Non, pas plus que les autres. La pornographie ne date pas d’hier. »

Cependant, si l’évolution de notre société est indéniable (l’apparition d’Internet jouant un grand rôle dans cette évolution), il est moins évident de prouver que le comportement au travail ou dans la vie amoureuse diffère en fonction de l’âge. Pire, en s’évertuant à déconstruire les clichés les plus répandus, les deux auteures finissent même par ébranler la spécificité prétendue de la génération Y. Ainsi au niveau du sexe, rien de nouveau apparemment : « dès qu’il s’agit de sexe, la société nous renvoie l’image d’une génération totalement débridée. Les Y, génération porno ? Non, pas plus que les autres. La pornographie ne date pas d’hier ». Même chose pour le rayon couple et fidélité : « Quelles valeurs portons-nous en matière d’amour ? Aussi étonnant que cela puisse paraître, elles sont assez classiques. La fidélité reste une « valeur très importante pour les jeunes générations puisque les couples sont basés sur un amour et une confiance mutuelle » constate Ghislaine Paris (une sexologue, ndlr). Et il n’y a pas qu’au niveau du sexe et du couple que la Génération Y ne se distingue pas franchement des autres générations. Tellement qu’on en vient à se demander si elle existe véritablement… C’est que la théorie ne fait pas l’unanimité dans la communauté scientifique. Nombreuses sont les enquêtes qui mettent en doute les préceptes de la Génération Y. En fait ce qui distingue à coups sûrs la Génération Y de ses aînées, c’est surtout le fait qu’elle soit… plus jeune.

Photo: Une(cc)Giuseppe Bognanni/flickr; Myriam Levain et Julia Tissier © courtoisie de François Bourin éditeur ; Vidéos : Génération Y expliquée (cc) AddictionsObsessions/YouTube, Hugo tout seul (cc) : MrHumourdefrance/flickr