Société

« La France ne se regarde pas en face »

Article publié le 27 juin 2007
Article publié le 27 juin 2007
Si le dernier gouvernement français a promu trois personalités issues de l’ immigration, le personnal politique français compte toujours très peu de personnes issus de cette immigration. L’avis de Karim Zéribi, ancien conseiller du ministre de l’Intérieur Jean-pierre Chevènement.

Considérez vous qu’il y a un problème de discrimination raciale en France ?

Il y a un problème identitaire en France, c’est évident. La France ne se regarde pas en face alors qu’elle a une dimension multiculturelle extraordinaire. Elle a su digérer des vagues d’immigration très diverses, espagnoles, italiennes, polonaises, maghrébines, africaines mais elle a un problème avec ces derniers. On a du mal à considérer Mohamed ou Fatima comme des citoyens français à part entière. La classe politique est très loin de l’image de la société française. Il faut faire preuve de volontarisme et ne pas tomber dans les quotas. Il faut que ce combat ne soit pas simplement mené par Nadia et Mourad. L’ensemble de la société française doit se mobiliser. Ce n’est pas un combat communautaire, c’est un combat pour la communauté nationale.

A quand des politiciens d’immigration récente en France ?

Notre pays ne peut plus donner de leçons, la république et la laïcité sont des modèles extraordinaires. Mais dans la réalité, c’est plus compliqué. Quand on a regarde les pays anglo-saxons, on voit une vraie dynamique multiculturelle avec certes, un modèle d’intégration qui ne me convient pas. Mais nous assistons à l’émergence d’une élite qualifiée ‘d’issue des minorités’, même si je n’aime pas ce terme. Quand on est républicain, on ne parle pas de minorités, on parle de citoyens et de citoyennes, on ne se définit pas par ses origines. Si on se définit par des origines, c’est qu’il y a un malaise ou qu’il y a des gens qui sont marginalisés, oubliés, déconsidérés. Je ne suis ni pour la discrimination positive, ni pour les quotas. Si on prenait les meilleurs, si on reconnaissait les compétences, le mérite, le charisme des uns et des autres, la diversité aurait sa place partout. Si l’on n’a pas une représentation fidèle de la société, c’est qu’il y a des verrous qu’on n’a pas réussi à faire sauter. La France aujourd’hui est frappé du sceau de la reproduction sociale. C’est une république de la cooptation et des réseaux. Ce n’était pas la promesse qu’on nous avait fait à l’école. On nous a dit il faut bosser et les mécanismes de l’ascenseur social fonctionneront.

Pourquoi êtes vous si attaché à la république ?

La république, c’est l’égalité de traitement, c’est une dimension fraternelle des relations humaines, le refus de la ghettoïsation, c’est la mixité culturelle et sociale. ça s’oppose au communautarisme, au ‘vivre cote à cote’. Le problème français est le même que celui de l’Angleterre, des Pays-bas, des Etats –unis. Comme nous ils ont leurs ghettos, leurs discriminés, leurs problèmes de reconnaissance. Il y a des choses chez les anglo-saxons qui ont marché et on doit s’en inspirer comme le rêve américain. Il n’y a pas de rêve républicain. Moi j’aimerais un rêve républicain : partir de rien et être capable de tout, se dire que tout est possible.

Pourquoi parlez vous de rêve républicain et pas de rêve français ?

Pour moi la république est universelle, ce n’est pas un concept franco-français. L’histoire de notre pays ne doit ne pas se limiter à notre pays, moi je révérais d’une Europe républicaine et laïque. Mais encore faut il démontrer que la République marche chez nous.

Sarkozy n’est il pas un bon exemple d’intégration républicaine ?

Il est issu d’une immigration hongroise qui est assez différente au regard de l’histoire de France. On ne va pas lui faire le procès de ses origines. C’est peut être plus compliqué pour un français d’origine maghrébine ou africaine avec lequel la France a entretenu une histoire plus passionnelle. 1962, c’est hier, la colonisation, ce n’est pas vieux. Malheureusement, on a du mal à écrire une page de l’histoire commune ce dont on a aujourd’hui besoin pour regarder l’avenir avec plus de sérénité.

Vous dites qu’il y a un problème d’identité en France, qu’attendez vous du ministre de l’immigration et de l’identité nationale ?

Je veux qu’il me redéfinisse ce que signifie ‘être Français’. Être Français, ce n’est pas être blonds aux yeux bleus, être catholique ou être depuis trois ou quatre générations gaulois. Être Français c’est partager des valeurs communes, c’est adhérer aux valeurs de la république, de la laïcité. Et ce n’est pas non plus rejeter ses origines.

En tant qu’allemand, un tel ministère critiqué par le rapporteur spécial contre le racisme de l’ONU, m’inquiète un peu...

Ne vous affolez pas pour rien, c’est du temps de perdu. Laissons les faire, on agira si nécessaire. On ne peut plus faire de la politique sur des présupposés.