Société

Julian Assange « pousse le bouchon un peu loin »

Article publié le 9 décembre 2010
Article publié le 9 décembre 2010
Comme le dit le bon sens italien, « Julian Assange ha fatto la pipì fuori dal vaso » (« Julian Assange a pissé en dehors de la cuvette »). C’est peut-être ce que pensent les chefs d’Etats européens après l’avalanche de révélations qui apparaissent chaque jour sur WikiLeaks, le site internet fondé par l’activiste australien. Et s’ils le pensaient vraiment, comment le diraient-ils ?

La fuite de Julian Assange est finie. Après le mandat d'arrêt international lancé par Interpol dans le cadre d'une enquête suédoise pour « viol et agression sexuelle », le fondateur de WikiLeaks s'est rendu à la police britannique, à Londres, où il restera jusqu'au 14 décembre. L'activiste australien - qui a toujours démenti les accusations, laissant entendre que les plaintes déposées contre lui ne seraient qu’une campagne diffamatoire des États-Unis contre Wiki Leaks et les révélations qui, dernièrement, inondent la presse et le web - a affirmé au juge Caroline Tubbs qu'il se battra contre son extradition et qu'il ne reviendra jamais en Suède. Toujours est-il que l’activiste australien ne cesse de promettre la diffusion de nouveaux dossiers confidentiels… des plus brûlants.

« Ancora? Il ragazzo sta davvero pisciando fuori dal vaso » (« Encore ?! Il exagère, le mec, il pisse vraiment en dehors de la cuvette »), pense sûrement Silvio Berlusconi, après avoir été décrit comme « irresponsable, vaniteux et inefficace comme leader européen moderne », en partie à cause de ses nuits de folie. Entretemps, dans les salons de l’Élysée, le président Nicolas Sarkozy rit jaune : une coupe de champagne dans une main, il suit les dépêches du regard. Elles le définissent un « roi nu », disent de lui qu’il est « autoritaire et susceptible ». Et, animé par l’inspiration, il s’exclame en grinçant des dents: « Tu pousses le bouchon un peu trop loin, Julian », manière polie de dire que le nouveau gourou médiatique « ne pisse pas droit ».

A lire sur cafebabel.com : WikiLeaks, ce que pense Washington de nos dirigeants

Pendant ce temps, Angela Merkel contrôle, sérieuse, le plan du Kanzleramt (la chancellerie) afin de trouver le chemin le plus rapide pour aller aux toilettes et ne pas risquer de perdre trop de temps, lorsqu’on l’informe que les américains la voient « peu créative » et « guère prête à prendre des risques ». « Er hat über die Stränge geschlagen » (« il va trop loin »), pense-t-elle, profondément affectée, avant de passer un coup de fil en Angleterre. Car là-bas aussi, à peu de choses près, l'ex-Premier ministre britannique Gordon Brown a été jugé de la même manière : « Oui, Angela, je sais, répond-il, M. Assange has crossed the lineil a dépassé les bornes »), il faut faire quelque chose ». En Espagne, tout cela n’a certainement pas plu à Zapatero, décrit à son tour par WikiLeaks comme un leader politique opportuniste et bien plus préoccupé par les élections que par le bien-être du pays. Avant de pester contre ces jugements, voilà ses derniers mots : « Te has pasado tres pueblos » (« tu as dépassé trois villages »). Bien au contraire, le Premier ministre polonais Donald Tusk semble pour le moment l’avoir échappée belle. Mais qui peut s’en assurer ? « Zagalopować sięuliangaloper trop loin ») est typique des chevaux de race, et Assange est un de ceux-là ».

Au cas où les évènements devraient prendre cette tournure, cher Julian, je te souhaite vraiment bonne chance !

Illustation : ©Henning Studte/www.studte-cartoon.de