Société

Jeunes Verts Européens : « Si je ne m'occupe pas de la politique, la politique s'occupera de moi »

Article publié le 8 décembre 2015
Article publié le 8 décembre 2015

Elle est belge, il est finlandais. Ils sont jeunes et concernés par l'avenir de la planète. Pour la préserver, ils militent au sein de la FYEG - Federation of Young European Greens. Rencontre avec deux engagés.

Comme beaucoup de défenseurs de l'environnement, les Jeunes Verts Européens sont de passage à Paris pour faire entendre leur voix en amont de la COP21. Cafébabel a rencontré deux porte-paroles de cette fédération qui regroupe 42 organisations écologistes à travers le Vieux Continent. Après avoir animé un atelier sur le lien entre réchauffement climatique et migration à la COY11,  Laura et Teo nous parlent des combats de leur génération et de leurs moyens d'action. 

cafébabel : Quel est le but de votre fédération ?

Laura : Diffuser les idées vertes et connecter entre elles les organisations de jeunesse des partis écologistes en Europe. Nos principes de base sont évidemment la défense de l'environnement mais aussi de la justice sociale. Nous sommes également actifs sur les questions des droits fondamentaux, des réfugiés, du respect des libertés et des minorités nationales et sexuelles.

Teo : Nous nous intéressons aussi au projet européen et à ses crises. On est pour l’Europe, mais une Europe différente, pas une simple union monétaire, mais une union plus démocratique et non dictée par des petits groupes.

cafébabel : Votre discours est fort, mais avez-vous les moyens de le mettre en pratique ?

Laura : Oui, par le biais législatif ! En temps que jeunesse européenne, on a envie de faire passer nos idées via le Parlement européen.

Teo : Nous assurons le lien entre les citoyens et les institutions. Cela a été un de nos objectifs pendant plusieurs années et désormais c’est fait : nous avons trois anciens porte-paroles de la FYEG au Parlement qui se battent sur les thématiques des droits de réfugiés, de précarité, de féminisme et de jeunesse.

Laura : Il s’agit aussi d’impacter les mentalités au sens large. On fait des campagnes pour aller à la rencontre des gens et expliquer les changements concrets qui sont possibles et le modèle vers lequel on aimerait tendre. On croit à la contagion :  si on arrive a convaincre les jeunes à la base et bien ça va se traduire par du concret.

cafébabel : Plus facile à dire qu’à faire. Dans de nombreux pays d’Europe, la jeunesse ne s’intéresse pas nécessairement à l’écologie et surtout ne croit plus en la politique…

Laura : Oui, je peux le comprendre. Ils ont la sensation que c’est loin, qu’ils n’ont pas de moyens d’action. Mais, je me pose la question dans l’autre sens. Je me dis que si je ne m’occupe pas de la politique, la politique va s’occuper de moi.  Si je ne fais rien, elle aura un impact sur ma vie, celle de ma famille, de mes amis, des gens avec qui je vis. Je sais que l’impact de mon action peut être limité, que je ne pourrai pas faire passer tout ce que je veux, mais au moins j’essaie. Une des raisons pour lesquelles la politique paraît lointaine à notre génération, c’est parce que lorsqu’on y pense, on voit des hommes blancs avec des cheveux blancs qui discutent entre eux... C’est pour ça que c’est important de s’impliquer, d’amener des visages jeunes et de forcer une certaine diversité au niveau de la prise de décision politique.

cafébabel : Puisque vous défendez les mêmes idées que les écologistes, quel est l’intérêt de faire une distinction entre « jeunes Verts » et « Verts » ?

Teo : Il y a des questions politiques qui concernent les jeunes d’une manière différentes qu’une autre génération. Par exemple les enjeux climatiques nous préoccupent peut-être d’avantage. D’un point de vue économique aussi, on fait partie de cette génération qui ne sait pas si elle aura une retraite… C’est autour de ces défis qui s’imposent à nous en tant que génération, qu’on veut sensibiliser la population.

Laura : Et puis, les membres de nos organisations ne sont pas nécessairement dans les partis verts. Pour la majorité, ce sont des gens qui se reconnaissent dans ces idées écologistes, ont envie de s’engager, mais pas forcément de se présenter à des scrutins ou de travailler de façon parlementaire classique. La FYEG soutient des candidats, mais n’a pas vocation à aller gagner des élections. Bien sûr, on a des phases de réflexion théorique, mais on a besoin que ça se traduise par des actions dans la rue, les campagnes, des discussions avec l’extérieur.

cafébabel : Justement, d’un point de vue concret quels ont été vos derniers combats ?

Teo : On a mené pas mal d’actions inventives : à Malte pour sensibiliser la population aux droits des réfugiés, à Tbilissi sur le changement climatique , ou à Duissbourg sur l’emploi des jeunes dans cette région allemande touchée par la désindustrialisation... Mais c’est vrai que ces derniers temps , on a tous attendu la COP21 pour se mobiliser et l’état d’urgence bouleverse un peu nos plans.

cafébabel : Qu’attendez-vous de cette COP21 ?

Laura : C’est crucial ! On a vu des échecs dans d’autres pays, par exemple à Varsovie où il y avait une mainmise des industriels des énergies fossiles…On pense qu’à Paris la discussion peut être plus ouverte. En tous cas, ce que nous exigeons depuis le début, c’est un texte contraignant qui limite le réchauffement à 2 degrés. On réclame même 1,5 degré car on sait qu’au delà il y aura de gros dégâts pour les populations insulaires.

Teo : On se sert également de la COP21 pour mobiliser pour la suite. C’est très important de donner une continuité à ce mouvement.

Laura : Et on espère vraiment que ça va marcher, qu’on va avancer, parce que comme le dit notre slogan : « It’s our fucking future » !

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Cet article a été rédigé par la rédaction de La Parisienne de cafébabel. Toute appellation d'origine contrôlée. 

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Retrouvez le nouveau projet de cafébabel spécial COP21 : #21faces.

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