Société

Jack Buckby : le nouveau visage de l'extrême droite britannique

Article publié le 5 février 2014
Article publié le 5 février 2014

Les mé­dias aiment re­je­ter les idées de l'ex­trême droite en les taxant d'inep­ties. Des lois anti-ra­cistes sont même sou­vent pro­po­sées. Mais la dé­mo­cra­tie, c'est en­tendre toutes les voix. C'est par­ler de ce qui fâche pour avan­cer. Alors, qui mieux que Jack Buckby, la nou­velle re­crue jeune et frin­gante de l'ex­trême droite bri­tan­nique, peut mener le débat anti-im­mi­gra­tion ?

À 21 ans, déjà hué et conspué par la gauche et la droite, il fait cam­pagne pour être dé­puté eu­ro­péen. cafébabel l'a in­ter­rogé sur l'im­mi­gra­tion, l'Union eu­ro­péenne et le mul­ti­cul­tu­ra­lisme.

ca­fé­ba­bel : Qu'est-ce que le cultu­ra­lisme, selon toi ?

Jack Buckby : Le cultu­ra­lisme c'est le fait de pré­ser­ver une iden­tité na­tio­nale. C'est per­mettre aux cultures de se dé­ve­lop­per par la vo­lonté de leur peuple. C'est consi­dé­rer que toutes les na­tions ne sont pas né­ces­sai­re­ment égales. Cer­tains Ja­po­nais pour­raient nous consi­dé­rer comme in­fé­rieurs, et cer­tains An­glais pour­raient faire de même avec les Al­le­mands. Nous avons tous le droit de re­ven­di­quer et de pro­té­ger notre culture na­tio­nale sans pour au­tant être taxés de ra­cistes. 

« Remplacer les gens »

cafébabel : Quelles sont les idées de Li­berty GB, ton ancien parti, sur l'im­mi­gra­tion ?

Jack Buckby : Nous pen­sons que l'im­mi­gra­tion n'est plus contrô­lée de­puis des lustres et qu'il est temps de la stop­per com­plè­te­ment, au moins pen­dant cinq ans. Nous in­ter­di­rions à qui­conque de ren­trer sur notre ter­ri­toire pen­dant ce laps de temps et nous fe­rions un bilan de la si­tua­tion par la suite.

cafébabel : Pour­quoi pen­ses-tu que l'im­mi­gra­tion n'est plus contrô­lée ? 

Jack Buckby : Il y a tout d'abord la ques­tion de la sur­po­pu­la­tion de notre pays à la­quelle est liée la ques­tion de l'iden­tité na­tio­nale. Lors­qu'on rem­place les peuples d'une na­tion, on rem­place aussi une culture in­hé­rente à ces peuples.

cafébabel : Plu­tôt que le mot « rem­pla­cer », que pen­ses-tu du mot « vivre en­semble côte à côte » ? 

Jack Buckby : Ce se­rait idéal si tout le monde pou­vait vivre de cette ma­nière. Hélas, ce n'est pas ce qui se pro­duit et le mul­ti­cul­tu­ra­lisme le montre bien.

cafébabel : Que pen­ses-tu du mul­ti­cul­tu­ra­lisme ?

Jack Buckby : Le mul­ti­cul­tu­ra­lisme op­presse la culture d'ac­cueil et le cultu­ra­lisme pré­do­mine par­tout ailleurs qu'en Oc­ci­dent ou presque. Pour­quoi l'Asie fa­vo­rise t-elle les Asia­tiques, l'Afrique les Afri­cains quand l'An­gle­terre est un mel­ting-pot pour tous ? Quelle blague ! C'est l'idée selon la­quelle le mul­ti­cul­tu­ra­lisme crée de la di­ver­sité qui est ri­sible : dès que l'on com­mence à mé­lan­ger les cultures, la di­ver­sité eth­nique et cultu­relle est ba­layée et met tout le monde à la même en­seigne. 

Radiation, menaces de mort et garde du corps

cafébabel : L'im­mi­gra­tion ne ré­sout-elle pas le pro­blème du vieillis­se­ment de la po­pu­la­tion ?

Jack Buckby : Notre po­pu­la­tion vieillit certes, mais les im­mi­grés aussi. On ne peut donc pas conti­nuer à rem­pla­cer les gens de cette ma­nière. Évi­ter le white flight (émi­gra­tion des po­pu­la­tions blanches des ban­lieues peu­plées de ma­nière hé­té­ro­gènes fai­sant ap­pa­raître une ho­mo­gé­néité ra­ciale, ndt) et pen­ser qu'il n'est sans doute pas juste d'éle­ver un en­fant dans un tel désordre éco­no­mique et so­cial sont nos lignes di­rec­trices.

cafébabel : Ne vois-tu aucun avan­tage à l'im­mi­gra­tion ? 

Jack Buckby : L'im­mi­gra­tion est évi­dem­ment bé­né­fique si nous avons be­soin d'in­gé­nieurs ja­po­nais ou al­le­mands à un mo­ment donné, mais avec 2,32 mil­lions de chô­meurs je ne crois pas que nous ayons be­soin de tra­vailleurs non-qua­li­fiés.

cafébabel : Peux-tu nous par­ler de la vio­lence dont tu as été vic­time pour tes idées ? 

Jack Buckby : J'ai été viré de mon uni­ver­sité pour avoir parlé des pro­blèmes liés à l'Is­lam et au mul­ti­cul­tu­ra­lisme. Un de nos maîtres de confé­rence était un mu­sul­man qui es­sayait de jus­ti­fier l'as­sas­si­nat de Lee Rigby (jeune sol­dat de la Bri­tish Army poi­gnardé en re­pré­sailles des at­taques de la Grande-Bre­tagne contre le Proche Orient, ndt). Je me suis op­posé à cela et j'ai été viré en par­tie pour ça. D'autres étu­diants suivent des cours sur le mul­ti­cul­tu­ra­lisme où ce qu'on leur dit pour­rait se ré­su­mer à « l'éga­lité et la di­ver­sité sont des prin­cipes ir­ré­fu­tables qui doivent être ac­cep­tés. La Grande-Bre­tagne, on l'aime ou on la quitte ». On n'en­seigne pas de contre-ar­gu­ments, et tant que cela du­rera, les gens qui pensent comme moi se­ront trai­tés de fas­cistes alors qu'ils ne le sont pas.

Heu­reu­se­ment, je n'ai pas en­core été agressé. La gauche aboie mais ne mord pas. Mais j'ai reçu de nom­breuses me­naces de mort à Li­ver­pool. Des gens sur le cam­pus on es­sayé de m'at­ta­quer, à tel point que j'avais be­soin d'un garde de corps.

cafébabel : N'au­ras-tu ja­mais d'amis mu­sul­mans ?

Jack Buckby : Non car les gens qui se disent être pa­ci­fiques et mo­dé­rés sont soit igno­rants de ce que la re­li­gion leur dicte, soit adeptes du Taf­sir (science qui per­met la com­pré­hen­sion du Coran, ndt) ou plu­tôt de ce qu'on ap­pelle le « men­songe ».

cafébabel : Peux-tu nous dire un mot sur ton ex­pé­rience au Li­berty GB ?

Jack Buckby : La pre­mière fois que j'ai com­mencé à mi­li­ter au­près d'eux, j'étais plu­tôt jeune. J'ai naï­ve­ment pensé qu'ils avaient changé et qu'ils fai­saient avan­cer le débat sur l'im­mi­gra­tion. Je les ai alors re­joint, mais ils ont ra­pi­de­ment com­pris que j'étais in­tel­li­gent et franc. Je me suis alors re­trouvé sur la touche. J'avais ré­gu­liè­re­ment des contacts avec Nick Grif­fin (membre du Bri­tish Na­tio­nal Party - BNP -et dé­puté eu­ro­péen, ndt). Grâce à lui et à d'autres per­sonnes haut pla­cées, j'ai com­pris que leur « dé­dia­bo­li­sa­tion » était une vaste blague, qu'ils étaient tou­jours an­ti­sé­mites et ra­cistes. 

J'ai es­sayé d'in­tro­duire le cultu­ra­lisme. J'ai donné un dis­cours à l'Al­liance eu­ro­péenne des mou­ve­ments na­tio­naux, j'y ai dit « ar­rê­tons de par­ler de race, par­lons plu­tôt de culture ». Si vous re­gar­dez la vidéo, tout le monde se met à rire. J'ai alors tourné cela en plai­san­te­rie, mais j'ai pensé en­suite « mince, c'est vrai­ment étrange ». Plus le temps pas­sait et plus je re­ce­vais des me­naces de membres du BNP et même du Front National Britannique qui me trai­tait de « juif, de sio­niste et d'agent du gou­ver­ne­ment ». J'étais ap­pa­rem­ment payé par le gou­ver­ne­ment pour in­fil­trer les rangs na­tio­na­listes et les rendre ri­di­cules. Mais c'est moi qui ai eu l'air ri­di­cule, et je res­sen­tais en­core plus d'aga­ce­ment parce qu'ils étaient so­cia­listes.

« des skinheads avec des croix gammées »

cafébabel : Par­lons un peu de ta cam­pagne pour être dé­puté eu­ro­péen. Quelle est ta vi­sion de l'Eu­rope?

Jack Buckby : Elle se fait sans l'Union eu­ro­péenne. 

cafébabel : Tra­vaille­rais-tu avec des par­tis de droite d'autres pays ? Par exemple le Front Na­tio­nal en France ou Geert Wil­ders aux Pays-Bas ? 

Jack Buckby : Très pro­ba­ble­ment avec Geert Wil­ders, nous sommes en contact avec le PVV (Parti pour la li­berté néer­lan­dais, ndlr). C'est un très bon parti. Peut-être le FN. Nous tra­vaille­rions avec tous les par­tis anti-dji­ha­distes, tant qu'ils ne sont pas fas­cistes ou néo-na­zis.

cafébabel : Es-tu in­quiet de n'avoir ré­colté que 500 £ pour ta cam­pagne ? 

Jack Buckby : Notre sys­tème de don a quelques pro­blèmes tech­niques, mais nous avons as­su­ré­ment ré­cu­péré plus que cela.

cafébabel : Que penses-tu de la re­pré­sen­ta­tion mé­dia­tique de la droite ?

Jack Buckby : Bien que les per­sonnes les plus brillantes et les plus ins­truites que j'ai ren­con­trées soient de droite, les mé­dias vous font pen­ser que nous sommes tous des skin­heads qui vont au pub avec des croix ga­mées ta­touées sur nos bras.

Cet article fait partie d'un dossier spécial consacré à l'immigration en Europe et édité par la rédaction. Retrouvez bientôt tous les articles concernant le sujet à la Une du magazine.