Société

Inde : des filles mères aux Intouchables

Article publié le 12 décembre 2006
Article publié le 12 décembre 2006
Alors que l'UNICEF célèbre son soixantième anniversaire le 11 décembre, retour sur les mariages infantiles et le système des castes en Inde.

La Constitution indienne –la plus longue au monde avec près 117 000 mots- contient huit principes fondamentaux. Selon l’un d'eux, « les minorités comme les tribus, les communautés défavorisées comme les classes inférieures doivent pouvoir jouir des conditions nécessaires à une vie décente ». 70% de la population indienne vivant toujours dans des zones rurales, le gouvernement doit avoir des difficultés pour appliquer ce principe.

Subash Mohapatra, le fondateur et directeur de l'ONG ‘Forum for fact finding documentation and advocacy’ (FFDA), a longtemps travaillé pour l’un des journaux les plus influents d'Inde. Du jour au lendemain, il est passé d'un bureau confortable à New Delhi au quotidien de terrain, risqué, d'un activiste des droits de l'homme. Les raisons de ce déclic ? La vue dans un hôpital d’une fille mère et de son bébé décédés lors d'un accouchement a agi comme un électrochoc. Mohapatra créé alors la FFDA qui n’a depuis de cesse de dénoncer la pratique du mariage infantile, une coutume illégale mais tolérée par les autorités.

Bien que la législation indienne interdise ces unions depuis 1929, elles sont toujours organisées, surtout dans les familles pauvres. Aujourd’hui, 33% des épouses ont moins de 18 ans, l'âge minimum légal pour se marier en Inde. Ce rite social des mariages précoces concerne principalement les filles. Outre leur immaturité physique, les forcer à une grossesse entre 11 et 15 ans équivaut à les condamner à l'analphabétisme et à la dépendance économique pour le reste de leur vie.

Brosser le sol foulé

Le système des castes reste en Inde très prégnant. Malgré l’interdiction constitutionnelle des discriminations, des millions de citoyens sont toujours considérés comme inférieurs et traités comme tels.

La forme de discrimination la plus cruelle est celle qui touche les communautés Dalit, plus connus sous le nom 'd’Intouchables'. Les Dalits doivent nettoyer les excréments des nombreux animaux errants, sont cireurs de chaussures, vendeurs ambulants ou les paysans sans terre. Dans certains villages, il est interdit que l’ombre d’un Dalit obstrue le chemin d’un Brahame –les membres de la caste la plus élevée- en raison du « risque de contamination ». C’est pour cela que de nombreux 'Intouchables' doivent brosser le sol qu’ils ont foulé. Malgré son décollage économique, l’Inde reste pour ces exclus une immense et invisible prison sociale.

Autres opprimés, les Adivasi qui représentent 8% de la population. Constituée des différentes populations indigènes, cette caste obéit à des mœurs et des rites religieux qui n’ont pas changé durant ces deux derniers millénaires. Leur isolement socioculturel les cantonne dans une marginalité sans défense. Les autorités indiennes n’hésitent pas à s’approprier leurs terres, privatiser leurs forêts et fleuves et à les expulser- souvent sans aucune indemnisation- de leurs villages.

Ces communautés ne sont pas seules

La FFDA aujourd’hui veut lutter aux côtés de ces exclus : ces filles mères sans défense, ces femmes Adivasi violées par des chefs locaux, ces policiers ou guides spirituels que personne n’ose dénoncer, ces Dalits qui croupissent en prison durant des mois, sans preuve ni jugement. L’objectif : que justice soit faite pour ceux qui n’ont pas droit à la parole et qui ne comptent pour personne.

Crédit photos : JDR

Elèments d'information sur le travail des enfants

Selon l’UNICEF, près de 246 millions d’enfants dans le monde travaillent, dont 171 millions dans des conditions dangereuses.

Tous les travaux ne sont pas préjudiciables aux enfants. Il existe une distinction entre travail conforme et travail non conforme aux normes élaborée par l’Organisation Internationale du Travail (OIT).

Travail conforme aux normes de l'OIT

Il correspond à toute participation à une activité économique qui ne nuit pas à la santé, au développement ou aux études des enfants. Les travaux légers sont autorisés à partir de 12 ans.

Concrètement, les enfants peuvent travailler chez eux, dans la ferme ou l’entreprise familiale. Leur travail est toléré tant qu’il ne compromet pas leur santé et ne les empêche pas de suivre leur scolarité en profitant de leur enfance.

Travail non conforme aux normes de l'OIT

Il s’agit de toute activité enfreignant la Convention 138 de l’OIT : les enfants de moins de 12 ans qui travaillent, ceux âgés de 12 à 14 ans qui effectuent plus que des travaux légers et ceux qui subissent les pires formes de travail des enfants.

Une liste des pires formes de travail des enfants a été établie par l’UNICEF :

EsclavageRecrutement forcéProstitutionTraiteActivités illicites contraintesActivités dangereuses

Une évolution à défaut d'une révolution

Mais l’UNICEF, à l’aube de son soixantième anniversaire, se veut réaliste : il est impossible d’éradiquer totalement le travail des enfants. Néanmoins, de nombreuses actions peuvent déjà être menées pour améliorer leurs conditions de travail. Des missions d’informations doivent en outre être encouragées.

A Firozabad dans l’Uttar Pradesh (Inde), des spectacles de théâtre de rue permettent d’informer les enfants employés dans l’industrie du verre et leurs parents sur les dangers liés à cette activité. Les enfants, âgés de 6 à 14 ans, peuvent se rendre à la fin de leur journée de travail, dans des centres d’enseignement parallèle qui peuvent proposer des passerelles vers un enseignement plus scolaire. Au Népal, l’UNICEF et le gouvernement norvégien ont mis en place des ‘Bal Bikas Kendras’, des sortes de centres de développement de l’enfant qui proposent aux enfants travailleurs 2 heures de cours, 6 jours par semaine.

Article écrit par Louise Buonggiovanni

Traduit par Sylvie Lewandowski