Société

Hongrie : tous les immigrants sont les bienvenus ?

Article publié le 17 octobre 2016
Article publié le 17 octobre 2016

Il semble qu'Orbán distingue deux types de politique d'immigration. D'un côté, il refuse les quotas de répartition des réfugiés de l'UE, qui imposeront à Budapest d'en accueillir près de 1 300. De l'autre, le gouvernement accorde 4 000 permis de séjour à des citoyens non-européens qui acceptent d'investir dans l'économie. Xénophobie sélective ou calcul politique ?

Les référendums sont des outils de démocratie directe permettant d'offrir au peuple un choix sur des problèmes spécifiques, considérés comme importants pour lui. Mais parfois, ils peuvent aussi être utilisés comme une diversion, pour évoquer des sujets bien plus importants pour le gouvernement que pour les citoyens. 

C'est bien ce qui pourrait s'être passé en Hongrie le dimanche 2 octobre, date à laquelle s'est tenu un référendum sur les quotas européens de répartition des réfugiés. La majorité des votants se sontexprimés contre le système des quotas. La participation n'a néanmoins pas atteint le quorum de 51%, invalidant le résultat final.

Csaba Toth, directeur du Republikon Institute, un think-tank libéral de Budapest, a déclaré que le gouvernement était très attaché au sujet de l'immigration pour des raisons politiques. « De nombreux instituts de recherche ont découvert que lorsque l'immigration est d'actualité, la popularité de Fidesz (le parti majoritaire d'Orbán, ndlr) décolle. Quand ce sont d'autres sujets, comme l'éducation, la santé, l'économie, elle redescend. Alors ce qui compte, c'est vraiment le sujet du moment. À cet égard, le référendum a beaucoup fait dans ce sens », ajoute-t-il.

La tentative d'utilisation de l'immigration moteur de l'agenda politique du parti majoritaire pourrait bien ne pas se limiter aux référendums sur les quotas de réfugiés. 

Procédure simplifiée d'obtention du permis de résidence 

Le gouvernement a mis en place en 2013 un « Residency bond program », afin d'attirer les riches investisseurs venus de pays étrangers à l'Union européenne. Le programme propose une procédure d'obtention du permis de résidence simplifiée, ainsi qu'un droit d'accès à l'espace Schengen pour l'investisseur et sa famille, en échange d'investissements. 

Une fois le CV, le formulaire de candidature et le passeport des candidats vérifiés par les autorités, les permis de résidents permanents sont délivrés en 8 à 10 semaines. Jusqu'ici, près de 4 000 candidatures ont dejà été acceptées. Cela prend moins de trois mois pour avoir son droit d'accès libre à l'espace Schengen depuis la Hongrie aux « personnes qui ne sont pas résidentes ni citoyennes de l'UE, mais pour qui la liberté de circulation a une grande importance » - selon les mots du programme. Cette chance n'est pas offerte aux 1 297 réfugiés que le système de quotas de répartition a affecté à Budapest

On peut donc tirer la conclusion que contrairement aux apparences, tous les immigrants sont les bienvenus en Hongrie. Ils peuvent être utilisés soit pour détourner l'attention des citoyens des défaillances internes du gouvernement (Orbán ne serait sûrement pas le premier homme politique européen à utiliser cette astuce), soit pour tirer profit de leur richesse. La question de savoir si tout ceci relève de xénophobie sélective ou bien de calcul politique reste sans réponse.