Société

Hongrie : bataille pour l'occupation de la rue

Article publié le 9 février 2012
Article publié le 9 février 2012
Il y a quelque chose de pourri dans la République de Hongrie. Le gouvernement a réservé tout le centre ville de Budapest pour la célébration de la fête national à venir, bloquant en réalité toute possibilité de manifestation. Un aperçu des réactions de l’opposition.

Le 16 janvier, l’ONG hongroise Milla (ou « un million pour la liberté de la presse en Hongrie ») a demandé l’autorisation d’organiser un rassemblement le 15 mars dans le centre de Budapest. Mais la mairie a rétorqué que les principales places du centre ville étaient d’ores et déjà réservées pour cette date. En deux jours, la nouvelle s’est répandue : le gouvernement hongrois allait monopoliser tout le centre ville pour la fête national, se prémunissant ainsi contre toute manifestation de mouvements contestataires. De plus, selon certaines rumeurs, le gouvernement n’a pas prévu de s’arrêter là, et compte faire de même pour les deux ans à venir.

Les rues de Budapest ont récemment été le théâtre d’un nombre croissant de protestations, contre les réformes de l’éducation et de la fiscalité, les lois liberticides envers les médias ou plus généralement contre la situation politique et économique actuelle de la Hongrie. Ainsi, le 23 octobre 2011, la Milla a rassemblé des dizaines de milliers de personnes lors d’une manifestation, et la contestation n’a fait que se renforcer, comme l’ont montré les citoyens descendus en masse dans la rue pour protester contre la nouvelle Constitution en janvier 2012. Les manifestants veulent ainsi prouver au gouvernement hongrois, mais également au reste du monde, qu’une part considérable de la nation hongroise n’adhère pas aux récentes mutations de la société. Un étudiant de 23 ans remarque « Je pense que cette monopolisation montre la lâcheté du gouvernement. Ils ont l’air de redouter la voix du peuple et des autres partis, et tentent ainsi d’empêcher les manifestations d’une manière stupide. Ça me paraît absurde qu’ils croient réellement que cette attitude va mettre fin aux protestations. Les opposants trouveront un moyen de se faire entendre, tout comme ils ont auparavant réussi à organiser des manifestations et à réunir le peuple, surtout à l’aide d’Internet ».

Mais pour l’instant, l’incertitude domine : le MSZP (Parti socialiste hongrois, ndlr), principal parti d’opposition, a écrit au maire, István Tarlós, afin que la municipalité libère des espaces pour les manifestations. Certains médias tel que le site HVG.hu se sont interrogés sur le fait que la ville puisse donner son accord, des manifestations civiles y étant en effet traditionnellement organisées, le 15 mars. Les ONG et les autres partis d’opposition sont divisés entre compromis et défiance. La Milla a réaffirmé qu’elle organiserait une manifestation le 15, et ce même si elle doit pour cela en référer à la Cour européenne des droits de l’homme de Strasbourg. Elle a également posé une requête afin de réserver, à des manifestations, la rue Szabad Sajtó dans le centre de Budapest pour les 100 prochaines années. Le parti d’opposition LMP est également déterminé à ester en justice, affirmant, comme la Milla, que les actions du gouvernement hongrois portent atteinte à la liberté de réunion et d’assemblée. L’ONG, Szolidaritás, qui se sert de Facebook pour mobiliser les citoyens, a quant à elle décidé de contourner le problème, en manifestant le 10 mars.

Quoi qu’il en soit, la stratégie du gouvernement hongrois apparaît impuissante face à la détermination des citoyens à se faire entendre. Une mère de 31 ans explique ainsi « J’ai jusqu’ici participé à la plupart des manifestations contre le gouvernement, car je voulais que les autres pays nous entendent, et j’espérais que le gouvernement réalise que certaines de ses décisions n’étaient pas les bonnes. Cette nouvelle m’a tout d’abord découragée, mais j’ai ensuite pensé que ce n’était pas ça qui pouvait nous réduire au silence. J’espère que nous pourrons trouver un moyen civilisé de régler le problème. » Il est certain que les manifestations ne font que commencer, comme en témoigne une femme de 26 ans, désirant rester anonyme : « La démocratie signifie que nous avons droit à la liberté d’expression. Et cela ne peut nous être enlevé. Malgré tout, je pense qu’il est nécessaire que les organisations civiles se renforcent afin de pouvoir accomplir quelque chose. »

Il n'est pas garanti que les hongrois puissent exercer leur droit à manifester le 15 mars, mais nous pouvons tout au moins être sûrs que les ONG se battent pour défendre nos droits. Il faut espérer que les manifestations du 15 mars ne se feront pas dans l'illégalité, et que la Hongrie est ainsi toujours un pays démocratique.

Photo : (cc) Csutkaa/ Flickr; Vidéo : judeyw/ Youtube