Société

Guantanamo : les fins stratèges européens viennent en aide à Obama

Article publié le 30 janvier 2009
Article publié le 30 janvier 2009
L’UE prépare un parachute juridique et politique pour que les 27 puissent accueillir les prisonniers de Guantanamo. Stratégies électorales, mauvaise volonté et opportunisme sont au programme de cette vaste opération séduction.

C’est comme si on « plouffait » : qui sera l’interlocuteur européen d’Obama : le Parti populaire européen ou les socialistes européens ? Il s’agit d’accueillir les prisonniers de la prison de Guantanamo et ainsi aider Obama à fermer une fois pour toute cette prison cubaine illégale. Ceci à une condition : qu’aucune charge ne pèse sur les prisonniers relâchés. Reste à savoir si ces personnes pourront bénéficier des accords de l’espace Schengen et passer d’un pays de l’UE à l’autre librement.

Le Portugal a besoin d’un lifting diplomatique

(Helene C. Stikkel, Civ/ Wikipedia)Le ministre portugais des affaires étrangères, Luis Amado, est apparu comme le premier homme politique européen très concerné par ce problème au sein de l’UE. Il veut aider Obama à refermer le chapitre noir sur lequel s’est construit Guantanamo : celui des droits de l’Homme. Un geste, peut-être, qui pourrait tranquilliser sa conscience et laver l’image internationale du Portugal.

Car c’est l’antique premier ministre portugais conservateur, José Manuel Durão Barroso aujourd’hui président de la Commission européenne, qui a forcé le Portugal à allonger la liste noire des pays entrant en guerre contre l’Irak aux côtés de Bush, élaborée lors du sommet des Açores ; ceci contre l’opinion des experts de l’ONU et contre la volonté de cette même organisation, provoquant ainsi une scission sans précédent au sein de l’Union européenne.

Rien de surprenant donc, à voir l’Espagne et le Royaume-Uni se joindre à l’initiative de leur collègue portugais : tout le monde veut être l’interlocuteur d’Obama en Europe. Cependant ce coup diplomatique peut avoir une portée non négligeable dans la politique européenne. On sait que le Parti populaire européen, dont le chef de file est Joseph Daul, nourrit d’intenses relations avec l’équipe de Barack Obama pour la convaincre, à l’échelle d’une politique transatlantique, que l’interlocuteur de confiance du parti démocrate nord-américain n’est pas les libéraux ou les socialistes, non, mais le Parti populaire européen lui-même.

La stratégie de Gordon Brown

Rien de plus naturel en fait, car le principal allié des partis populaires européens dans cette stratégie n’est ni plus ni moins le premier ministre britannique Gordon Brown. Son intérêt immédiat à l’échelle européenne, c’est que les socialistes soient loin derrière le Parti populaire européen aux prochaines élections, et que les partisans des Tory (les conservateurs britanniques) se séparent, comme il a été annoncé, du Parti populaire européen.

Cela lui permettra de transformer les travaillistes britanniques en une délégation charnière qui aura besoin du centre droit européen pour à la fois lancer ses réformes européennes et assurer à Brown une relève politique. C’est pour cela que les activités de médiation entre les Etats-Unis et l’Europe ces derniers mois sont devenus frénétiques : il voudrait assumer la figure de prou des socialistes.

La réponse des socialistes européens

De ce point de vue, les socialistes se voient maintenant dans l’obligation de saisir la moindre opportunité pour reprendre le flambeau de l’initiative, bien à la vue d’Obama et de l’électorat, qui ira voter en juin 2009 pour un parti qui ressemblera sans doute à celui d’Obama. Pour l’instant, lors de toutes les cérémonies officielles du Parti Socialiste européen, on entonne à répétition le slogan « Yes we can » de la campagne d’Obama.