Société

«Génération ?» : Tentative d'épuisement d'une génération européenne

Article publié le 27 janvier 2011
Article publié le 27 janvier 2011
Ils sont plus habitués au clavier d’un ordinateur qu’à tenir un stylo. Génération Einstein, génération Google, génération Y et autre génération perdue… difficile de les retenir toutes et de faire un choix. Les jeunes qui ont entre 20 et 35 ans, connectés coûte que coûte, vivent dans un monde qui n’a rien à voir avec celui de leurs parents.
Des experts et victimes de cette incertitude nous présentent les clés pour comprendre cette génération inconnue.

« Y-a-t-il des similitudes avec la génération de nos parents ? En réalité peu. On remarque plus facilement les différences qui elles sont plus nombreuses », c’est ce que suggère Almudena Moreno, professeur à l'université et collaboratrice à l’Institut de la Jeunesse espagnole. Les jeunes bougent plus que jamais dans ce contexte de mondialisation, pour le meilleur et pour le pire. A noter que c’est peut-être pour cette raison qu’ont coïncidé les attentats du 11 septembre à New-York, ceux du 11 mars à Madrid ou encore ceux du 7 juillet à Londres et qu’ils représentent des événements clés. « Nous avons découvert le pouvoir de l’image et nous avons pris conscience que le terrorisme n’avait pas de frontières », explique Carmen María, une Espagnole de 25 ans. Pour Néstor, 30 ans, « ça été comme si ces peurs et cette insécurité entraient dans notre propre maison ».

 Notre révolution ? Internet !

Cependant l’élément séparateur entre cette génération et les précédentes est sans aucun doute Internet. « Les réseaux sociaux sont actuellement en train de modifier les formes de socialisation et la construction de l’identité. L’autorité au lieu d’être verticale devient horizontale. Les informations sont disponibles immédiatement et les réseaux sociaux atténuent les frontières entre ce qui relève du public et ce qui relève du privé », affirme Almudena Moreno. Un rapport de décembre 2010 d'Eurostat révèle qu'en 2010, 80% des jeunes internautes de l'UE utilisent des réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter. « Lorsque sont apparus les ordinateurs, ils avaient un écran vert, et les téléphones portables ressemblaient davantage à un pavé qu’à un moyen de communication. Aujourd’hui on a un portable, comme le smartphone, sur lequel on peut surfer sur Internet. On a été des privilégiés pour avoir connus les dessins animés Disney en VHS, et aujourd’hui on peut les voir sur notre portable lors d’une consultation chez le dentiste », s'étonne Carmen Maria.

Une génération transfrontières

Carmen travaille actuellement dans le web marketing, un secteur professionnel qui n’aurait jamais pu exister pour la génération précédente. Elle fait partie des deux millions de jeunes qui ont pu profiter d’une bourse Erasmus depuis sa création en 1987. Grâce à son Erasmus en Italie, elle a rencontré des gens de différentes nationalités, a appris une nouvelle langue et a vécu une expérience personnelle et académique enrichissante qu’elle ne cesse de recommander. Valérie est italienne mais a passé son Erasmus à Paris. Là-bas elle a connu Ángela, une Espagnole, avec qui elle continue de garder contact grâce à Internet. Toutes les deux avaient seulement un an lorsque l’Espagne et le Portugal ont rejoint la communauté européenne. Pour Ruth García, 34 ans, ça a été l’un des événements majeurs pour sa génération. Espagnole, elle travaille depuis 9 ans comme enseignant-chercheur en Allemagne. Grâce à l’Union Européenne, toutes ont pu partager une expérience internationale, une même monnaie et de nouveaux moyens de mobilité. Une mobilité à laquelle ont contribué les vols low-costs, un concept américain qui a fait sont apparition en Europe en 1985 avec la compagnie irlandaise Ryanair, et dont le succès n'est pas remis eu cause par la crise économique.

Une génération perdue

Une crise qui a pris de plein fouet les jeunes européens. Globalement ils ont les moyens requis pour trouver du travail mais un peu plus de 20% des moins de 25 ans n’en trouve pas. « La crise est sans nul doute notre plus grande préoccupation car il s’agit d’un problème social lié au manque d’emplois sur le marché du travail », ajoute Ángela. En septembre dernier, Dominique Strauss-Kahn, directeur en du Fond Monétaire International (FMI), s’exprimait à Oslo sur le risque « d’une génération perdue, se détachant du marché du travail, avec une perte progressive des connaissances acquises et sans réelle motivation ».

« On nous appelle "la génération indolente". Moi je dirais plutôt la génération sans avenir. A la différence des générations précédentes, on a aucun objectif clairement défini, rien à lutter pour ou contre. Le manque de motivation génère toujours une certaine paresse, mais je ne crois que nous soyons nonchalants par nature », nous assure Ruth. Les jeunes ont des inquiétudes mais ils sont déçus des politiques. Néstor confirme : « la politique m’intéresse car leurs décisions nous affectent directement, mais je ne suis pour aucun parti en particulier, ils ne répondent pas à mes exigences ni à mes attentes ». Lui, l’ingénieur technique et professeur, recycle et se préoccupe de l’environnement et du changement climatique ou « tout du moins ce qu’on nous raconte de lui ». Le problème de l’environnement a pris de l’ampleur surtout depuis qu’on a commencé à en parler en 2007, lorsque Al Gore reçu le prix Nobel de la Paix grâce à son documentaire intitulé « Une vérité qui dérange ». Aujourd’hui personne ne doute de la nécessité de préserver l’environnement, mais de l'échec du sommet de Copenhague au succès relatif de Cancún, les politiques gouvernementales ne génèrent plus aucune crédibilité envers les jeunes.

Photo: Une : (cc) ramtyns/flickr ; statue de Saddam Hussein: Gerard Van der Leun/flickr