Société

Gare au toit : les étudiants étrangers à la porte du marché de l'immobilier à Paris

Article publié le 18 janvier 2010
Article publié le 18 janvier 2010
Pour beaucoup d’étudiants étrangers, souvent « lost in translation », venir faire des études à Paris est un rêve qui tourne vite au cauchemar. Si trouver un appartement intra-muros est déjà difficile pour les Parisiens, c'est quasiment impossible pour les étrangers ! Reportage.

Comment paies-tu ton appart' ? Pour les Parisiens d’adoption fraîchement débarqués à Paris, la question est récurrente. Lorsque l’on ne se la pose pas soi-même, ce sont souvent les amis ou les parents qui le font. Les histoires de vie commune avec de nouveaux colocataires français viennent dans un deuxième temps. Le coût des loyers est un sujet de conversation bien plus en vogue même si c'est un cauchemar rien que d'y penser. Ce n’est pas un secret : Paris compte parmi les villes les plus chers du monde. Les prix augmentent sans cesse. Ils ont d'ailleurs atteint un sommet en 2006. Pourtant, même en 2009, le locataire paie entre 17 et 25 euros le mètre carré par mois en fonction du quartier [en moyenne 750 euros pour 30 m2]. Compte tenu du mauvais état de certains bâtiments, beaucoup de personnes à la recherche d’un appartement se demandent comment ces prix sont encore justifiables.

Le supplice du choix

Zakaria a 24 ans. Il étudie depuis novembre dernier à Paris. Sa nationalité marocaine a déjà rendu compliqué son immigration et son inscription à l’université. Et cela aurait pu être encore plus compliqué de rechercher un appartement. Les bailleurs exigent des personnes sans revenus réguliers (étudiants ou stagiaires) une caution souvent parentale. Il est attendu du garant que, en cas de problèmes, celui-ci puisse avancer spontanément trois mois de loyer. Mais cela ne suffit pas : il doit en outre être employé en France.

« Je n’ai rien contre les étrangers, mais je ne prends pas volontiers de risques dans la vie »

C’est à cette sélection qu’échouent la plupart : et les bailleurs s’en moquent, gâtés par le marché des appartements parisiens. Parmi les 50 intéressés par annonce, ils excluent tout simplement les cas les plus difficiles. « Je n’ai rien contre les étrangers, mais je ne prends pas volontiers de risque. » C'est ainsi que les bailleurs justifient le rejet d’aspirants non-français. Le prétexte évoqué le plus souvent est l’angoisse de devoir traîner en justice un locataire en dehors de France. Zakaria n’avait à son arrivée ni famille, ni amis travaillant à Paris. Il s’est décidé pour la recherche sur Internet et a trouvé assez vite, sur le site appartager.fr. Il admet pourtant que sa façon de vivre actuellement lui est assez inhabituelle. Il dort dans la chambre du vrai locataire, alors que celui-ci a établi son campement dans la cuisine.

Une chambre du Crous

Beaucoup d’étudiants étrangers pensent qu’en cas de besoin ils peuvent faire appel au soutien du Crous d'Ile de France (le centre régional des œuvres universitaires et scolaires). L’institution ne dispose pourtant que de 4000 chambres en cité universitaire à l’intérieur de Paris. Ce sont les logements les moins chers. Ils sont donc très demandés. En réalité, seuls les étudiants qui participent à un programme d’échange universitaire ont droit à l'une de ces chambres.

Emilie, une étudiante canadienne, a eu beaucoup de chance. Grâce à l’accord entre son université d’origine et une école parisienne, elle dispose d'une chambre meublée dans la Cité U du Sud de Paris. Mais quel statut ont les autres, les étudiants étrangers qui suivent leur propre voie et qui postulent à la Sorbonne sans profiter des accords d’un programme d’échange ? La réponse est : aucun. A la recherche d’un appartement, même la citoyenneté européenne n’est que rarement d’utilité. Certes, chaque citoyen de l’UE peut aller à Paris, mais y trouver un appartement relève d’un art que maîtrisent avant tout les gens dont le sponsor jouit d’un gros porte-monnaie.

On pompe sur papa

Sur les forums Internet, de nouveaux venus désespérés discutent des fonds de garantie universelle des risques locatifs. Pour pouvoir prouver sans problème la solvabilité de parents vivant à l’étranger, il n’est pas rare que des sommes pouvant aller jusqu’à 8 000 euros soient déposées sur un compte français. La banque rend officielle ce montant et s'en réjouit car elle ne le rémunère pas une seule fois d’intérêts. Bien entendu, toutes les personnes à la recherche d’un appartement ne peuvent se permettre de mobiliser un tel capital de départ.

Les bailleurs et les conseillers sur Internet conseillent le Locapass. Il s'agit de deux aides (des organismes Action Logement) qui garantissent le paiement des loyers au propriétaire en cas de difficultés et avancent les dépôts de garantie au moment de la signature du contrat de location. Toutefois, seules des personnes avec un salaire fixe peuvent faire une demande de Locapass. Les stagiaires aussi sont admissibles, à la condition qu’ils soient payés, ce qui est de nos jours, comme chacun sait, rarement le cas. Le Locapass n’est pourtant pas une garantie : les bailleurs, en cas de doute, choisissent généralement un candidat français.

900 euros cash

Que reste-t-il alors pour les étrangers ? Les pages Web surchargées de petites annonces pour des collocations. Kiki, 20 ans, est venue à Paris pour des raisons professionnelles, afin de travailler comme modèle pour une agence connue mondialement. Un ami photographe l’a invitée à partager son appartement, dans le 5e arrondissement. Kiki parle peu le français et ne connaissait personne à Paris. Elle a donc accepté de payer un loyer élevé de 900 euros sans trop hésiter. Mais elle ne reste en France que pour quelques mois...

Kiki n’a pas déposé de demande pour l’aide nationale au logement, la CAF, que les jeunes gens peuvent toucher de l’Etat. Le formulaire de demande, constitué de 4 pages ou plus, est effectivement exigeant. Le traitement peut durer jusqu’à deux mois. On peut aussi s’épargner le stress et payer plus. Après tout, Kiki ne gagne pas mal avec ses shootings. Pour les étudiants fauchés, c'est une autre histoire.

Crédits photos : ++zola++/flickr ; beta.robot/flickr; philippe leroyer/flickr