Société

Gaffes, coups et faits divers : cartographie de l'Europe homophobe

Article publié le 13 décembre 2012
Article publié le 13 décembre 2012
Les 27 États membres offrent 27 raisons de se remémorer, de dénoncer et de combattre l’aversion envers la diversité sexuelle, récemment mise sur le devant de la scène par Tonio Borg. Une radiographie paraît donc nécessaire pour mettre à nouveau en évidence cette Union européenne de la discrimination et des inégalités.

« Mocskos buzik ! » (« PD de merde ! »), criait une foule hostile sur la place Oktogon. Des crânes rasés, un troisième âge virulent et quelques camarades féminines accueillaient ainsi les manifestants de la Gay Pride dans ce Budapest caniculaire de septembre 2009. Ce comportement agressif a peut-être changé ce que l’on entendait jusque-là par homophobie. La même année des scènes tout aussi violentes se sont déroulées à l’occasion d’autres défilés LGBT la même année, à Sofia par exemple. Quant au Parlement lituanien, il a introduit en juin de cette même année une réforme de la Loi de Protection des Mineurs contre les Effets Préjudiciables des Informations Publiques qui interdit de parler d’homosexualité dans les collèges. Cependant cette homophobie rampante de 2009 s’est maintenant révélée au grand jour à Malte à travers la personne de Tonio Borg, dont les Vingt-Sept, trois ans plus tard, viennent d’approuver la nomination comme nouveau Commissaire à la Santé et à la Protection des Consommateurs.

« Je n’ai jamais fait de remarques dévalorisantes (sur les homosexuels) », s’est défendu Borg devant le Parlement européen avant son élection. Il a même remis une lettre aux eurodéputés dans laquelle il faisait part de son intention d’éradiquer la discrimination constituée par le fait que des hommes qui ont eu des relations sexuelles avec d’autres hommes ne peuvent donner leur sang. Une exclusion effectivement en vigueur en Allemagne, en France, aux Pays-Bas, en Belgique et en Autriche entre autres États membres.

Toutefois, trois ans plus tôt, s’adressant à Joseph Muscat, le leader de l’opposition maltaise, Borg s’était ouvertement moqué de la proposition de protéger les couples du même sexe avec un projet de loi sur le logement : « Je suis surpris [qu’] ils se plaignent que ‘Nous oublions les couples du même sexe, qui ne seront pas protégés par cette loi sur la location’. C’est juste ce qui nous manquait ! » Il semblait de plus nier leur existence en se demandant « à qui d’autre devrions-nous élargir ce droit (au logement) », au-delà d’un ménage formé d’une femme et d’un homme.

Lire notre dossier consacré aux LGBT : UnLGBT: juste quelqu’un de bien

Malte, qui a reconnu le divorce en mai 2011, a indubitablement une législation bien maigre dans le domaine de l’égalité des droits : une situation qui renforce la stigmatisation de ceux qui ne s’inscrivent pas dans une orientation hétérosexuelle. Cependant, l’archipel n’est qu’un appendice du rejet de la diversité sexuelle que connaît actuellement l’Europe.Sinon, comment expliquer la mort en 2008 du Bulgare Mihail Stoyanov, dont le corps fut découvert dans le principal parc de Sofia, couvert d’hématomes et avec la trachée brisée ? Ou les intimidations exercées en Grèce par les néonazis d’Aube Dorée ? Ou comment comprendre alors le suicide d’Andrea, un adolescent italien de quinze ans harcelé parce qu’il s’habillait en rose ? Et qu’en est-il de la Slovaquie, où des individus d’extrême-droite se sont attaqués en 2010 au premier défilé de la Gay Pride célébré dans le pays ? Ou de la Pologne, où les organisateurs d’une manifestation en faveur de la tolérance se sont heurtés à l’indifférence des autorités de Wroclaw, qui leur ont conseillé de modifier leur parcours pour éviter des agressions qui, au final, eurent lieu ?

Dans le domaine légal, le gouvernement chypriote peut-il rejeter la demande d’asile d’une lesbienne iranienne sous prétexte qu’il doute de son orientation ? Est-il normal que la Lituanie interdise de divulguer des informations en faveur du mariage entre personnes du même sexe ? Comment expliquer que seulement 2% des Roumains disent être amis avec une personne non hétérosexuelle et que 20% d’entre eux ne sachent pas si l’homophobie est répandue dans leur pays ? Peut-on admettre que les résultats d’un sondage réalisé en Lettonie montrent que plus de la moitié des sondés condamnent les relations entre personnes du même sexe et que 28% d’entre eux désapprouvent directement les homosexuels ? Et quid de la négation des relations entre personnes du même sexe en Estonie, où l’homosexualité semble être une entéléchie ? De retour à Malte, la cruauté ne faiblit pas. Pourquoi Tonio Borg a-t-il refusé en 2008 d’apporter son soutien à la proposition de directive européenne contre la discrimination liée à l’orientation sexuelle ? Peut-être pour la même raison qui l’a conduit à priver les homosexuels de la libre-circulation, pilier de l’Union européenne ?

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Plusieurs États ont quant à eux choisi d’autoriser l’union civile au lieu de reconnaître le mariage entre personnes du même sexe. Outre le fait que, dans bien des cas, ces unions n’octroient pas les mêmes droits que le mariage, il semble qu’on a de cette façon institutionnalisé la différence : une classe ou l’autre, selon l’orientation sexuelle des cocontractants. L’institution du mariage n’appartiendrait-elle donc pas à la société dans son ensemble ?

La réponse – négative – semble évidente en Autriche, laquelle a refusé que les couples homosexuels puissent légalement adopter ou avoir des enfants. Le parti des Perussuomalaiset (les Vrais Finlandais en français), troisième force politique d’un pays où l’adoption conjointe est interdite, ont fait pression pour que la nouvelle loi en la matière spécifie que l’expression parents adoptifs faisait uniquement référence à un homme et une femme. La Hongrie de Viktor Orbán, paladin de l’Europe chrétienne de Robert Schuman, a réformé l’an dernier la Constitution du pays pour qu’elle mentionne que la famille est l’union d’un homme et d’une femme. Et au Luxembourg – bien que les unions civiles soient possibles – la réforme lancée en 2010 pour autoriser le mariage pour tous – avec tous ses effets, dont l’adoption – n’a toujours pas été menée à bien deux ans plus tard.

Que l’union entre deux individus du même sexe soit reconnue comme un droit distinct de celui du mariage n’est qu’une preuve supplémentaire des préjugés existants. Et le conseil – bien intentionné ou non – de Philipp Lahm, capitaine de la sélection allemande qui a suggéré aux footballeurs gays de ne pas annoncer leur homosexualité publiquement, en est une autre démonstration.

Lire aussi sur cafebabel.com : « Le mariage pour tous, hilarant n’est-ce pas ? »

Comme on peut l’imaginer, ces idées préconçues se trouvent dans tous les domaines : de la compagnie irlandaise qui a remercié une employée après que celle-ci eut dévoilée sa transsexualité jusqu’aux dons de sang au Royaume-Uni, auquel les hommes qui ont eu des relations homosexuelles au cours des douze derniers mois ne peuvent participer (en Irlande du Nord cette interdiction court sur un temps indéfini). En République Tchèque, un des conseillers du président a affirmé que les personnes LGBT n’étaient qu’une « bande de déviants ». Václav Klaus l’a défendu arguant qu’en tchèque, déviants est un adjectif sémantiquement neutre. Les injures deviennent agressions en Slovénie, où des groupuscules néonazis ont attaqué des locaux LGBT de Ljubljana, dont ceux de Metelkova. Cette violence se trouve exacerbée depuis peu en France suite à l’annonce par François Hollande de la volonté de légaliser le mariage entre personnes du même sexe.

Même dans les pays où le mariage pour tous est inscrit dans la loi, l’homophobie semble encore défier ce que la loi a admis. Au Pays-Bas, le premier État au monde à avoir légalisé ce type d’union, on a relevé l’an dernier au moins 34 cas de personnes qui ont du abandonner leur quartier suite à des attaques homophobes. Même chose en Belgique, où un couple de lesbiennes de Lièges’est fait insulté alors que leur ami était roué de coups l’été dernier. En Suède, peu d’efforts ont été mis en œuvre pour enquêter sur le comportement homophobe d’un membre de la Police. Et au Danemark, un journaliste s’est publiquement adressé à une femme transsexuelle au masculin, parlant également d’un « freak show aux pulsions dégénérées ». Faudrait-il donc penser que le rejet envers la différence est ce qui est réellement dans les normes ?

Campagne pour la légalisation du mariage pour tous.

Quant à la société portugaise, elle reconnaît, semble-t-il, que les transsexuels sont le groupe le plus discriminé du pays, suivi de la communauté gitane. En parallèle, en Espagne, le parti actuellement au gouvernement présenta la loi devant le Tribunal Constitutionnel après son approbation en 2005. S’épargner un tel recours leur aurait évité de lire la sentence du 6 novembre dernier qui montre clairement que le mariage entre des personnes du même sexe est totalement constitutionnel.

Le 16 décembre prochain à 14h, la place de la Bastille à Paris sera le point de départ de la Manifestation pour l'égalité : une marche en faveur du droit au mariage pour tous les couples et de l’homoparentalité.

Photos : Une © Sztuczne Fiołki basée sur une pièce de © David Hockney; Texte , © ILGA-Europe y © courtoisie de la page Facebook de Act Up-Paris. Vídéos: atrejuvienna/YouTube et RussiaToday/YouTube.