Société

Françoise Cactus : « Tout ce qui est français est connoté 'sexy' »

Article publié le 8 octobre 2007
Article publié le 8 octobre 2007
Diva berlinoise et aristocrate du verbe, la Française Françoise Cactus, 43 ans, est chanteuse et batteuse du duo pop kitsch ‘Stereo Total’. Elle évoque le bilinguisme franco-allemand appliqué au masculin-féminin, Gainsbourg et les frustrations modernes.

Le baiser de Mitterand à Kohl excepté, cela faisait un bail que le couple franco-allemand n’avait rien produit de sexy. Excepté peut être Stereo Total, un duo poétique et déjanté qui sévit sur les ondes outre-Rhin depuis une dizaine d’années. 14 ans exactement, 8 albums et 63 chansons ont consacré l’alliance explosive entre son électro-rock teuton et textes ciselés à la française.

L’élèment yin de cette paire de furieux excentriques, Françoise Cactus, a grandi dans un « trou » de Bourgogne. Née van Hove, cette lolita quadra est à la fois écrivaine, batteuse et chanteuse. A 17 ans, elle quitte la France pour l’Allemagne, poussée par un désir d’évasion et un « goût » très sûr pour les garçons autochtones. A Berlin, elle travaille un temps pour la ‘Taz’, le quotidien de gauche avant de monter un groupe de rock de filles.

Quelques tournées et un mur à terre plus tard, elle tombe sur un certain ‘Brezel’ devant une boulangerie de Prenzlauer Berg. Le quartier n'est pas encore l'eldorado des bobos mais plutôt un coin craignos de l'Est. Entre les deux, le courant passe, engendrant à partir de 1993 une collaboration électrique. Alter ego et sorte de mécanicien musicien, Brezel Goering incarnera donc l’élèment yang : un nonchalant dandy, qui tricote les sons minimalistes et les accords punks.

Cynisme mélancolique

Couple à la ville comme à la scène, les deux complices abordent dans leurs disques des variations ‘sur le même t’aime’ que n’aurait pas reniées Gainsbourg : l’amour (à 3), le sexe (ou Komplex mit) et la révolution (des hormones), une triologie récurrents saupoudrée de dérision et de nostalgie. Le tout en allemand, français, anglais et parfois japonais.

« On aime bien mélanger les influences, » note Cactus. « La pop française et l’électro allemande. Même si je suis à l'aise dans les deux langues, cela reste plus facile de chanter en français » Il n’empêche qu’elle ne rechigne jamais à fredonner l'idiome de Goethe en gardant son accent, ‘sehr charmant’. Logique, «  car les Allemands aiment beaucoup les Français. A Berlin, tout ce qui est français est connoté sexy. Alors que l’inverse n’est pas forcèment vrai ». Un bon filon.

Mais si les Teutons sont «fascinés par les particularités des autres pays, cet attrait leur vient surtout de la honte de leur propre histoire. » Ses histoires à elle, Cactus les écrit en « cultivant ce vieux truc de la naïveté. » Foin de la « chanson intello », son dada, ce sont « les vieux airs un peu kitsch des années 60, Christophe ou France Gall. Naïf ne veut pas dire cloche », précise t-elle d'emblée. «  Dans ma façon d'écrire, je m’inspire de Colette ou de Gainsbourg, de ce style de chanson équivoque ». Derrière les lignes ingénues et les refrains coquins comme celui de leur chanson-culte 'Ich liebe Liebe zu dritt' [J'aime l'amour à trois], son message se veut « féministe et provoc' »

Dernier en date, un titre pris au hasard de leur nouvel album 'Paris<>Berlin' sorti en juin dernier, intitulé ‘Komplex mit dem Sex’ et qui brocarde les multiples frustrations engendrées par une « société un peu trop branchée cul ». «  C’est vrai », renchérit Cactus, « on est constamment bombardés d’images de femmes en plein orgasme, sur les panneaux publicitaires, partout... » Difficile dans cette ambiance porno fric de trouver son « positionnement ». « Cette banalisation du cul comme si tout le monde était obsedé par le caoutchouc ou allait à la pêche au partenaire, c'est vraiment pas original », critique t-elle. L’ancienne punkette aurait-elle viré puritaine ? « C'est rasoir, c'est tout », insiste t-elle. Point barre.

Une industrie ‘bousillée’

Constamment sur les routes entre Etats-Unis, Australie ou Japon, Stereo Total multiplie les tournées à l'étranger, « un plaisir avec beaucoup d’énergie». Malgré leur succès en Allemagne, le duo reste peu connu dans l’Hexagone. Il faut dire que les deux complices ne sont pas très enthousiastes pour signer sur des gros labels. « Les grosses boîtes bousillent les groupes, » tranche Cactus. « Et très souvent, les gens qui s’en occupent n’y connaissent rien. » «  Nous, on ne veut pas être ‘mainstream’ », dit-elle encore.

Pourtant, il faut bien manger. Parfois. « Le seul truc lucratif qu’on ait fait, c’était une reprise de notre morceau ‘I love you Ono’ pour une campagne de pub pour Sony, » se défend Cactus. « On ne fait pas de la musique pour plaire aux gens mais bien celle qu’on aimerait écouter. C’est pour cela que nos enregistrements semblent assez simples et parfois brutaux. »

L’absence de reconnaissance dans son pays natal ne semble pas perturber Cactus qui jure « se sentir plus française » depuis qu’elle vit à l’étranger. D'ailleurs, elle avoue largement préférer « Berlin à Paris. » La ville lumière lui parait « sacrèment déprimante. » Tandis que la capitale allemande, même si elle n’est pas aussi « chouette qu’après la chute du Mur », représente 'la' destination du moment pour nombre d’Européens, séduits par sa vie artistique ou sa verve noctambule. Le Barcelone des années 2000 en somme. « Berlin est beaucoup moins élitiste, moins froide que Paris, même si l'architecture reste très moche, totalement bousillée. Les tarifs sont peu chers pour l’immobilier et la qualité de vie est remarquable, » remarque encore Cactus.

Loin de se cantonner au microcosme franco-allemand et aux aficionados d’Arte, Stereo Total semble manifester un véritable intérêt pour la chose européenne, déplorant seulement que « l’Europe ne soit pas le monde entier. » Méfiants vis-à-vis du processus d'uniformisation « avec les low costs, tout le monde voyage partout et finit par se ressembler. » Mêmes goûts, mêmes marques, mêmes produits...il y avait plus de « différences » avant. « Cette question de l’identité européenne, c’est quelque chose que l’on ne peut finalement juger que de l’extérieur. »

Stereo Total sera en concert à la Maroquinerie de Paris, le 22 octobre prochain

Voir le clip de 'Liebe zu dritt' de Stereo Total

Crédit photos : feffef/flickr ; Stefanopoulos Notopoulos/stereo total ; Uliuli/flickr