Société

Expulsions : la France reprend du Rom

Article publié le 11 octobre 2012
Article publié le 11 octobre 2012
Le président socialiste François Hollande s'était engagé à ne pas démanteler les camps de Roms illégaux. Pourtant, près de 400 individus ont été contraints de quitter le pays au cours des deux derniers mois, et ce malgré leur statut de citoyens européens depuis 2007.

Auparavant, treize mairies de communes de gauche de la région parisienne s'étaient entendues pour mettre fin à ces expulsions sans option de relogement. Mais cet accord, essentiellement symbolique, n'a pas empêché le délogement de 3 000 personnes par la police. L'une des dernières expulsions a eu lieu à Évry, ville dont Manuel Valls, ministre de l'Intérieur, a été maire pendant ces dix dernières années, et où 22 familles au total vivant à proximité de la voie ferrée depuis plusieurs mois ont été expulsées.

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Le gouvernement vient par ailleurs d'annoncer une série de mesures en faveur de l'insertion professionnelle des Roumains et des Bulgares. Jusqu'ici, ces derniers devaient se cantonner à une liste de 150 professions qu'il leur était possible d'exercer dans le pays, l'employeur devant en outre s'acquitter d'un impôt s'élevant à 700 euros pour les embaucher. Le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples travaille étroitement avec cette communauté. « La Roumanie fait partie de l'Europe, ce qui leur donne le droit de circuler, mais la réglementation les empêche de travailler et de s'installer en France », affirme Marie Annick. Son collègue Yves Loriette ajoute : « Certains enfants vont à l'école pendant un an ou deux, ils se retrouvent expulsés du jour le lendemain et ne reviennent jamais. Les associations qui leur viennent en aide voient tout leur travail anéanti par les expulsions. »

Si l'ex-opposition a dénoncé ces expulsions en déclarant que celles-ci portaient préjudice à l'image du pays, les mêmes se retranchent aujourd'hui derrière des questions humanitaires. Le terme « expulsion » a été remplacé par celui d'« évacuation » et, si certains défendent le principe de libre circulation des personnes, d'autres invoquent des questions de sécurité et de santé publique. Et tandis que chacun y va de ses arguments, les 15 000 gitans d'origine roumaine que compte le territoire français se retrouvent plongés dans les limbes paneuropéens.

Bucarest, destination : Paris

Paris, la ville la plus touristique au monde, représente également le rêve inaccessible et naïf de nombreuses personnes se rendant dans la capitale en quête d'une vie meilleure. La place de la Bastille est un lieu d'effervescence fréquenté par les jeunes profitant des terrasses et par les touristes armés de leur appareil-photo qui s'immortalisent devant le grand symbole de la Révolution française. La forteresse protégeait en son temps l'entrée de la ville des invasions étrangères. Aujourd'hui, des barrières politiques, économiques et sociales quasi infranchissables ont remplacé les murs de pierre.

C'est dans ce cadre peu enchanteur que vivent depuis un an Gheorghe et Esperanza avec leurs huit enfants et trois petits-enfants. Répartis dans les différentes rues adjacentes de la grande place, comme si chacun avait sa chambre, ils vivent dans une cabine téléphonique, un arrêt de bus et dans différentes entrées d'immeubles. Tous leurs biens personnels se trouvent réunis dans un caddie de supermarché laissé à côté du porche.

Gheorghe, homme grand et maigre au large sourire, présente un par un les membres de sa famille. Les enfants observent avec étonnement. Il termine en désignant sa femme : « Elle, c'est Esperanza. Mon Esperanza à moi. » Elle sourit timidement, elle comprend à peine le français. Une couverture est étendue sur le trottoir, faisant office à la fois de lit et de table, et tous s'y installent. Il commence à pleuvoir et la famille court se réfugier sous l'abribus qu'ils partagent avec les voyageurs qui attendent le bus. « Tu as quelque part où dormir cette nuit ? Si tu veux, tu peux rester avec nous. »

Photos : (cc) philippe leroyer/Flickr