Société

Expatriés par amour : où tu iras, j’irai

Article publié le 16 octobre 2009
Article publié le 16 octobre 2009
Les réticences des familles, l’adaptation à une nouvelle culture et les barrières linguistiques… Autant de problèmes à surmonter quand on quitte son pays pour rejoindre la personne qui nous est chère. Trois histoires d’amour au-delà des frontières.

« La porte à peine ouverte, nous avons eu le coup de foudre. Depuis ce jour, nous ne nous sommes pratiquement pas quittés »

Un jeune Français qui écrit de petits poèmes en espagnol pour sa Colombienne, dans l’appartement qu’ils partagent à Londres : « Aucun Colombien ne m’avait jamais offert des choses pareilles », se souvient Liliana Muñoz avec émotion, depuis leur chez-eux à Nîmes. Ils sont aujourd’hui mariés et parents d’un enfant d’à peine trois ans, qui gambade dans leur maison. En l’écoutant, on perçoit encore la joie dans ses mots, l’émotion au souvenir de ces premiers instants d’incertitude et de doute, ces premiers jours au cours desquels chaque détail est important pour savoir si l’autre ressent la même chose, les premiers coups de pinceaux d’une peinture encore loin d’être achevée.

Rompre avec son passé

(sicoactiva/flickr)Ils avaient choisi Londres pour améliorer leur niveau d’anglais, mais le hasard – ou le destin, auquel Liliana croit dur comme fer – a voulu qu’ils posent leurs valises dans le même appartement de la City londonienne. « La porte à peine ouverte, nous avons eu le coup de foudre. Depuis ce jour, nous ne nous sommes pratiquement pas quittés », raconte Liliana. A dire vrai, tout n’a pas été facile pour eux. Elle est arrivée en Grande-Bretagne en laissant en Colombie son fiancé, avec lequel elle était depuis plus de 8 ans. « Mon ex l’a très mal vécu et il est venu à Londres pour essayer de me récupérer ; je lui avais annoncé par téléphone que j’aimais quelqu’un d’autre et que je ne pouvais plus être avec lui, mais malgré cela, il est venu. Lorsque je l’ai vu je n’ai rien ressenti. »

Aujourd’hui, Liliana travaille dans une bijouterie et se sent parfaitement intégrée à la vie française, bien qu’elle retourne chaque année à Bogota pour voir sa famille et ne pas oublier ses racines. « L’idée que cette relation pouvait n’être qu’une passade estivale m’attristait, mais lorsqu’il m’a montré qu’il y tenait réellement, j’ai décidée de m’installer en France avec lui. Ça a été un vrai défi de passer d’une situation établie en Colombie et de tout recommencer à zéro, sans ma famille, qui m’a toujours soutenue, sans amis, sans connaître la langue. »

De Kuala Lumpur à Colonia

Passons à une histoire presque similaire, celle d’une Malaisienne et d’un Allemand qui se rencontrent en Australie et, après deux années d’une relation à distance, se retrouvent sur le bord du Rhin. Mélanie étudiait en Australie et s’était inscrite pour aider les nouveaux élèves qui arrivaient à l’université, entre autres, son futur compagnon. « Je crois qu’il m’a parlé à moi car mon nom était le seul qu’il retenait, les autres étaient trop exotiques », s’amuse-t-elle. Là-bas a débuté une relation qui a pris un tour plus compliqué lorsqu’il est reparti en Allemagne. « Après deux années à distance, nous étions fatigués de prendre l’avion tous les trois mois pour être ensemble. » C’est pour ça qu’elle s’est armée de courage et qu’elle s’est lancée dans l’aventure allemande, une société très différente de la sienne. « Mes premiers jours ont été étranges : une nouvelle langue, une nourriture plus fade, des supermarchés où il faut apporter son propre sac… »

« C’est merveilleux de découvrir ensemble un nouveau pays et une nouvelle culture. C’est comme si nous étions en vacances permanentes »

Elle n’aurait pas pu être mieux reçue, la famille de son compagnon l’a accueillie comme une fille supplémentaire et cela a rassuré ses parents, qui malgré la tristesse de son départ, partagent le bonheur de leur fille. S’habituer au caractère des Allemands a été une autre histoire : « Je suis quelqu’un d’extravertie, cela a été difficile de constater qu’entre les Allemands, il n’est pas normal de parler avec des inconnus, j’ai trouvé cela froid. » Pourtant, sa perception du caractère distant des Allemands a été modifiée avec le temps, « cela m’a beaucoup aidé à communiquer en allemand et lorsque j’apprenais la langue, j’ai commencé à avoir des conversations très intéressantes avec les autres passagers dans les trains. Désormais adaptée à sa nouvelle vie, Mélanie ne regrette pas sa décision. « Changer de pays a été un enrichissement ».

A bientôt au Canada

(Baranka/flickr)Anna et Hans, respectivement américaine et colombien, ont pris une décision digne du roi Salomon : aucun des deux ne suivra l’autre. « Nous avons choisi Montréal car c’est une ville ouverte et bilingue, commente Anna. Les opportunités professionnelles, la langue et la proximité de nos familles ont fait pencher la balance », complète Hans, bien que la Colombie ne soit pas exactement à côté.

Leurs chemins se sont croisés il y a plus de deux ans, alors qu’ils étaient tous deux moniteurs dans un stage d’immersion de langue française dans le Minnesota. Lorsque le stage a pris fin, ils ont été confrontés à la dure réalité d’un amour à distance. « La première difficulté a été la langue, il parlait espagnol et moi anglais, et nous communiquions en français. Au début cela était difficile pour moi, mais cela s’est amélioré peu à peu », se souvient Anna. Mais il y eut d’autres obstacles : la famille d’Anna a eu du mal à digérer cette relation. « Ma mère souffrait de ne pouvoir mieux le connaître, en raison de la distance, et elle refusait que je voyage en Colombie en raison de sa réputation de pays dangereux. »

Face à cette situation, Montréal était le cadre idéal pour leur relation. « C’est merveilleux de découvrir ensemble un nouveau pays et une nouvelle culture, d’y construire notre futur. C’est comme si nous étions en vacances permanentes », raconte Anna avec enthousiasme. Le hasard – ou le destin, comme Liliana se plaît à croire – a voulu que ces couples affrontent une situation de plus en plus fréquente et non exempte de difficultés : tomber amoureux d’une personne qui ne vit pas dans une autre ville ou une autre région, mais dans un autre pays, voire un autre continent. Le village planétaire est une réalité. La baisse des tarifs aériens et les progrès dans les communications ont favorisé cette globalisation de l’amour. Peut-être que très prochainement, l’une des questions incontournables que nous poserons à nos amis sera : et de quel pays il est, ton copain ?