Société

European revolution : carrefour d'idées ou voix à sens unique ?

Article publié le 14 juin 2011
Article publié le 14 juin 2011
2011. Année de la protestation non seulement dans le monde arabe mais aussi en Europe. Où que se portent les regards, on semble ne voir que retraités furibonds, étudiants indignés, employés en grève et même Belges dénudés. Pour n’en citer que quelques uns.

Il semble qu’en ce moment tant de menaces planent sur l’Europe qu’on pourrait croire que le continent entier étouffe littéralement sous les problèmes. De fait, dans la foulée de la crise financière européenne, les vieux os de beaucoup d’Européens bien nourris reprennent de la vigueur. Et, exemple plus récent, au Portugal et surtout en Espagne, de jeunes adultes commencent depuis peu à manifester contre les douloureuses mesures d’économie qu’on leur inflige et le manque de perspectives d’avenir.

L’ Européen qualifié se frotte les yeux, incrédule : « Y a-t-il un endroit où la protestation n’est pas permanente contre les mesures d’économies ? » Certes des dizaines de milliers de personnes étaient descendues jadis dans la rue à Prague contre les mesures d’austérité prises par le gouvernement. Des événements semblables étaient déjà aussi arrivés auparavant en France, en Irlande, au Portugal, en Roumanie, sans oublier la Grèce. « Bah, ça leur apprendra ! Tant pis pour ceux qui ne savent pas gérer ! », est-on tenté de s’exclamer, mais tout de suite on en appelle à l’esprit européen et on en arrive enfin à poser la question suivante : « Pourquoi ne se parlent-ils pas ? Pourquoi ne synchronisent-ils pas leurs mouvements puisque tout le monde veut à peu près la même chose ? ». On a tout faux. Ce qui ressort, c’est qu’il n’y a justement aucune solidarité entre les peuples endeuillés.

La Spanish revolution "Democracia real - ya!"

Un danger : « Le populisme du bouc émissaire »

Tout pourrait être très simple. L’espace vide de la sphère publique européenne, où ne semblent s’être égarés que quelques rares idéalistes et rêveurs, est hanté de revendications en faveur d’un État social européen, d’une surveillance efficace des banques ou d’une imposition des transactions financières. Des idées y circulent officiellement qui pourraient être porteuses de messages communs mais personne ne souhaite les assumer. Car ce qui s’est incrusté dans la tête de nombreux protestataires, c’est le fantôme du populisme.

Cette figure fantomatique possède trois têtes : la première regarde vers le haut, la deuxième vers le bas et la dernière sur le côté – selon la cible de la colère populaire, à savoir la classe politique tombée bien bas, les minorités dans la société, ou les pays voisins égoïstes.

Quoi d’étonnant alors que la compréhension et la patience des généreux pays payeurs se lassent progressivement. « À bas l’euro ! » peut-on lire dans les commentaires sur les articles correspondants. « Nous avons jusqu’ici été trop mous avec l’Europe » fulminent les « Vrais Finlandais ». « On bosse et ils boivent de l’ouzo » scande Geert Wilders, le chef du parti pour la liberté, parti populiste de droite aux Pays-Bas, à propos de la Grèce. Le populisme (de droite) se rencontre de plus en plus fréquemment dans les pays riches du nord de l’Europe et il y nourrit assidûment une protestation potentielle qui ne se manifeste jusqu’ici que chez un nombre toujours croissant d’abstentionnistes.

L’atmosphère des rues européennes est chauffée à blanc. Si elle devait atteindre l’ébullition, il y aurait danger que la liaison ne se fasse par-dessus les frontières et que puisse de ce fait se forger un programme politique susceptible d’avoir des conséquences on ne peut plus dommageables. Heureusement les Européens descendent dans la rue également pour des raisons tout à fait en accord avec les valeurs européennes. Ainsi les Italiens – ou mieux, les Italiennes – qui manifestent par dizaines de milliers pour une meilleure image de la femme et pour davantage d’égalité des chances.

De la « Révolution des frites » au nucléaire

« Ora basta! » entend-on à Rome. « Honte à vous !» s’est écrié un homme dans les rues de Bruxelles, non pas à vrai dire parce que partout dans le pays des manifestants appelaient, en caleçon, à une « Révolution des frites » mais parce que, depuis des mois en Belgique, ils protestent contre le statu quo politique et un pays qui se trouve depuis près d’un an sans gouvernement pour gérer les affaires.

Ici à Gand, Belgique, en mars 2011

À cela sont venues s’ajouter cette année, non seulement en Espagne mais également aux Pays-Bas et en Angleterre, de nouvelles protestations étudiantes contre des frais de scolarité socialement insupportables. En Allemagne depuis la catastrophe de Fukushima, de plus en plus d’anti-nucléaires se mobilisent contre la politique nucléaire du gouvernement et en Suède, des manifestations ont eu lieu en janvier contre le durcissement de la législation sur le droit d’asile du pays et contre l’expulsion d’un groupe d’Iraquiens. Et même dans l’île idyllique et isolée de Chypre, plusieurs dizaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue dans la partie nord du pays contrôlée par la Turquie pour manifester contre la diminution des dépenses budgétaires et pour davantage d’autodétermination. Et cela dans un pays où le nombre d’habitants atteint à peine plus d’un million.

Si l’on résume tous ces événements, on en arrive à un programme qui prône un travail efficace du gouvernement, l’égal accès à la formation, la tolérance sociale, l’égalité homme/femme, la protection de l’environnement, la solidarité avec les minorités et surtout l’autodétermination. Bien entendu on brûle alors de poser officiellement la question la plus importante : « Un tel programme serait-il capable actuellement de rallier une majorité des Européens ? »

Photos : Une (cc) nicO/flickr; Spanish revolution (cc)Paul Gladis/flickr; Révolution des frites (cc)Niet in onze naam jong/ pas en notre nom-jeunes/ facebook