Société

Et si votre voisin était nazi ?

Article publié le 26 mars 2010
Article publié le 26 mars 2010
Au placard l'image d'Epinal des blousons de cuir, rangers et battes de baseball... Désormais, l'extrême droite allemande la joue plus fin pour répandre ses idées et s'attirer de nouveaux partisans.

Les médias allemands aiment propager le cliché du nazi en brute épaisse et bottée, sans se rendre compte à quel point les milieux de la droite radicale ont fondamentalement changé ces dernières années : « Les modes d’adhésion à l’extrême-droite sont différents. De plus en plus ces gens cherchent à peser de leur influence sur la société. On les voit en costume ou en tenue de travail et aucun signe ne permet de les reconnaître » explique la journaliste Sabine Rafael, membre de la Fondation Amadeu-Antonio qui finance des projets de la société civile en faveur d'une culture démocratique.

En marge des vieux partis installés comme le NPD (Parti national démocratique d’Allemagne), la DVU (Union du peuple allemand) ou les Républicains, on observe désormais de nouvelles formes d’action. Mais après l’interdiction de nombreux groupes d’extrême-droite dans les années 1990, des organisations illégales ont été créées sous le couvert de « camaraderies indépendantes ». Ces associations informelles attisent la haine de l'autre à grands coups de concerts de rock d’extrême droite et de défilés intimidants.

Droites autonomes : jouer le noir plutôt que le brun

Slogan: "Contre le capitalisme, pour un socialisme national"Mais ce n’est pas assez spectaculaire pour les néo-nazis de la nouvelle génération. Ceux qui se dénomment « nationalistes autonomes » se sont mis au style des groupes gauchistes. Imaginez un peu un néo-nazi en sweat à à capuche, avec un keffieh palestinien et une banderole anti-globalisation ! Lors de leurs apparitions formées à l’occasion du « Black Bloc », ils se sont inspirés des groupes anti-fascistes en récupérant une symbolique de gauche mitonnée à la sauce nationaliste. Le résultat a eu des effets surprenants au tout début, quand un groupe de « nationalistes autonomes » s’est fait tabasser à Berlin par des néonazis... Qui les prenaient pour des gauchistes !

Pourtant cette stratégie paie. Sous la couverture de revendications anticapitalistes et de thèmes comme la protection des animaux et de l’environnement, il est plus facile d’atteindre les jeunes qu’avec des slogans façon chemises brunes. Les actions militantes et les attaques violentes contre des adversaires politiques contribuent à cette force d’attraction. Et ce n’est pratiquement que de manière marginale qu’est distillée une idéologie antidémocratique, raciste et antisémite.

Mon voisin, si sympa... Un nazi ?

Les néo-nazis allemands cherchent à toucher toutes les couches sociales avec leurs messages. Pour cela, ils ont fait leurs classes dans le domaine de la communication. Sabine Rafael observe qu’ils se présentent souvent sous les habits d'assistantes sociales et d’avocats des petites gens. Ils prennent ainsi en charge des problèmes sociaux : la fermeture d’un club de jeunes, les soucis d’indemnités de chômage, la fermeture d’une crèche. C’est là qu’ils prêtent une oreille attentive, sur ce terrain où personne n'écoute plus. Plus encore, dans les régions où il n’y a pratiquement plus de loisirs, ils organisent des fêtes d’été, des matches de football et s’engagent dans des associations. C’est comme cela que dans des milieux dépolitisés, ils propagent leur image de bons voisins.

Il existe à côté de cela également des mouvements politiques qui s’attaquent à des questions locales pour attiser les peurs et les préjugés. Le mouvement des citoyens de Cologne, Pro Köln, en est un exemple de premier ordre. Instrumentalisant une campagne anti-musulmans pour tenter d’empêcher la construction d’une mosquée, il a pu entrer au conseil municipal de cette ville. C’est ainsi, de manière souvent occulte, que les extrémistes de droite cherchent à s'enraciner dans une plus large population. Par exemple : une initiative citoyenne d’apparence inoffensive comme « Mieux habiter à Wolgast » cache en réalité une action protestataire contre les foyers de réfugiés : « On commence par faire figure d'une personne ordinaire auprès de ses concitoyens pour entrer en contact avec eux, puis par la suite on dévoile son opinion sur les juifs et les immigrés » détaille Sabine Rafael.

Racisme oirdinaire

La journaliste, qui anime également un site anti-néonazi, rapporte également combien l'acceptation sociale des acteurs d'extrême-droite a pu pénétrer dans certaines régions d'Allemagne dans des proportions surprenantes : « On considère désormais comme normale l'expression de certaines opinions racistes et antisémites. Les actions de conseil et de soutien qui sensibilisent les populations sont pour cette raison particulièrement importantes. » Au cours de la campagne pour les élections parlementaires de 2009, les extrémistes de droite ont fait parler d'eux en distribuant des CD et des journaux pour jeunes dans les écoles. Le contenu était si habilement formulé qu'il pouvait être diffusé en toute légalité. Cependant Sabine Rafael considère qu'on peut constater des évolutions positives, comme en Saxe, où l'on comptait jusqu'ici le plus grand nombre d'actes de violence de la part des extrémistes de droite : « De plus en plus de gens ont maintenant le courage de s'opposer ouvertement à eux. » Il y a encore quelques années cette région portait la réputation de « zone nationale libérée » où l'on se livrait à la chasse à tous ceux qui ne rentraient pas dans la bonne vision du monde.

Politique d'interdiction

Parallèlement aux engagements de la société civile, l'État ne reste pas les bras ballants. Tardivement, mais en 2009, il a interdit deux associations d'extrême-droite : le Collegium Humanum qui servait de plateforme pour les négateurs de l'Holocauste, et la Jeunesse allemande fidèle à la Patrie (Heimattreue Deutsche Jugend -HDJ) qui organisait des centres de formation pour jeunes loups de cette mouvance. Il existe toujours de ces associations déclarées d'utilité publique et qui sont en droit de recevoir des dons. Aussi, les interdictions ne suffiront pas. Un pas important serait fait en alertant la société aux nouvelles méthodes de recrutement de cette mouvance à l'aide des associations anti-nazies.

Photos: ©originalpozer/flickr; Autonome Nationalisten ©Meneer de Braker/flickr