Société

Enfants russes en Amérique: personne ne gagne dans “Kramer contre Kramer »

Article publié le 2 avril 2013
Article publié le 2 avril 2013
Dans l’habituelle triade qui s’établit généralement dans la plupart des divorces, il y a une des parties qui est quelques fois utilisée, quelques fois estimée et presque toujours victime : l’enfant. Le récent décès d’un mineur russe, adopté par un couple américain, vient gonfler la liste des nombreux cas d’enfants venant de Russie qui ont été abandonnés ou maltraités par leur famille d’accueil.

Il y a bien longtemps qu’il n’y a plus d’amour dans le mariage formé entre les États-Unis et la Russie. Ils ont maintenu une cordialité apparente en façade, mais ces derniers temps les mineurs sont devenus une excuse – sans le vouloir - pour jouer une nouvelle version de la guerre froide : cette fois non pas atomique mais diplomatique, en accord avec la conjoncture actuelle.

Le rêve se transforma en cauchemar

Maxim Kuzmin était un enfant russe qui vint combler le désir qu’avaient des parents américains de fonder une famille. Il semblait que l’avenir du petit et de son frère Kiril s’ouvrait devant eux : un nouveau foyer, un nouveau pays. Cependant, le 21 janvier dernier le rêve se transforma en cauchemar : Maxim fut retrouvé mort et depuis, la tragédie a laissé place à l’horreur.

La mère Russie, bouleversée par ce qui s’est passé, reproche aux États- Unis d’être un mauvais père qui ne s’inquiète pas de ce qui arrive à ses enfants. La douleur qu’elle ressent est si forte qu’elle n’est même pas capable d’assimiler le résultat de l’autopsie. De leur côté, les médecins légistes assurent que l’enfant est décédé accidentellement : conclusion qui attise les soupçons maternels. Qui lui a fait les bleus ? Pourquoi était-il seul ? Est-ce vrai qu’on l'a drogué ? Tant de questions qui cherchent des réponses, des craintes qui dans beaucoup d’autres cas s'avérèrent vraies.

Riposte

Il faut montrer que les États-Unis, de par leur irresponsabilité, permettent que les mineurs russes adoptés figurent en tête d’une triste liste de décès, mauvais traitements, abandons et rejets. Comme dans un divorce, il s’agit d’un affrontement qui a dépassé les limites de l’humain, de la diplomatie et de l’entendement pour s’engouffrer dans le judiciaire. En effet, en décembre, la Russie a approuvé la loi qui interdit les adoptions d’enfants russes par des familles américaines avec pour objectif de protéger ses enfants. Cette situation met simultanément en évidence deux problèmes qui convergent dans le pays le plus grand du monde. D’un côté, le manque de conditions dignes pour les orphelins, « l’avenir de la Russie », comme le déplorait le triple médaillé d’or olympique en lutte gréco-romaine, Alexandre Kareline, maintenant député de la Douma. D’un autre côté, une législation flexible qui permet des adoptions illégales comme le dénonçait le porte-voix du Kremlin, Dimitri Peskov.

Au total, plus de 60 000 mineurs russes ont été adoptés aux États-Unis après la chute de l’URSS en 1991.

Bien sûr, dans un divorce il y a aussi les proches, qui ont organisé de nombreuses manifestations pour défendre « leurs enfants » assurant qu’ils devaient être avec « leur mère ». Le prénom de Maxim s’unit à ceux de 19 autres enfants qui ont perdu la vie depuis 2001. Au total, plus de 60 00 mineurs russes ont été adoptés aux États-Unis après la chute de l’URSS en 1991. Ce dernier évènement ravive ce qui s’est passé avec Artiom ou Denis, dont les cas d’abandon ont fait le tour du monde, mais sont également encore présents dans la mémoire collective ces enfants qui ont rêvé d’un avenir en Russie.

Photos : Une  (cc) grisha_21; Texte  (cc) o4orange/ flickr.  Video :  (cc) euronews ; « Kramer contre Kramer» trailer (cc) WorleyClarence/ youtube