Société

En 2010, l'Europe lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale

Article publié le 19 avril 2010
Article publié le 19 avril 2010
Lors du lancement de la stratégie de Lisbonne en mars 2000, les chefs d’État et de gouvernement des pays membres de l’Union Européenne (UE) avaient déclaré vouloir donner « un élan décisif à l’élimination de la pauvreté » . 10 ans plus tard, avec la pire crise économique depuis 1929 en arrière-fond, l'année européenne de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale est lancée. Il était temps!

En Europe, la pauvreté n’est pas l’apanage des pays les moins industrialisés. Bon, certains s’en sortent mieux que d’autres: le taux de pauvreté des contrées scandinaves, des Pays-Bas et de l’Autriche oscille entre 11 et 12%. À côté, les « pauvres » représentent en Roumanie et en Bulgarie respectivement 23 et 21% de la population. Mais même au sein des locomotives économiques de l’UE, les situations sont diverses : 13% de personnes sont pauvres en France, 15% en Allemagne et jusqu’à 19% au Royaume-Uni !

Pauvreté de l’est, pauvreté de l’ouest

Dans les pays plus pauvres, les populations pauvres subissent moins l'exclusion sociale. Le sociologue Serge Paugam parle de "pauvreté intégrée"

Les réalités que recouvre le terme « pauvreté » varient d’un pays à l’autre. Pour l'évaluer, l'Union Européenne se base sur la définition suivante : est pauvre celui qui touche moins de 60% du revenu médian national. 79 millions de personnes, soit 16% des Européens seraient concernés. Seul hic à la statistique, rappelle l’Observatoire des Inégalités, le seuil de pauvreté ainsi calculé est de 967€ en Angleterre, et il chute à 159€ en Roumanie ! Conclusion absurde de l’organisme indépendant d’information et d’analyse sur les inégalités: « Les pauvres des ex-pays de l’est sont beaucoup plus pauvres que ceux de l’ouest... » Parler de pauvreté en Europe est donc sujet à débat.

Les trois pauvretés

Car une fois parlé de la pauvreté économique, on reste sur notre faim. Serge Paugam complète cette définition: la pauvreté créé une situation de dépendance, et sa réalité vécue dépend de chaque type de société. Le sociologue distingue la « pauvreté intégrée », touchant plutôt les pays pauvres, la « pauvreté marginale » où les pauvres sont peu nombreux, et la « pauvreté disqualifiante », la plus dramatique, qui touche de plus en plus de pays « riches » dont l’économie est en crise. La pauvreté, qui concerne 84 millions d’Européens, est donc un phénomène disparate. Et en Europe, le travail ne protège plus forcément de l’exclusion : 8% des « working poors » Européens sont touchés par la pauvreté. Les enfants ne sont pas épargnés: 20 millions risquent d'être confrontés à la pauvreté après les transferts sociaux, 30 millions avant. Pour cette année 2010, l’UE cible donc les groupes particulièrement « vulnérables », tels que les enfants, les sans-abris, les personnes âgées, les handicapés et les immigrés. Des stratégies dites d’« inclusion active » sont déployées. Elles visent, peut-on lire, « à offrir un emploi au plus grand nombre tout en garantissant des conditions de vie décentes à ceux qui ne peuvent pas accéder au marché du travail ».

« Méthode ouverte de coordination »

Augustin Legrand, tête de l'association, a rejoint Europe Ecologie en 2010Tel un chef d’équipe, L’UE donne des objectifs et fixe des indicateurs aux États membres dans l'élaboration de leurs politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Une base qui permet ensuite de coordonner les politiques nationales: chaque État peut comparer ses résultats avec les pays voisins, s’inspirer des recettes qui fonctionnent ailleurs. Outre l’évaluation réalisée au niveau étatique, les ONG, associations, partenaires sociaux et autorités locales sont aussi là pour surveiller les politiques nationales déployées envers les oubliés du modèle social européen. Le risque de cette « méthode de coordination » est bien que chaque État fasse selon ses moyens; « les pauvres plus pauvres » d'Europe de l'est n'en sortiraient pas grandis.

Au moins 26 millions d'euros, dont 17 provenant de l'UE, seront libérés tout au long de l'année. En France, par exemple, 1,5 million d’euros seront investis. L’UE financera pour moitié les mesures destinées à remédier à l’exclusion sociale, soit 750.000 euros. On peut, toutefois, regretter qu’en tout et pour tout, seuls 850.000 euros soient concrètement destinés aux « projets locaux et régionaux »… Pour faire le point, rendez-vous le 17 décembre prochain à Bruxelles lors de la cérémonie de clôture de l'année de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale.

Photos: photo: Une ©zeynep'arkok/Flickr; Bucarest: ©RudiRoels/Flickr tentes: ©degrés 360/Flickr