Société

Emil Petrov : disparu dans l'Europe de Schengen !

Article publié le 23 mars 2010
Article publié le 23 mars 2010
Faut-il se réjouir que les jeunes Européens parcourent l’Europe comme on se rend au café du coin ? Début octobre 2009, un jeune Finlandais a perdu le fil de son escapade européenne. L'enquête du jeune journaliste polonais Filip Jurzyk fait réfléchir à deux fois avant de taper le mot couchsurfing sur Internet.

Où est Emil Petrov ?

Emil a disparu début octobre ©Filip JurzykAffaire numéro 09-1483. Personne disparue : ressortissant finlandais, Emil Petrov. Taille, 190 cm, yeux marron. Dernière résidence confirmée : passage de la frontière entre la Pologne et l’Ukraine à Hrebenne. Âge : 20 ans, (s’il est encore en vie). Pour toi, ce n’est qu’un disparu parmi les milliers qui se volatilisent chaque année. Pour sa famille désespérée, c’est un frère et un fils qu’on ne cesse de chercher depuis plusieurs mois. Avec les frontières ouvertes de l’espace Schengen, les personnes disparues sont comme une aiguille dans une botte de foin. Depuis que les mouvements aux frontières ne sont plus contrôlés, et ce sur une surface de presque quatre millions de kilomètres carrés, une telle recherche équivaut à passer une plage au peigne fin. 

Nous ne savons pas grand-chose du voyage d’Emil car ce Finlandais n’en a guère parlé à sa famille. Il est parti en stop, a dormi dans les broussailles ou dans des bâtiments abandonnés. Il a mangé ce qu’il trouvait dans la rue et dans les buissons et s’est trouvé des petits boulot. Son périple l’a mené en Allemagne, en Italie et en Grèce. Il a été vu pour la dernière fois en Ukraine, dans un train reliant Odessa à Lwow. Interpol a découvert que dans la nuit du 1er octobre, à 1h30, Emil Petrov avait passé la frontière ukraino-polonais à Hrebenne. Sa trace se perd pendant son séjour en Pologne d’où il a envoyé, le même jour, un e-mail à Emma : « Je suis à Varsovie, j’espère rentrer le 8 octobre. Dieu m’a fait affronter des épreuves difficiles mais tout va bien. C’est comme si tout mon univers s’était renversé d’un coup. Je m’ennuie ! » Quelques mois plus tard, Emma, Ilja et David perdent sa trace.

Facebook : la traque est lancée

« Nous sommes partis là-bas à la recherche d’Emil et nous sommes restés aussi longtemps que cela avait du sens », raconte Emma en nous accueillant. Malgré son jeune âge, 21 ans, elle était le centre de l’opération. Elle a ouvert un blog, contacté les médias, a tout raconté à la police et a coordonné les impressions et collages d’affiches dans les rues de Varsovie. J’ai ensuite fait la connaissance du père de famille – David, un homme grand, mince et toujours souriant – éternel hippy qui a renoncé de son plein gré à une carrière de restaurateur, a abandonné sa famille pour s’installer dans la forêt. Pour finir, j’ai rencontré Ilja, le jeune frère calme et insouciant d’Emil, âgé de 18 ans.

Internet stał się jednym z najefektywniejszych narzędzi poszukiwania Emila; ©Filip JurzykOù est Emil Petrov ? Telle est la question que se sont posé près de 80 000 personnes. De nombreux groupes Facebook se sont ralliés à la cause. Ils sont convaincus que le jeune homme se trouve quelque part en Pologne, bien qu’ils aient constaté qu’il avait auparavant traversé plusieurs frontières au sein de l’UE. Mais il a pu traverser toute l’Europe sans un seul contrôle. Pendant que certains cherchent Emil à Varsovie depuis plusieurs mois, il est peut-être à Lisbonne !

Les frontières de Schengen : des trous de gruyère

Est-ce que l’ouverture des frontières permise par l’espace Schengen fait exploser le nombre de personnes disparues ? Impossible de le prouver, car en Europe, on ne trouve aucun réseau de coordination pour la recherche des adultes disparus. La collaboration est assurée par la Fédération Missing Children Europe, qui rassemble des organismes de recherche de différents pays. Le Système d’information Schengen est actif lui aussi, mais c’est la seule base sur laquelle repose la police, explique Kinga Siembab de la fondation ITAKA

Six mois après sa disparition, l’enquête de police, l’attention médiatique et celle des polonais en général sont réduites à peau de chagrin. Toujours aucune nouvelle piste. Deux semaines de recherches dans Varsovie et 1 mois et demi à Cracovie n’ont apporté aucune preuve qu’Emil serait dans l’une de ces villes. La famille d’Emil prévoit de quitter la Pologne. L’enquête reste au point mort et la dernière certitude remonte au franchissement de la frontière à Hrebenne. On ne sait donc pas si le jeune homme est en Pologne, ni même s’il est encore en vie. Le groupe fondé par la sœur d’Emil sur Facebook regroupe près de 78 282 membres. De la même façon, bien que le nombre d’adhérents soit largement inférieur, un groupe s’est formé sur www.couchsurfing.org. Le blog d’Emma donne régulièrement des nouvelles sur les dernières avancées de l’enquête... Qui continue de piétiner.

L'article intégral de Filip Jurzyk

Photo : ©Filip Jurzyk