Société

Egalité ou parité ? Une course de fond qui ne connaît pas la crise

Article publié le 25 mai 2009
Article publié le 25 mai 2009
Pour la première fois en temps de crise économique, la perte d’emploi chez les hommes est proportionnellement plus importante que chez les femmes. Une victoire féminine ? Ne nous avançons pas trop, le chemin jusqu'à l’égalité des sexes, ou devrait-on dire jusqu'à la parité, est encore long en Europe.

Les femmes s’efforcent à démontrer qu’elles peuvent être comme les hommes, cachant souvent pour cela des pensées proprement féminines. Malgré l’effort, les résultats sont infimes, et bien que beaucoup plus subtiles, la résistance et le machisme récalcitrant s’expriment encore dans le monde du travail. Si on prend comme exemple le cas de l’Espagne, depuis la mort de Franco, la pression féministe a permis de promulguer des lois favorables à la femme, garanties dans la constitution de 1978. Après des années de lutte, l’Etat fit écho des revendications des femmes, et depuis mars 2007, la Loi organique sur l’égalité se centre plus particulièrement sur la promotion de l’égalité entre les hommes et les femmes dans le travail, tout en introduisant un nouveau terme, la parité, pour tenter de prendre en considération les nécessités proprement féminines, la plus significative étant la maternité. L’implantation de beaucoup de ces mesures s’est déclarée « volontaire », et c’est dans ce mot que se cache le patronat pour ne pas faire valoir la loi.

Parité ou égalité

Une fois que la barrière morale de l’égalité est dépassée, le nouveau concept de la parité entre en jeu, mais depuis une perspective moins biologique. Tel que le reconnaît la philosophe française Sylviane Agacinski, égalité implique simplement les mêmes droits et la non-discrimination légale des femmes. Mais, en réalité, l’égalité ne peut pas interdire la discrimination. Par exemple, le comité de direction d’une entreprise est composé de huit hommes et deux femmes, nous pouvons donc dire qu’il y a égalité mais pas parité, puisque les décisions continueront d’être dans les mains d’une majorité masculine. La maigre représentation féminine dans les postes les plus hauts est encore très manifeste dans les grandes entreprises, ou près de 90 % des membres du conseil d’administration des principales compagnies européennes sont des hommes.

« Un salaire égal pour un travail égal fut un des principes fondamentaux de l’UE, mentionné dans le traité de Rome de 1957 »

« Un salaire égal pour un travail égal » fut un des principes fondamentaux de l’Union européenne, mentionné dans le traité de Rome de 1957, et qui fut l’objet d’une législation communautaire en 1975 interdisant toute discrimination salariale entre les femmes et les hommes. Ce principe est devenu le noyau de la campagne du Jour international de la Femme, le 8 mars dernier, lorsqu’il a été constaté que malgré les avancées depuis des années, en Europe, les femmes gagnent 17,4 % de moins que les hommes pour le même travail.

Avec la crise, la tendance s’inverse

Selon le rapport de 2009 sur l’égalité, présenté par la Commission européenne, le niveau d’emploi chez les femmes a augmenté ces dernières années (58,3 % pour 72,5 % chez les hommes), alors qu’elles travaillent plus fréquemment que les hommes dans des emplois précaires, payées à l’heure, (31,2 % face à 7,7 %), et qu’elles prédominent dans les secteurs dont les salaires sont les plus bas. Revenant à l’Espagne, l’Enquête de population active de l’INE (Institut National de Statistiques Espagnol) révèle que pendant le premier trimestre 2009, le taux d’occupation est de 69,11 % pour les hommes et 51,51 % pour les femmes. Malgré les 20 % de différence entre les deux chiffres, si on compare les données d’évolution du chômage depuis l’été dernier, avec ce qu’il s’est passé dans des crises antérieures, on remarque que c’est la première fois que la perte d’emploi masculin est supérieure, proportionnellement, au féminin. Il se passe le même phénomène dans d’autres pays, surtout au Royaume-Uni.

Que peut-on faire de plus pour améliorer la situation ? Selon le rapport 2008-2009 du Développement des Nations-unies pour la femme, les gouvernements sont responsables de garantir un marché qui réponde aux intérêts du bien être social et de l’égalité du genre humain. Ni l’activisme des femmes pour elles-mêmes ni l’autorégulation des entreprises arriveront à ces fins. Pour protéger ces compromis autour des droits humains de la femme, les gouvernements sont responsables d’appliquer des contrôles sur le sujet dans les institutions du marché.