Société

Eco-business à Bruxelles : être vert, ça rapporte

Article publié le 25 janvier 2011
Article publié le 25 janvier 2011
Il y a trois ans, la gréco-danoise Nike Kondakis a trouvé un parachute usé dans la rue et l'a utilisé pour concevoir une robe. Aujourd'hui, à 28 ans, elle gère sa propre société de mode en faisant de la haute-couture à partir de parachutes usés et de bijoux de bois mort au Kenya.

La mode a toujours été un hobby écolo, dans le sens de la réutilisation de chose qui m'appartenaient déjà, explique Nike Kondakis devant un paquet de chips violets. Elle fait partie du bataillon de jeunes entrepreneurs invités du monde entier pour participerà l'atelier de co-création organisé par la Fondation Génération Europe (GEF) à Bruxelles début décembre 2010. « Ensuite j'ai travaillé pendant un an sur un projet de développement pour une tribu de femmes Massai au Kenya. L'année d'après, j'ai laissé des locaux gérer le projet pour lancer ma propre boîte. » Trois jours durant, pratiquants et représentants des secteurs publics, privés et associatifs ont débattus sur les meilleurs moyens de développer des projets verts et durables dans leurs pays respectifs. Durable signifie inoffensifs pour l'environnement, mais aussi de long terme au niveau financier.

Bruxelles, hôte vert

 Toute sorte de conventions vertes sont organisées dans la capitale. Que ce soit la proximité avec le centre de décideurs - le Conseil de l'Europe et son bureau sur l'environnement - ou bien l'atmosphère cosmopolite d'une ville où aucune langue n'est exotique, voire une combinaison des deux, Bruxelles est sans conteste au cœur des débats sur les problématiques écologiques, entre la Green Street ConferenceConférence rues vertes »), la Convention Européenne ICLEI 2011 à venir et la Green WeekSemaine Verte »), la plus grande conférence annuelle organisée sur les politiques environnementales, qui aura lieu pour la onzième fois en mai 2011.

La tendance verte s'est répandu dans le monde depuis tellement d'années qu'il serait dur d'être surpris que l'écologie gagne autant le camp capitaliste que les rangs socialistes en politique. Nike emploie sept personnes et créé des robes sur mesure à mille euros pièce. Toutefois, elle n'est pas une idéaliste qui se lance dans une critique de la pollution de l'industrie de la mode, plutôt une femme d'entreprise qui a eu une idée originale et a su en exploiter tout le potentiel. Quand on lui demande comment elle s'y prendrait pour sensibiliser sur les questions écologiques au Kenya, sa réponse est toute politique. « Je ne vais pas résoudre ça. Je n'en ai jamais eu l'intention. »

Mariage amoureux des arbres et entrepreneurs

Avec son Entreprise la Perfection, Jean-Claude Bwenge travaille sur plusieurs projets verts, incluant l'énergie renouvelable, le biogaz et les nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC). « L'effort de supporter le business écologique incombe à tout le monde pour éradiquer les activités polluantes et ainsi sauver le monde », s'emporte l'ingénieur et entrepreneur rwandais dans son atelier de brochures. L'entrepreneur de 29 ans n'hésite pourtant pas à vous dire que sa motivation face aux questions environnementales n'ont rien de désintéressées : « Sur le terrain de l'écologie, vous êtes sûrs de ne pas prendre de risques. Avec d'autres technologies, les autorités peuvent venir au bout de trois ans et arrêter la production. Se concentrer sur les technologies vertes est à l'inverse un moyen de gagner leur soutien. »

Nous assistons lentement et sûrement à ce que Stien Michiels, le guide de l'atelier de la Fondation Génération Europe (GEF), nomme un « mariage de raison entre le monde de l'entreprise et les amoureux des arbres ». « Il y a beaucoup de personnes actives socialement qui travaillent pour rendre ce monde meilleur, mais ils pensent que le business est une zone rouge et diabolique, dit Didem Uygun, 22 ans, activiste et blogueur turc. C'est plus durable dans le business - vous créez l'argent qui va être réinvesti dans des projets environnementaux et sociaux, et c'est plus facile de le mesurer sur le marché. » Tariq al Olaimy est un tel entrepreneur de 22 ans, de Bahrain, cofondateur et directeur d'Al Tamasukcohésion en arabe »), une entreprise sociale qui s'attaque à l'information, la prévention et l'éducation sur le diabète. « J'ai réfléchi à une manière de traiter le problème dans une démarche d'entrepreneur social, dit Tariq, mais le catalyseur à ce moment était la Semaine de l'Entrepreneuriat Global au Bahrain en 2009. Il y avait une compétition business plan – choisis une idée et tu reçois l'argent pour la concrétiser. J'y ai rencontré mes trois co-financeurs, et j'ai gagné ! » L'atelier d'éducation sur le diabète de l'organisation est géré par un modérateur aveugle dans le noir complet, un moyen de faire comprendre à la population voyante ce que ressent une personne devenue aveugle suite à une rétinopathie dûe au diabète. Le chèque vient de l'atelier qu'Al Tamasuk a pris en charge. Les profits seront alors investis dans l'organisation d'un atelier gratuit pour les écoles.

On pourra argumenter que le mélange entre business et plaisir – qui est l'idéal vert - est un mariage profane. Après tout, qui endommage le plus l'environnement si ce n'est le commerce et les grosses firmes multinationales ? Toutefois, un deuxième regard révèle le même fondement marxiste. Se soucier de l'environnement est clairement devenu plus profitable que de le polluer ; n'est-ce pas pour ça qu'on s'est battu ces dernières années ?

Cet article fait partie de Green Europe on the ground 2010-2011, la série de reportages réalisés par cafebabel.com sur le développement durable. Pour en savoir plus sur Greeen Europe on the ground.

Photos : (cc) kygp/ Flickr; © Diana Duarte