Société

Droits LGBT : le flop 5 des pays d’Europe

Article publié le 22 juin 2011
Article publié le 22 juin 2011
En marge de la décision sans précédent, prise par les Nations-Unies, le 17 juin dernier, à propos des droits LGBT, ils battent le pavé pour revendiquer le respect de leurs droits et le droit au respect, qu’ils soient gay ou lesbiennes, bi, trans ou encore tout simplement gay-friendly. De mai à août, les Gay Pride mobilisent en musique et en couleur plusieurs centaines de milliers de citoyens.
L’occasion pour cafebabel de faire le point sur le droit des minorités sexuelles en Europe. Sur les tops et les flops. Deuxième jet, le flop 5.

1) L'Ukraine, la révolution rose n’a pas encore eu lieu

L'Ukraine a rejoint la France, la Belgique, la Hongrie, la Norvège, la Pologne, l'Espagne, la Slovaquie, la Suisse et le Royaume-Uni pour voter en faveur d'une nouvelle résolution des Nations-Unies à propos des droits LGBT. Ce n’est pas le pays auquel on pense spontanément lorsqu’il s’agit de violence à l’égard des LGBT, mais les discriminations légales y demeurent les plus nombreuses parmi les pays d’Europe : Gay Pride interdites, aucune sécurité juridique pour les couples de même sexe, ILGA-Europe ( International Lesbian, Gay, bisexual, trans and intersex Association) dénonce également des violations de la liberté d’association. Pour compléter le tableau noir, les transgenres ne sont reconnus juridiquement que s’ils ont subi une stérilisation et divorcé – au cas où ils seraient mariés.

2) La Moldavie, autre lanterne rouge

Ce pays, qui est l’un des moins développés d’Europe, est également l’un de ceux où les droits des LGBT sont les plus absents. Après avoir été autorisées en 2002, les Gay Pride y sont interdites, au motif que cela ne serait pas compatible avec les valeurs catholiques de ce pays orthodoxe. La Moldavie a également voté contre la nouvelle résolution des Nations-Unies.

3) La Biélorussie : « mener une vie normale »

Ouvertement homosexuel, le ministre allemand des Affaire étrangères s'est fait tancé par LoukachenkoRetrouver la dernière dictature d’Europe dans ce classement n’est malheureusement pas une surprise, tant les violations des droits humains y sont nombreuses. Les manifestations sont interdites (les contestations de la réélection au score stalinien d’Alexandre Loukachenko en décembre 2010 se sont terminées dans la violence), alors les Gay Pride… Celle de mai 2010 se solda par des arrestations et des amendes. Le Président Loukachenko a également fait parler de lui au début de l’année en affirmant aux medias d’avoir assené « les yeux dans les yeux » au ministre allemand des Affaires étrangères Guido Westerwelle, ouvertement homosexuel, qu’il lui fallait mener « une vie normale ». Les associations de défense des droits des homosexuels existent néanmoins, mais la vie sociale est clandestine, les descentes de policiers étant nombreuses.

4) La Russie défie la Cour Européenne des Droits de l’Homme

Lisez l'article du même Thibaut Temmerman sur le top 5 des droits LGBT en Europe

Même si la Russie reconnaît légalement l’existence des personnes transgenres sans leur imposer d’infamantes opérations chirurgicales, elle ne brille guère en ce qui concerne le droit des homosexuels à fonder une famille et la lutte contre la discrimination des minorités sexuelles. Condamnée à deux reprises par la Cour européenne des droits de l’Homme pour entrave à la liberté de manifestation en raison de l’interdiction d’organiser des Gay Pride (en 2010 et en 2011) à Moscou, celle organisée cette année s’est terminée dans la violence, des militants des droits, comme le Président du comité IDAHO Louis-George Tin, venus soutenir les revendications des associations russes témoignant que des groupuscules néo-fascistes ont prêté main forte à la police.

5) La Turquie : des Gay Pride mais des discriminations

Ahmet Yildiz a été abattu alors qu'il sortait d'un café près du détroit du Bosphore à IstanbulLe crime d’honneur commis à l’encontre de l’étudiant Ahmet Yildiz, en 2008, de même que la radiation de Halil Ibrahim Dinçdag des listes d’arbitres de football, en raison de leur homosexualité (l'homme de 33 ans a également été exempté de service militaire en raison de son homosexualité, ont marqué les esprits en Turquie. Bien que les Gay Pride soient autorisées – Istanbul organisera sa 19e manifestation, le 20 juin à Taksim Square, le droit des associations LGBT n’est pas toujours respecté. L’une d’elles, Kaos Lambda, faillit être interdite par le gouverneur d’Istanbul après avoir été perquisitionnée par la police.

Vivre son homosexualité peut s’avérer particulièrement dangereux et le harcèlement policier y est courant, comme en témoigne un rapport de Human Rights Watch, en 2008. La communauté reste discrète, même si un restaurateur a ouvert un établissement il y a deux ans. La réélection du parti musulman-conservateur du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, le parti de la justice et du développement, l'AKP, ne devrait pas changer la situation pour les années à venir.

Même s’il ne reste aujourd’hui plus aucun pays en Europe considérant que l’homosexualité est une maladie ou interdisant complètement les relations homosexuelles, certains pays ont encore beaucoup de chemin à faire dans la voie de l’égalité des droits pour les personnes LGBT, notamment en raison du poids des conservatismes religieux voire de l’héritage communiste.

Ce flop 5 a été réalisé à partir du classement dressé par l’ONG ILGA-Europe (International Lesbian and Gay Association) à l’occasion de la journée internationale pour la lutte contre l’homophobie (IDAHO).

Photos : Une, ЯAFIK ♋ BERLIN/flickr Guido Westerwelle (cc) Michaelthurm/flickr ; video ©Tele2news2011/Youtube ; Ahmet Yildiz (cc) Mikebear/flickr