Société

« Désolé, nous sommes des femmes » : 3 Européennes à la Mosquée Bleue

Article publié le 18 novembre 2010
Article publié le 18 novembre 2010
Des surveillants s’assurent que tout le monde prenne un sac plastique et y place ses chaussures avant même d’avoir mis un orteil sur les premières marches tapissées de la Mosquée Bleue. Nous sommes trois touristes : Allemande, Anglaise et Polonaise.
Pour nous préparer à entrer dans la Mosquée Bleue nous avions mis des « foulards », mais une fois à l’intérieur nous avons pu voir que de nombreuses touristes étaient tête nue.

Comment la plus traditionnelle et la plus grande mosquée d’Istanbul s’est-elle transformée ? C'est la première fois que nous entrons dans la mosquée Bleue et tout nous semble spacieux, lumineux et relaxant. Ses dessins en céramique de couleurs vives (la plupart du temps en bleu, forcément) sont vraiment différents de l’imposant marbre baroque des églises chrétiennes. Les chandeliers pleins de bougies sont placés près du sol, au pied d’une énorme coupole, ce qui doit, se dit-on, permettre de lire plus aisément. On apprendra en fait qu'il s'agit de créer une atmosphère agréable et chaleureuse.

Non Musulmans, à quoi s’attendre alors ?

Aussi connue sous le nom de Mosquée BleueLes touristes turcs ne sont pas uniquement ici pour prier mais tout simplement pour visiter la mosquée. La balustrade servant à prier offre une chance de faire une bonne photo. Quelques-uns se prennent en photo avec leurs portables. Des jeunes femmes turques habillées avec beaucoup de goût posent un nombre incalculable de fois devant l’objectif, leur  sac plastique en main. De nombreux enfants en costume blanc et doré viennent également, mais pour une autre raison : prendre part à une cérémonie. Au moment de la prière, on demande à tous les touristes de quitter la mosquée. Les conditions pour la prière varient selon les mosquées. En effet, nous avons été chassées après avoir voulu regarder des hommes en train de prier à travers un carreau de la porte d’une petite mosquée (pas touristique) de Sultanhmet. A l'inverse, dans celle d'Eminönü, les touristes peuvent s’asseoir derrière la balustrade et observer les hommes prier. Les fidèles semblent s’être accoutumés au bruit des touristes et à celui du personnel de sécurité. En voyant la pancarte « seulement pour la prière des femmes », nous nous sommes assises sur nos genoux et avons observé. Des cloisons en bois nous séparent de l’extérieur. A travers les tous petits trous, nous avons pu voir un surveillant ne prêtant aucune attention à la personne qui lançait le dernier appel : « L'heure de la prière, réservé aux fidèles ». C’est donc à cela que ressemble le monde derrière une burqa ? C’est un endroit différent sans les touristes. Silence, juste le bruit d’un aspirateur, le bruit des pas des gardes, et la sonnerie occasionnelle d’un portable. Personne ne semble nous avoir remarqué, mais nous nous sentons comme des intruses. Pour se fondre dans la masse, nous prenons quelques livres et des magazines religieux d’un présentoir en bois. Opération feuilletage jusqu’à ce que d’autres femmes arrivent.

« Nous croyons tous dans un même Dieu »

Au bout d'un moment, des femmes commencent à nous parler. L'une d'elle nous demande en anglais d’où nous venions et quelle était notre religion, son sourire s'accentuant au fur et à mesure de notre réponse. « Ne vous inquiétez pas, nous dit elle, vous pouvez rester, nous croyons tous dans un même Dieu ». Elle nous proposa de prier ensemble et nous trouva un chapelet, puis nous nous sommes assises dans un rang. « Lorsque nous prions, nous répétons des petites phrases, mais la plupart du temps tu pries comme tu l'entends car chacun des nous est différent. Racontez juste ce qui est important pour vous ». Mains contre la poitrine, têtes baissées, nous commençons la prière avec une série de mouvements. Nous commençons debout, puis à genoux, penchées et touchant le sol avec notre front puis revenant à la position initiale. Au fur et à mesure que nous devenons plus décontractées, nous écoutons la voix de l'imam. C'est comme si un homme nous appelait doucement, sa voix semble si différente des hurlements que l'on peut entendre dans la rue. Après la prière, de nombreuses femmes viennent vers nous, répondant à nos questions de façon très enthousiaste, « Mashallah », nous dit l'une d'entre elles en nous offrant son chapelet. Nous sommes surprises et nous nous sentons privilégiées d'avoir pu être si impliquées.

Les femmes, interdites ?

« La meilleure mosquée pour les femmes est à l'intérieur de la maison »

Il semble que les femmes soient bannies de la prière dans la plus grande partie de la mosquée. Un surveillant nous a expliqué qu'aucune femme ne pouvait prier au centre sous la coupole si des hommes étaient encore en train de prier. Plus tard un Turc nous raconta que les femmes généralement priaient dans leur maison. En effet le prophète Mohammed dit : « La meilleure mosquée pour les femmes est à l'intérieur de la maison ». Selon la loi islamique, hommes et femmes doivent être séparés durant la prière, bien que certaines mosquées n'autorisent pas du tout les femmes. Mais les choses sont en train de changer. En début d'année, la designer Zeynep Fadıllıoğlu a été internationalement applaudi pour avoir bâti la première mosquée conçue et décorée par une femme, mélangeant verre, métal et formes avant-gardistes .

Désignée par Quelques hommes sont maintenant assis autour de nous, en train de parler et de rire. Ils créent un lieu beaucoup plus « vivant » que l’église traditionnelle catholique ou protestante. En quittant la mosquée bleue tout en parlant avec les guides touristiques, nous avons remarqué que la mosquée est ouverte 24h/24 : « une mosquée est la maison de Dieu ». Les sans-abri sont autorisés à y dormir, c’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle il y a des tapis. Les personnes en détresse peuvent prendre refuge ici, racontent-ils, mais la police n’a pas le droit de les expulser, contrairement aux sans-abris ou sans-papiers résidant dans des églises. Avec leur tradition conservatrice tout en étant néanmoins évolutive, et le sentiment à la fois de modernité et de tradition fait que les différentes facettes de la mosquées continuent de surprendre.

Photo : (cc) joellybaby/Flickr