Société

Des classes pour enfants immigrés en Italie: le retour des lois raciales fascistes ?

Article publié le 15 octobre 2008
Article publié le 15 octobre 2008
Le 15 octobre, à 10 voix et une abstention près, la motion, appelée « classes d'intégration » par la Ligue du Nord, a été approuvée. Roberto Malini, membre d’EveryOne, une association qui lutte contre la discrimination et pour les droits de l'Homme, réagit. Opinion.

« Ces « classes d'intégration » seront réservées aux élèves étrangers qui échouent aux tests des classes ordinaires. Il s'agit d'un événement à ne pas prendre à la légère, à savoir la mise en place, de la part des institutions italiennes, de mesures relevant d'idéologies délirantes, de nature raciste et xénophobe qui, il y a quelques années encore, étaient l'apanage des néonazis ou de nostalgiques de l'époque des lois raciales fascistes.

Pendant les débats, le chef de groupe de la Ligue du Nord, Roberto Cota, inspiré par Umberto Bossi, présent à ses côtés, a fourni une justification de la proposition de la Ligue : il faut éviter d'inscrire les enfants étrangers après le 31 décembre pour ne pas bloquer le déroulement du programme, et donc créer les classes provisoires ou d'intégration, pour empêcher l'effet « retardateur » des enfants étrangers sur les enfants aryens… pardon, italiens. Enfin, si l'on renverse les termes du problème réel, le nombre d'étrangers dans une classe doit être proportionnel au nombre d'Italiens, afin d'éviter que ne se créent des classes d'étrangers dans lesquelles « il n'y aurait évidemment plus de place pour les élèves italiens. »

« Les classes juives nationales et les classes pour étrangers ont été instituées par le régime nazi »

Les « classes juives nationales » et les « classes pour étrangers » ont été instituées par le régime nazi. Un pourcentage maximal d'élèves « non aryens » de 1,5 % fut également fixé à l'époque par le décret contre la surpopulation des écoles allemandes. Goebbels déclarait que la propagande était un art, et qu'il n'était pas important de savoir si elle exprimait la vérité. Aujourd'hui, c'est Bossi, par la voix de Cota, qui déclare : « Les classes d'intégration sont un instrument visant à prévenir le racisme et à permettre une véritable intégration ».

Il est évident que l'Italie sombre de plus en plus dans la haine raciale, d'une manière toujours plus méprisable. Comme sous les régimes de Mussolini et d'Hitler, un autre « mythe » considéré comme inviolable, est tombé : celui de l'intégrité de l'enfance. Il suffit de visiter un camp rom pour comprendre en quoi l'intolérance a rendu les autorités et la grande majorité des Italiens insensibles, voir cruels, envers les ethnies « indésirables ». Les « classes pour étrangers », si l'idée se concrétise, détruiront la culture de la tolérance et renforceront les bases de l'idéologie raciste : à partir des pogroms institutionnels, on arrivera bientôt à l'affirmation d'une véritable « culture de la race », début de la fin d'une démocratie et d'une société reposant sur les droits humains et civiques.

Traduction Charlotte Monnier, révision cafebabel.com