Société

Démonstration de force russe en Géorgie

Article publié le 12 août 2008
Article publié le 12 août 2008
Le 12 août, le président russe a annoncé la « fin des opérations militaires » contre la Géorgie. L’intervention du Kremlin montre bien qui porte la culotte géopolitique dans le Caucase, et les régions séparatistes de l’Ossétie du sud et de l’Abkhazie.

La guerre du Caucase est bien plus qu’un conflit entre Géorgiens et Ossètes. En réalité, une énorme stratégie géopolitique se cache derrière les événements de ces derniers jours. Le gouvernement de Tbilissi est prêt à tout pour rejoindre l’Organisation du traité Atlantique Nord (Otan), mais pour ce faire, il doit d’abord reprendre le contrôle des conflits politiques et séparatistes qui existent au sein de son pays. Le Kremlin tente lui d’empêcher la Géorgie de former des alliances militaires à l’Ouest – sa récente intervention dans le Caucase montre à cet effet, qui décide dans le Caucase. 

Provoquer l’Otan

(hanspodolja/flickr)Le drapeau national flotte dans la poussière, après les bombardements de Gori, à 80 km de Tbilissi. Le président géorgien, Mikheil Saakashvili, a tenté sa chance : la violente attaque militaire du 7 août dernier était censée permettre à la Géorgie de reprendre le contrôle de la province de l’Ossétie du Sud. Cela aurait réglé l’un des deux conflits internes qui rongent le pays à l’heure actuelle, et empêchent une adhésion tant désirée à l’Otan. Le second conflit sous-jacent est celui de l’Abkhazie qui demande l’indépendance depuis le début des années 90, et qui pourrait bien à son tour s’embraser de nouveau.

Mikheil Saakashvili croyait évidemment que les Russes ne s’en mêleraient pas. Après tout, l’Ossétie du Sud fait partie du territoire géorgien, où les troupes russes n’ont rien à faire. Et par la même occasion, il espérait que les Etats-Unis le soutiendraient, après que ce petit pays du Caucase ait envoyé 2000 soldats géorgiens en Irak. Les Américains auraient du aider à tenir les Russes à distance et soutenir ses anciens compagnons d’armes.

Mais Mikheil Saakashvili a fait de mauvais calculs sur deux points. Dans les premières heures qui ont suivi les premiers tirs, le Kremlin a envoyé ses tanks, traversant la frontière, pour supporter la petite région pro-russe d’Ossétie du Sud. Et l'allié supposé , Washington, a abandonné Tbilissi : rentrer en conflit avec la puissance nucléaire russe était bien trop éloigné de la stratégie américaine.

hanspodolja/flickr

Le Caucase, de la dynamite

La guerre dans la région du Caucase est un conflit très localisé entre deux identités nationales, une situation explosive qui couve depuis des décennies. Elle remonte à une décision fatidique de la tyrannie soviétique dirigée par Staline. En 1931, il a souhaité arbitrairement couper en deux la République autonome d’Ossétie, afin de « distribuer » la partie Nord à Moscou, et la partie Sud à Tbilissi. Depuis le début des années 90, la partie Sud s’est évertuée à demander l’autonomie à la Géorgie, afin de se réunifier avec le Nord dans le plus long terme. 

(hanspodolja/flickr)La guerre civile qui plombe cette partie de la Géorgie depuis 1992, a déjà coûté 10 000 vies, selon les estimations. 30 000 personnes ont fui dans les régions montagneuses alentours, dont un tiers ont été dans le centre de la Géorgie. La Géorgie n’a jamais voulu abandonner complètement l’Ossétie du Sud, comme pour l’Abkhazie, indépendante depuis 1993. Ces deux régions sont des représentations importantes de l’identité nationale dans la pensée et l’histoire collective. 

De plus Mikheil Saakashvili veut accueillir les réfugiés géorgiens qui souhaitent revenir dans la nation, une promesse qui lui a permis de gagner les précédentes élections. Depuis le cessez le feu en Ossétie du Sud en 1992, et en Abkhazie en 1994, le conflit a continué de couver dans le Nord de la Géorgie, mais ne s’est plus enflammé depuis l’intervention militaire du 7 août dernier. Mikheil Saakashvili doit maintenant résoudre une guerre qu’il ne veut pas pour son pays, sinon il peut oublier son adhésion à l’Otan. Un élément très important pour la politique étrangère de la Géorgie : le président pense en effet que le pays peut se débarrasser de l’influence régionale de la Russie, en s’alliant plus profondément avec l’Occident. 

Pour le peuple, ce conflit caucasien est celui des identités. Le reste du monde voit ici une guerre géopolitique aux conséquences très importantes. Car le Kremlin qui vient ainsi de violer les lois internationales en attaquant la Géorgie, montre une force militaire nouvellement retrouvée. En enrobant son action en envoyant des « gardiens de la paix » dans le Sud du Caucase, Moscou souhaitait surtout empêcher la Géorgie d’intégrer l’Otan.

(hanspodolja/flickr)

Les Etats-Unis en particulier, insistent pour accueillir la Géorgie dans l’alliance de défense internationale. Dans un document stratégique du Pentagone qui a été révélé huit jours avant que la guerre ne commence en Géorgie, la Russie est désignée comme un ennemi géopolitique potentiel, tout comme la Chine. L’extension de l’Otan dans les pays de l’Est, comme l’Ukraine et la Géorgie, est une action de blocage qui tend à atténuer l’influence et le pouvoir russe dans un bloc postsoviétique. 

Le conflit identitaire grandit. Mais en mettant son grain de sable dans les rouages géopolitiques, la Russie pourrait rendre une situation locale encore plus explosive, dans laquelle les Américains pourraient également intervenir. 

L’auteur de l’article, Florian Willershausen, est membre du réseau n-ost