Société

De Londres à Berlin : la montée du journalisme citoyen « hyperlocal »

Article publié le 25 avril 2012
Article publié le 25 avril 2012
Le « blogging hyperlocal » s’emploie pour désigner ces nouveaux blogs ou magazines en ligne qui se caractérisent par leur attachement à une région ou à un quartier précis. Il peut s’agir de critiques des restaurants de la région ou d’archives numériques renfermant l’histoire locale. Certains en arrivent même à se transformer en quotidiens régionaux en ligne.
Les éditeurs, les collaborateurs et les lecteurs nous expliquent la popularité de ce journalisme « localo-centré ».

 Tout commence par un fort sentiment de fierté d’appartenir à une certaine région. « Au départ, j’ai ouvert ce blog parce que j’avais l’impression que les charmes de Kentish Town étaient dédaignés au profit de l’est de Londres, un endroit que j’adore mais dont on a déjà suffisamment vanté les mérites d’après moi », déclare Stephen Emms, créateur et éditeur de The Kentishtowner, un célèbre magazine en ligne actualisé quotidiennement qui a vu le jour comme blog local axé sur le nord de Londres. « J’ai commencé à bloguer sur les expositions artistiques dans les galeries de la région, sur des restaurants et des pubs qui ouvraient. Les statistiques n’ont cessé de doubler, apportant des milliers de nouveaux lecteurs chaque mois. » Les blogs locaux permettent souvent aux personnes venant d’emménager dans la région de mieux s’intégrer en leur donnant un aperçu des meilleurs endroits qu’ils pourront y trouver. Sarah, une fervente lectrice du Kentishtowner qui habite Londres depuis seulement quatre mois, nous le confirme. « Quand on vient d’arriver dans une ville, il est difficile de faire de nouvelles rencontres. Pendant des semaines, mon ami le plus proche a été le serveur qui me vendait mon café tous les matins. Lire les blogs locaux, ça nous permet de connaître notre région et le genre de personnes qui y vivent. On se sent moins dépaysé, en quelque sorte. »

Du blog au livre

Certains blogs se consacrent à la préservation de l’histoire locale. Spitalfieldslife, un blog très populaire sur l’est de Londres, s’emploie à faire connaître les histoires des résidents de Spitafields, un quartier caractérisé pendant des siècles par des migrations de populations qui remontent jusqu’aux Huguenots de France au dix-huitième siècle. Peuplé par des Juifs d’Europe de l’est, des dockers de l’Irlande catholique et, depuis les années 70, des migrants économiques bangladais, Spitafields regorge de personnages locaux hauts en couleur, ce qui permet à l’auteur anonyme mais prolifique du Spitafieldslife de publier le profil d’un résident local tous les jours. Le blog s’est révélé si populaire que ses histoires ont été rassemblées et publiées dans un livre.

L’engouement pour ces blogs ne se limite pas à Londres. Berlin possède des dizaines de bloggeurs locaux qui, contrairement à leurs homologues britanniques, ont une approche souvent plus thématique. Certains d’entre eux ne traitent que des nouveautés de la scène artistique berlinoise, tel que Bangbangberlin par exemple, ou des informations sur le passé de la ville (Cabaret-Berlin). Les blogs de quartier ne manquent pas : pour preuve, en voici une longue liste.

Un antidote à l’austérité ?

La scène florissante du blog hyperlocal d’Amsterdam semble être principalement composée d’expatriés. Les Américains, en particulier, s’imposent sur le « territoire technique » des autochtones , prompts à chanter les louanges des régions de leur pays adoptif dans des blogs tel que amandablogandkiss. La fierté locale répond à cette offensive et des blogs créés par des Néerlandais commencent à apparaître de plus en plus fréquemment. Cependant, « local » et « à petite échelle » ne sont pas synonymes de mauvaise qualité des écrits. Beaucoup de blogs, tel que The Londonist, proposent régulièrement des articles écrits par des professionnels travaillant dans les médias. Le rapide passage du Kentishtowner d’un blog à un quotidien en ligne peut également être attribué à l’attention portée à la qualité de l’écriture et du contenu. Stephen, ancien collaborateur au sein de la rédaction de journaux tels que The Guardian, The Independent, Sunday Times et bien d’autres encore, insiste sur la « qualité de l’écriture avant toute chose » concernant The Kentishtowner.

Chose intéressante, les villes européennes où le « blogging hyperlocal » est florissant tendent à être des endroits où l’économie se révèle relativement solide, tandis que Dublin, Athènes, Madrid et d’autres sont particulièrement à la traîne. Les médias ont beaucoup parlé de la fierté nationale affectée par la crise financière, mais ce ne devrait pas être le cas de la fierté locale. Ces villes comportent des quartiers animés, intéressants et historiques qui ont beaucoup à offrir. En ces temps d’austérité, les restaurants, bars et autres attractions ont besoin d’appui et les blogs hyperlocaux peuvent le leur apporter en faisant la promotion des commerces locaux et en aidant à insuffler une certaine fierté locale aux habitants. Alors, surtout, restez accessibles, interactifs et vigoureux.

Photo : Une (cc) *little* Siu-shan LEE/ flickr; Texte : © courtesy of spitalfields.com