Société

Crise : mère à 27 ans, elle cherche un stage à Bruxelles

Article publié le 7 septembre 2012
Article publié le 7 septembre 2012
Chaque année en Italie 4 nouvelles mères sur 10 abandonnent leur travail. Valentina Brogna qui a 27 ans, a fait le parcours inverse. Lorsque son fils est né, elle a commencé ses premiers stages décisifs pour sa future carrière. Son secret ? Une famille qui l’épaule.
Et elle met en garde les femmes qui sont contraintes de choisir entre un travail ou devenir mère « Ne vous faites pas piéger, vous avez le droit aux deux. »

« J’ai été enceinte lors de ma dernière année de spécialisation avant d’obtenir mon diplôme, il me manque désormais trois examens, un stage et ma thèse », nous raconte Valentina Brogna, 27 ans, venant de Vérone et étudiante en sciences politiques. Elle est maintenant sur le point de partir à Bruxelles où l’attend un stage de trois mois auprès du Lobby Européen des Femmes. Valentina peut se vanter sur son CV d’avoir effectué un séjour Erasmus à Bordeaux, décroché une licence et de parler cinq langues étrangères. Mais l’obtention d’un diplôme ne suffit pas encore pour trouver un travail.

« Lorsqu’une femme accouche, elle perd tous ses diplômes. Elle devient une maman et rien de plus. »

« J’ai souvent des moments de découragement, je me demande si je consacre suffisamment de temps à mon enfant et comment va-t-il grandir lorsque je m’absenterai pendant plusieurs mois. » Valentina va laisser son enfant entre les mains de ses parents et de son fiancé. Elle le verra grandir grâce à Skype. « Par chance les vols low-cost existent – elle soupire - j’ai pensé à la possibilité d’amener mon fils avec moi à Bruxelles. Mais même si je travaillerai à temps plein, je serai en stage non rémunéré. Je ne peux vraiment pas l’amener avec moi pendant ce voyage. »

Pendant sa grossesse, Valentina est partie à Rome, encore une fois pour effectuer un stage auprès d’une ONG (Focsiv). « Pendant la première année de vie de mon fils, j’ai levé le pied sur mon rythme de travail. J’ai passé les examens qui me manquaient grâce à l’aide de mes professeurs. Puis lorsqu’il a eu 14 mois, je l’ai inscrit à la crèche. » Cette solution n’est que temporaire puisque la crèche où le petit garçon de Valentina a été accepté devra fermer d’ici peu, par manque de financements.

Ce n’est pas seulement qu’une question de précarité de l’emploi

L’enfant va avoir 19 mois et grandit tout en étant entouré par l’affection de sa mère, de sa famille et de ses amis. « Sans leur aide, je n’aurais pas pu faire le choix que j’ai fait », souligne à plusieurs reprises Valentina, comme pour faire référence aux femmes qui n’y parviennent pas. Mais la précarité de l’emploi n’est pas le seul problème que cette nouvelle famille devra affronter.

Le père de l’enfant est né au Cameroun et est arrivé en Italie en 2005. Il est actuellement serveur pour financer ses études de médecine. Il a un visa étudiant qui doit être renouvelé chaque année, et il ne pourra pas demander la nationalité italienne avant 2015, ce qui est nécessaire afin de pouvoir définitivement rester dans l’espace Schengen. Une nouvelle difficulté, qui ne fait qu’être accentuée par les nouvelles lois italiennes sur l’immigration, s’ajoute donc à la précarité de l’emploi de Valentina.

« Ne pensez pas que le travail exclue la possibilité de fonder une famille. C’est la société qui vous contraint à penser ça »

Dans un pays comme l’Italie où chaque année 4 mères sur 10 interrompent leur travail pour s’occuper de leurs enfants (données Istat). Valentina est la seule parmi son cercle d’amies à avoir eu un enfant à cet âge. « Je connais des personnes qui sont dans les mêmes conditions que moi et ont fait un choix différent. Les jeunes femmes qui n’ont pas une famille ou un mari pour les aider financièrement n’ont pas la possibilité de faire ce que je suis en train de faire. Une société qui nous contraint à choisir entre avoir un travail ou devenir mères est une société rétrograde. »

Il y a juste le père qui s’est montré dans un premier temps contraire à l’idée que Valentina parte à l’étranger sans leur enfant. « L’idée est répandue que jusqu’à l’âge de trois ans, les enfants doivent tout le temps rester avec leurs mères. Mais mon fils grandit parfaitement bien, il est fort. Il est presque trop vif à certains moments. »

« Il manque la volonté politique pour permettre de concilier famille et travail »

Pour Valentina, ce n’est pas juste, qu’une fois devenus pères, les hommes puissent continuer à travailler et que leurs compagnes doivent sacrifier une partie considérable de leur carrière. « Lorsqu’une femme accouche, elle perd tous ses diplômes, elle devient une "mère" et rien d’autre. Ce problème n’est pas seulement culturel, il est aussi politique. Il manque la volonté chez nos hommes politiques de permettre de concilier famille et travail. »

Valentina révèle, sans citer de noms, d’autres histoires moins chanceuses que la sienne. « Une de mes amies qui est infirmière s’est vue proposer un contrat à durée déterminée à condition qu’elle ne soit pas enceinte pendant au moins un an. D’autres personnes que je connais repoussent leur grossesse et attendent d’avoir au moins 35 ans, c’est un stade qui devient plus risqué pour le fœtus. Lorsque les femmes sont réduites à leur seul rôle de mettre au monde des enfants, leur prétendue émancipation devient du bluff. »

A toutes celles qui se trouvent dans la même situation qu’elle, Valentina leur dit : « Ne pensez pas que le travail exclue forcément la possibilité de fonder une famille. C’est la société qui vous contraint à penser ça. Je ne veux convaincre personne que c’est bien d’avoir un enfant, chacun a le droit de choisir ce qu’il veut faire. Mais cette liberté se paye à un prix élevé : dans mon cas, j’ai pu choisir parce que ma famille m’a aidée, et m’a toujours soutenue. »

« J’ai souvent des moments de découragement, je me demande si je consacre suffisamment de temps à mon enfant »

Qu’est-ce qui a vraiment changé après la naissance de votre enfant ? « Avoir un enfant ça vous change la vie en mieux – répond Valentina sans hésitation - vous entreprenez d’une façon différente tout ce que vous faites, vous aurez moins de temps, mais celui que vous passerez avec votre fils, même s’il ne s’agit que de cinq minutes, sera très important et vous enseignera quelque chose. C’est incroyable ce que les enfants peuvent enseigner aux adultes. »

En ce qui concerne le futur, Valentine projette de conclure sa thèse sur le « land grabbing » dans les pays en voie de développement et de chercher un travail dans une ONG « en Italie ou à l’étranger, ça ne change rien pour moi. On peut à la fois avoir une famille et un travail n’importe où », tout du moins dans un pays ou ce droit est protégé.

L'histoire de Valentina se trouve aussi sur son blog Danordasudparliamone.

Photo : (cc) Neil Krug/flickr. Nel testo: ©cafebabel.com. Video: eawebtv/youtube.