Société

Coworking en Europe : les nouveaux thermes de l'échange

Article published on 9 octobre 2012
Article published on 9 octobre 2012
À combien de freelances est-il arrivé de se sentir isolés dans leur recherche quotidienne et la production de travail ? Le coworking offre à tous ceux qui ne disposent pas d’un bureau fixe, un lieu où déposer sa mallette et travailler en groupe. Et ne vous inquiétez pas si le voisin de bureau est un architecte, le collègue un avocat et que vous, vous êtes un ingénieur informatique.
L’échange des connaissances, dans l’ère de la précarité, ne passe pas uniquement par Internet.

Vérone. Immergés dans la tranquillité, à l’intérieur d’une cour suggestive, Alessandro et Francesco, deux jeunes freelances véronais, décident de se rencontrer pour discuter du coworking et de leur projet : The Collective.

Le coworking né aux États-Unis déjà à partir de 1999, s’est rapidement répandu dans la Silicon Valley, où les professionnels informatiques rapprochés par cette nécessité de se rencontrer et de partager des espaces communs, ont donné vie à la première communauté de coworkers : The Hat Factory. Le coworking, selon sa définition la plus classique, prévoit le partage d’une pièce commune, que ce soit un bureau, un open space ou un petit magasin restructuré par les professionnels qui peuvent développer les métiers les plus divers.

« Le coworking est un espace qui permet d'extraire de l’isolement beaucoup de professionnels freelances »

« A l’inverse de ce que l’on pense, le coworking n’est pas seulement un bureau "low-cost", mais plutôt un style de travail qui permet de partager des espaces de travail, des bavardages informels, des connaissances et de faire un bout de chemin en évoluant ensemble », affirme Alessandro, 29 ans.

Pas seulement un partage des frais

« Le coworking est un espace qui permet de distribuer des richesses culturelles et extrait de l’isolement beaucoup de professionnels freelances », ajoute Francesco, architecte – comme par hasard - freelance et associé du projet The Collective.

C’est sûr, le coworking répond à l’exigence de diminuer le coût de location d’un bureau et s’insère bien dans un contexte profond changé par les conséquences de la crise économique, mais pas seulement. Avec des tarifs qui commencent à 149 euros par mois et varient selon les exigences - en plus des services de base tels que Internet, téléphone, bureau, pièce commune et un bureau où rencontrer les clients en privé - The Collective prévoit une adhésion pour ceux qui veulent bénéficier des emplacements également durant les horaires du soir et de la nuit. « Mais les coworkers ne sont pas choisis au hasard », rappelle Francesco. « Ils partagent une philosophie commune, c’est-à-dire la volonté de faire se rencontrer des professionnels appartenant au monde du digital et de la création, deux secteurs qui se retrouvent souvent séparés et en compétition. »

Coworkers = co-thinkers

Partager un espace commun, réduire les rôles hiérarchiques réunis par la volonté et la conscience que la startup du futur naisse des idées d’aujourd’hui… The Collective s’insère donc dans un contexte changé, non seulement par la crise économique mais aussi par l’évidente transformation du monde du travail. Toujours plus de travailleurs déterritorialisés - par choix ou obligation - trouvent dans le coworking la possibilité de rencontrer des professionnels divers et de donner vie à de nouveaux projets et sociétés. The Collective, en effet, en tirant avantage des diverses connaissances que les coworkers ont apportées, a déjà entrepris quelques activités culturelles, tels que des cours du soir de développement mobile ou en studio 3D.

Critiqué par peu de gens, approuvé par la majorité, la diffusion du coworking rencontre encore quelques difficultés, surtout dans les petites villes. Ici, la manière de faire très tradi s’avère avoir encore le dessus sur les nouveaux styles de travail.

Alessandro nous explique en effet que, si on assiste toujours à une diffusion majeure du phénomène, la méfiance envers ce que nous pouvons définir comme étant une « forme transformée de l’open space » trouble les réelles potentialités que The Collective et, plus généralement, la communauté du coworking, peut réellement développer. En Italie, le phénomène compte encore sur la diffusion du « cowo », un réseau italien fondé en 2009 par Massimo Carraro et qui aujourd’hui dispose de 39 bureaux affiliés dans 21 villes, d’après La Repubblica.

Dans le reste de l’Europe aussi, le phénomène semble s’être diffusé à vitesse grand V. Face à la crise économique, l’augmentation exponentielle de la précarité ou la nécessité de séparer le lieu de travail de ton propre domicile, le coworking est en train de surmonter les esprits les plus sceptiques.

En Espagne ces centres, définis aussi comme « inubadoras de empresas », répondent à une logique semblable à l’Italie : « donner un espace à celui qui a beaucoup d’idées et peu d’argent pour pouvoir supporter ses frais fixes », c’est la définition donnée par Carolina Ortiz, l’une des associées d’Aware Coworking d’Alicante, dans une interview accordée à El Paìs. L’Allemagne ne paraît pas en reste, non plus. Venture Village, un blog sur le panorama berlinois, a lancé un sondage sur les dix meilleurs coworkings de Berlin : aux trois premières places sont arrivés ClubOffice (Wilmersdorf), Betahaus (Kreuzberg) et Ahoy! (Charlotteburg). Un pays en continuelle expansion culturelle comme l’Allemagne ne peut renâcler à accueillir avec enthousiasme l’idée innovante du mouvement du coworking allemand, se développant déjà en 2009 et qui peut compter aujourd’hui sur 72 bureaux affiliés.

Parler de coworking en Italie, et peut-être aussi dans des pays tels que la France et l’Espagne, où l’idée traditionnelle du travail est bien ancré, s’avère encore difficile. Nous ne savons pas si pour ces pays le coworking se révélera une idée gagnante. De deux choses l’une, soit nous sommes en train d’assister à la réunion « de forces vives » dans des États divisés par la précarité et par la délocalisation des entreprises soit il s’agit seulement d’un énième style de travail qui, une fois la crise passée, ravalera les travailleurs à leur statut d’ermites. Quoi qu’il en soit, pour le moment on aime observer. Comme le dicton : « de nécessité, vertu » avait donné vie à une communauté vaste encore en expansion, les espaces de « coworking » sont en train d’atténuer les antagonismes entre des professionnels toujours plus compétitifs.

Photos : (cc) flood/flickr; video: coworkingtoronto/YouTube