Société

Couvertures européennes : c'est notre génération qu'on assassine 

Article publié le 16 novembre 2015
Article publié le 16 novembre 2015

Deux jours après, les journaux européens ont massivement couvert les attentats de Paris. 5 jeunes européens soulignent et parlent des unes qui les ont le plus marqués. 

Génération Bataclan

« Je l'ai vue hier soir, vers minuit. J'ai tout de suite accroché sans vraiment chercher à savoir pourquoi. Si c'est parce que Libé est un journal connu pour ces unes, si parce que celle qu'ils avaient publié le lundi 12 janvier 2015 après les attentats de Charlie Hebdo m'avait déjà interpellé, si parce que c'est le quotidien français pour lequel j'ai le plus d'affinité... J'ai cliqué sur « Partager » et je suis allé me coucher. Le lendemain, avant d'acheter le journal au kiosque, j'ai encore cogité. C'est ma génération qui est sur la photo, dans tout ce qu'elle a de plus beau : bringueuse, cosmopolite, libre. "La génération Bataclan" me parle encore plus, c'est carrément celle de mes proches  : celle qui écoute du rock, qui travaille dans la musique, qui se couche tard le soir. Celle « qui trinque ». En oubliant tout le reste, j'ai senti que la une de Libé s'adressait à moi. Puis, à bien regarder la vingtaine de personnes qu'a immortalisé Frédéric Stucin dimanche soir, sur la Place de la République, j'ai compris qu'elle nous parlait à nous. »

Matthieu

Alors, ça signfie quoi « la guerre » ?

« La une du journal de gauche allemand taz m'interpelle. Pourquoi ? Parce qu'on y voit une jeune femme qui aurait pu prendre un verre, un vendredi soir, sur la terrasse de n'importe quelle métropole en Europe. On la voit pleurer et porter des fleurs. On la voit surtout porter son smartphone, un outil dont plus personne de notre génération ne peut se passer et dont on a fait massivement usage pour s'informer, se rassurer, se sauver (#portesouvertes). Hier, j'ai entendu un témoignage à la télé. Une personne qui était présente au Bataclan se rappelait de la scène d'horreur, de corps inanimés et ensanglantés par terre, d'un silence de mort, seulement interrompu par des sonneries de téléphones, coincés dans la poche des gens. La une de la taz pose une question à une génération, justement marquée par le fait d'avoir grandi dans la paix : « Alors, ça signifie quoi la guerre ? » Elle fait référence à des déclarations politiques surtout française, en partie internationales, suite aux attentats de Paris, mais aussi à notre incapacité - en tant que jeune génération européenne - à répondre à cette question. C'est quoi alors la guerre ? On ne sait pas, on ne connaît pas et on ne veut pas connaître. »

Katharina

Un acte de guerre

« Personnellement, je ne suis forcément d'accord avec l'idée de montrer la photo des gens qui pleurent après un évènement d'une ampleur telle que celle des attaques à Paris. En général, je trouve la démarche sensationnaliste. Peu sensible. Mais là, je me sens touchée par cette une. Je trouve qu'elle reflète bien les émotions que j'ai pu observer après les attentats. Ce n'est pas que les rues de la capitale française sont pleines de gens qui pleurent, mais que le drame a affecté tout le monde, sans distinction de religion, d'âge ou de condition sociale. Par-dessus-tout et comme en témoigne les photos, ce drame a affecté les jeunes. Ces attaques nous ont visés, nous et notre mode de vie. C'est nous, qui pleurons désormais. »

Naiara

Tués au nom d'un terrorisme sans pitié

«  J’en ai marre de voir des images de mort et de destruction sur les couvertures des journaux anglais. Trop souvent, leur couverture se concentre sur les gens qui commanditent les attaques, avec cette tendance au sensationnalisme et à l’islamophobie qui ne fait rien d’autre qu’attiser la haine. La plupart de la presse anglaise a mis en avant les acteurs des attentats, sauf The Guardian qui a choisi de se concentrer sur les victimes. Les visages de ceux qui ont été tués : multiethniques, jeunes et souriants. Des visages qui nous montrent toute l’ampleur de la tragédie de Paris. Beaucoup mieux qu’une photo d’un policier armé. »

Joseph

Le massacre du meilleur de la jeunesse

« Aujourd’hui, tous les journaux italiens consacrent une large place à la mort de Valeria Solesin. Vendredi, la jeune femme était au concert d’Eagle Of Death Metal au Bataclan. Puis, portée disparue. Une lueur d’espoir. Puis la triste confirmation. Certains collègues de la rédaction ou des amis connaissaient, directement ou indirectement, Valeria et d’autres jeunes victimes des attentats de Paris. L’Unità est l’un des rares journaux à avoir décidé de mettre clairement l’accent sur "le meilleur de la jeunesse", véritable cible des attaques. Plus précisément, les terroristes ont ciblé tous les lieux de rencontre et de convivialité de cette jeunesse. À côté et entre plus de 130 personnes désormais décédées, nous trouvons les parents, les proches, les amis : toute une population marquée à tout jamais. »

Lorenzo