Société

Couacs aux concours européens

Article publié le 31 octobre 2007
Article publié le 31 octobre 2007
Des concours pour accéder à la fonction publique européenne ont dû être repoussés en raison de la publication des avis de concours dans seulement trois langues.

Cent cinquante postes de fonctionnaires européens, en CDI et rémunéré à 4 012 euro nets par mois, dans le secteur de l’information, la communication et les medias. La perspective est enviable -d’autant plus à l’ère de la précarité de masse- pour la douzaine de milliers de candidats déclarés « aptes » par l'EPSO, le bureau européen de sélection du personnel. Nom de code de l’avis, publié le 28 février 2007 ? ‘EPSO/AD/94/07’. ‘AD5’ pour les intimes.

L’italien snobé

Seul problème dans une procédure pourtant bien huilée : le bureau de recrutement n’avait publié l’offre qu’en anglais, en français et en allemand, omettant ainsi les 20 autres langues officielles de l’UE. Une violation en bonne et due forme des traités européens, qui imposent la publication de ces avis dans toutes les langues reconnues par Bruxelles. Parmi ces idiomes figurent notamment l’italien que la Commission continue de snober.

Le 20 juin dernier, au grand étonnement des candidats, une lettre leur parvient, précisant que pour cause d’ « omission administrative », la période d’inscription à concourir est réouverte, et sa clôture reportée du 28 mars au 18 juillet. Et l’avis qui suit se retrouve publié dans les 20 autres langues et non dans les ‘19’ autres langues comme l’avait d’abord annoncé l’EPSO, commettant ainsi un étrange lapsus.

Cet incident ne fait que confirmer l’insuffisante familiarité de certains services de la Commission avec le multilinguisme. L’eurodéputé Alfredo Antoniozzi, gardien notoire de la langue de Dante, a été le premier à souligner ces couacs. Dans sa question du 14 mai à la Commission -dont dépend l’EPSO- cette figure du parti conservateur ‘Forza Italia’ passait à l’offensive : « Derrière le choix de publier les avis uniquement en trois langues se cache une volonté de réitérer de façon aggravée l’omission de publier en italien, en l’occurrence rien de moins qu’un concours public».

Protestation sur laquelle a renchéri le Parlement européen, en se montrant encore plus sévère à l’égard de la Commission, par la voix de la socialiste María Isabel Salinas García. « Etant donné que le précédent concours pour administrateurs ‘EPSO/AD/25/05’ avait donné lieu à des erreurs caractérisées […], la Commission ne juge-t-elle pas opportun de contrôler plus étroitement le fonctionnement de son agence EPSO ? »

Administration chaotique

« Le problème », raconte un dirigeant expérimenté de la Commission, « est que les retards chez nous sont dus à une administration chaotique et à une mauvaise gestion des traductions, phénomène aggravé au cours des dernières années par l’entrée de douze nouveaux pays dans l’UE». Ces Etats ont amené dans leurs valises des langues telles que le maltais ou le slovène, auxquelles l’Irlande en 2007 a voulu ajouter le gaélique, à la grande joie des passionnés de culture celte…

Pourtant, selon ce haut fonctionnaire européen, une importante contradiction se fait jour : « bien que les traités européens prévoient clairement l’égalité des langues, seuls l’anglais et le français sont réellement utilisées dans les couloirs des institutions. Quand bien même chacun aurait l’opportunité de communiquer dans sa langue, on peut considérer qu’à la fin, on opte toujours pour l’anglais ».

Tandis que le débat sur le multilinguisme des institutions se ravive – multilinguisme qui avait coûté 511 millions d’euros en 2005 –, le site d’EPSO reste pour l’heure traduit en anglais, en français et en allemand. Entretemps, le concours AD5 suit son chemin. En attendant les résultats prévus pour juillet 2008.