Société

Constitution hongroise : la résistance molle des jeunes à Budapest

Article publié le 26 mai 2011
Article publié le 26 mai 2011
« Nous respectons le droit de la Hongrie d'adopter sa propre constitution, mais les valeurs européennes, les droits fondamentaux et les droits des minorités doivent être respectés ». Après son adoption par le Parlement hongrois le 18 avril, la Constitution hongroise était à l'ordre du jour du Conseil de l'Europe ce jeudi 26 mai. Polémique. Cafebabel.

com livre à cette occasion l'opinion de jeunes hongrois à Budapest sur ce texte constitutionnel qui entre en vigueur le 1er janvier 2012.

Après 11 mois de travail et 9 jours, la nouvelle Constitution hongroise a été adoptée le 18 avril avec avec 266 votes pour, 44 votes contre et une abstention (les socialistes et les libéraux ont boycotté le vote). Cafebabel.com Budapest a demandé l’opinion de 50 jeunes hongrois... et a obtenu 8 réponses.

La jeunesse hongroise est apolitique. Ce n’est pas seulement le nombre des personnes interrogées qui le montre, mais leur inactivité dans la manifestation le reflète également. Un groupe facebook « Egymillióan a magyar sajtószabadságért» (« Un million pour la liberté de la presse ») créé contre la loi des médias annonçait une action de Pac-Manisation le jour du vote et ils attendaient en particulier des personnes de moins de 35 ans pour y participer. L’objet de cette action était, au moment de l’adaptation d’une nouvelle Constitution, que les gens forment un Pac-Man, et vêtus de orange-Fidesz (la couleur du parti au pouvoir) qu’ils mangent un paragraphe (formé par des gens vêtus de blanc) représentant l’Etat de droit. Ils attendaient 500 personnes mais seulement une centaine est apparue.

Cafebabel.com a demandé à l’organisateur Fölkel Robert son opinion. Il  qui considérait cette action réussie. « Nous avons vu beaucoup de jeunes, et nous avons un grand nombre de jeunes fans sur facebook. La Pac-Manisation était destinée à montrer au gouvernement que même ce groupe d’âge ose s’exprimer pour dire que quelque chose n’est pas juste ». Selon lui, « c’était un évènement spectaculaire. Nous voulions que les photos ou vidéos prisent pour l’occasion fassent le tour du monde ». Sur les 8 personnes interrogées, une seule a participé à la manifestation.

Rêve mégalomaniaque

 « Je suis heureux que quelque chose se passe enfin dans mon pays »

Le gouvernement hongrois a envoyé à chaque électeur une lettre personnelle pour qu'ils s'expriment sur plusieurs articles de la Constitution, mais 6 personnes sur 8 interrogées sont convenues que le processus de Constitution négligeait le dialogue social. L’attitude du gouvernement peut se résumer à : « Nous l’avons décidé, nous l’adopterons même si nous devons en mourir », critique Axel, un étudiant en économie de 2 ans. « Je suis un col blanc mais je ne comprends pas les questions », se plaint Eva, 32 ans, d’origine slovaque. « Orban et sa bande créent un scandale chaque semaine », dit Nellie, 25 ans, annonceur. « Je suis fatigué de suivre tout ça. Je me demande ce qu’il se passera plus tard, mais tant que je ne suis pas concerné directement, je ne m’en préoccupe pas plus que ça. »

« Le gouvernement essaye de remplir les livres d’histoire »

Dans l’ensemble, les jeunes accueillent favorablement le fait que la Hongrie ait une nouvelle Constitution. Klari, 24 ans, ne s’occupe pas de politique mais est ami avec le Premier ministre Viktor Orbán sur facebook. « Je suis heureuse que quelque chose se passe enfin dans ce pays », dit-elle. David, un politologue de 27 ans, est lui pris par le et les regrets sur ce texte législatif : « Cela donne l’impression d’avoir une Constitution octroyée, comme celle que nous avions eu des Habsbourgs en 1849 après la chute de la révolution hongroise. La bonne communication du gouvernement, le Premier ministre, et l’opposition maladroite ont mené à une Constitution qui semble tout droit sortie du rêve de quelques puissants fanatiques qui voulaient laisser leur empreinte dans l’Histoire. Dommage, car cela aurait pu (et aurait du) être un vrai triomphe pour le pays tout entier ». Bori, un journaliste de 26 ans, est d’accord avec la métaphore de l’empreinte. « Il y a toujours une crise. Nous ne devrions pas nous occuper de la Constitution maintenant. C’est expédier une pseudo-politique. Le gouvernement essaye de remplir les livres d’histoire. »

Dieu bénisse les Hongrois

« Je n’ai pas vraiment pu trouver la Constitution en ligne », dit Rita, 29 ans, qui travaille dans une agence de communication et suit des études pour devenir traductrice bilingue espagnol-hongrois. Elle fait partie des quelques 7 millions (seulement 900 000 sur 8 millions ont répondu) qui ont préféré jeter la lettre du gouvernement par la fenêtre. Ses craintes, elle les a glanées ça et là dans les forums internet, comme celui de la section linguistique de l’Académie des sciences hongroises. La terminologie peut mener à une fausse interprétation si les marques de ponctuation sont placées avec erreur. Par exemple, la citation de l’hymne national hongrois n’était pas placée entre guillemets : « Dieu bénisse les hongrois » peut ainsi être vu comme une demande légale.

Rita explique aussi que des parties manquaient dans la première traduction de la Constitution, ce qui aurait pu mener à des questions dans l’Union Européenne. Par exemple l’article sur l’espoir de l’actuelle vie en incarcération sans liberté conditionnelle (« LWPO ») n’était pas traduit, tout comme ne l’était pas le prétendu préambule sur la croyance nationale qui déclare que la Hongrie est un pays chrétien – les citoyens tels qu’Eva en sont vraiment furieux. « La nouvelle Constitution hongroise commence avec la modification de l’histoire, critique-t-elle. Mais 100 000 juifs vivent en Hongrie. C’est la plus grosse communauté juive d’Europe centrale orientale ». Des organisations comme Amnesty International font part de leur peurs : la Constitution correspondra-t-elle aux valeurs fondamentales européennes ? Elle prendra effet en janvier 2012.

Un débat sur la constitution hongroise est prévu lors de la prochaine session plénière du Parlement européen le 8 juin, qui prévoit de voter une résolution.

Photo : daweiding/ Dawei DING/ Flickr