Société

Climat : l'UE se donne de l'air 

Article publié le 4 octobre 2016
Article publié le 4 octobre 2016

En ratifiant le texte, l'Union européenne vient de paver une autoroute dégagée pour que l'Accord de Paris - négocié lors de la dernière COP21 - entre en vigueur avant la COP22. Si c'est une excellente nouvelle pour la planète, il ne faut pas oublier les enjeux de demain ni la façon avec laquelle l'accord a été obtenu. 

Le mois dernier, à l'occasion du sommet de G20 à Hangzhou, les États-Unis et la Chine - les deux plus gros pollueurs du monde - annonçaient vouloir ratifier l'Accord de Paris. Un tas d'experts considèraient alors l'engagement des deux plus puissantes économies de la planète comme un tournant dans la lutte contre le changement climatique. Mais aujourd'hui, c'est une autoroute que vient d'ouvrir l'Union européenne. En approuvant le vote du Conseil de l'UE, le Parlement européen a permis au traité issu de la COP 21 d'entrer en vigueur avant l'ouverture de la COP22.

Le texte exigeait la signature de 55 pays représentant 55% des émissions mondiales. Ce seuil de nations avait été atteint lors de la cérémonie des ratifications, à New-York, le 21 septembre dernier. Mais les pays en question ne représentaient que 47,7% des émissions. Après la ratification de l'Inde (qui représente à elle-seule 4,10% des émissions, ndlr) et de l'UE (12,1% des émissions mondiales, ndlr) - qui compte sur la ratification simultanée de 7 pays (Allemagne, Autriche, France, Hongrie, Slovaquie, Malte et Portugal, ndlr) - le compte est bon. L'accord de Paris peut tranquillement entré en vigueur avant le 7 novembre, date du début de la COP 22 à Marrakech.

Fort de cette décision, l'Europe pourra également s'asseoir à la table des négociations et donc avoir son mot à dire sur la mise en oeuvre du traité. En commençant par respecter son deal passé lors de la COP21 qui l'engageait à réduire d'au moins 40% ses émissions de gaz à effet de serre en 2030 par rapport à leur niveau de 1990. Franchement, il y a de quoi se réjouir parce que le processus n'a pas vraiment été une sinécure. Selon Connie Hedegaard, ancienne Commissaire pour l'Action climatique, avant le vote, « de nombreux Européens se sont demandés, où est l'Europe ? Pourquoi ne nous sommes pas prêts pour ça ? Parce que nos processus de prises de décisions sont plus lents. L'environnement devrait être l'une des priorités qui nous permettent de regagner la confiance des citoyens européens ».

À une époque où le Brexit et la crise des réfugiés ont discrédité l'image de l'Union, les États membre se devaient de présenter la ratification de l'Accord de Paris comme un objectif politique tangible et important. C'est chose faite, mais on peut continuer à s'interroger sur la lenteur du processus qui, un temps, a écarté l'Europe de la scène diplomatique sur la question vitale du climat. 

À quoi sont dues ces complications ? Au fameux « concert des nations ». L'orchestre est très difficile à diriger lorsque chaque État membre imposent ses conditions. En juillet dernier, la Commission a proposé une première étape appelée « Effort Sharing Decision » afin d'impulser la procédure. Elle s'est tout de suite heurtée aux doléances de certains pays comme la Pologne qui exigeait des garanties financières sur la construction de centrales à charbon. Une question reste également suspens : celle de l'impact du Brexit dans la mise en oeuvre de l'Accord de Paris. Le Royaume-Uni a été et demeure le pays de l'Union qui contribue le plus à l'objectif que l'ensemble des signataires se sont donnés à l'horizon 2030. Bien malin celui qui saura prévoir le rôle des Britanniques dans quelques années sur le climat. 

S'il faut bien évidemment se rejouir de la décision de l'UE aujourd'hui, n'oublions pas le processus dans lequel elle a été fomentée ni les enjeux considérables qui attendent le Vieux Continent à l'avenir.