Société

Classement de Shanghai : branle-le-bas de combat dans les universités européennes

Article publié le 27 novembre 2008
Article publié le 27 novembre 2008
Comme d’habitude, les vieilles facs européennes sont à la traîne et les universités anglo-saxonnes mènent la barque... Le classement de Shanghai commence à chauffer sérieusement les oreilles des grandes écoles françaises qui tentent de trouver une alternative.

Les universités d’Europe continentale sont à la traîne, et les Grandes Ecoles françaises font la moue. En France, certains titres de presse n’hésitent pas à faire usage d’un vocabulaire très militaire quand l’Ecole des Mines de Paris, la fabrique à ingénieurs française, « dégaine » (dans L’Express) son classement « anti-Shanghai » (dixit L’Expansion) pour sauver les « universités tricolores » (poursuit Les Echos). Contre le classement des universités mondiales dit de « Shanghai », la vieille garde universitaire française contre-attaque. Pour certains, ce n’est qu’un signe de plus que la Chine, comme d’autres pays émergents, est en train de prendre la tête de la mondialisation. Pour d’autres, il s’agit même d’un enjeu national. Voici quelques éclaircissements sur ce qu’est exactement ce « classement de Shanghai ».

Quels critères pour juger une université ?

(kainet/flickr)A l’origine, il s’agit d’un simple classement des 500 meilleurs établissements mondiaux, établi par l’Université chinoise de Jiao Tong, sur la base de critères académiques (nombre de citations dans les publications scientifiques, Prix Nobel …) Et c’est bien là le cœur du problème. Car si les grandes facs américaines (Harvard, Stanford, Berkeley) caracolent en tête, et que leurs concurrentes britanniques et allemandes parviennent encore à tenir la distance, avec une quarantaine d’universités classées, la France s’enlise, en plaçant seulement 23 de ses universités. C’est dans ce contexte que Valérie Pécresse, la ministre de l’enseignement supérieur française, a annoncé la création d’un classement propre aux universités européennes d’ici la fin de la Présidence française de l’Union européenne (UE).

L’Ecole des Mines est allée plus loin, en présentant cette année, et pour la deuxième fois consécutive, son propre classement des meilleures écoles mondiales. Cette fois-ci, ce n’est plus le prestige du corps professoral qui est privilégiée, mais plutôt les « performances des formations délivrées dans les établissements supérieurs », dixit le site Internet des Mines de Paris. Ainsi, on ne prendra plus en compte l’importance de la recherche publiée en langue anglaise, mais le nombre d’anciens élèves occupant un fauteuil de PDG dans les 500 plus grandes entreprises mondiales. Et là, on assiste à un renversement de vapeur. Les Grandes Ecoles françaises s’en tirent beaucoup mieux et des établissements comme HEC, l’ENA ou Polytechnique occupent le devant de la scène. La Vieille Europe, et surtout la France, sont maintenant rassurées.

Un classement des classements ?

(wallyg/flickr)Mais, là encore, les spécialistes sont loin d’être unanimes sur la pertinence des critères de sélection. Pour beaucoup, le classement des Mines est tout simplement faussé par le très grand nombre de groupes français parmi les poids lourds de l’économie mondiale. A cela s’ajoute le fait que, dans la majorité des cas, comme le souligne le chercheur Hervé Joly, la nationalité du pays du siège social d’une société reste bien souvent identique à celle de son dirigeant. Ainsi, alors que la plupart des patrons français sont issus des même « business schools », il est normal de trouver ces dernières dans le Top Ten de ce nouveau classement.

A l’inverse, les universités allemandes ne connaissant pas ce principe des Grandes Ecoles, fonctionnant pour une large part sur le principe de réputation, sont mises à l’écart. Les grands dirigeants allemands sont pratiquement diplômés d’autant d’universités différentes, poursuit Hervé Joly. Finalement, des négociations sont en cours entre les directeurs des Mines et de l’Université de Jiao Tong pour fusionner les deux classements et croiser les deux critères, académiques et d’efficience.

Bref, il n’existe pas de recette miracle pour les classements des établissements d’enseignements supérieurs. Et avant de se demander quand viendra un classement des classements, peut-être faut-il s’interroger avant tout sur la pertinence-même de l’idée de classement d’universités de nationalités, de langues et de spécialités somme toute très différentes les unes des autres.