Société

« Chez moi, c'est où je veux! » : la nouvelle émigration européenne et américaine

Article publié le 27 janvier 2012
Article publié le 27 janvier 2012
Un nombre grandissant des 25-35 ans qui quittent leur pays en quête de réussite choisissent des destinations alternatives aux États-Unis, leur préférant l'Australie, l'Amérique latine et l'Asie. Il semblerait que l'American Dream ait perdu de son attrait proverbial, laissant place à de nouveaux idéaux que même les jeunes américains s’empressent d’épouser.

De l’ « American Dream » à la « Great Escape »

C'est America Wave, l'institut américain qui analyse les flux migratoires des jeunes américains, qui a mis un coup de projecteur, non sans une pointe de préoccupation, sur un fait inédit : en 2011, environ 2,5% de la population vivant aux États-Unis a décidé de s'installer de l'autre côté de l'Atlantique de manière permanente, contre 0,8% en 2009. Ce sont surtout les jeunes entre 25 et 34 ans qui manifestent cette soudaine envie d'ailleurs, ce besoin de se confronter à soi-même, dans un contexte peut-être plus stimulant.

« J'ai juste envie de m'installer ailleurs » : voilà la réponse la plus fréquemment donnée par les personnes interrogées. Soit une déclaration qui ne laisse pas de place à de nombreuses interprétations. Mais Bob Adams, PDG de America Wave, fait un examen de conscience et se demande si cette soudaine envie d'évasion ne serait pas liée à la transformation d'une nation qui, au lieu des opportunités forgées par les proverbes, offre uniquement à ses jeunes une montagne de dettes et une économie en difficulté.

L'Europe, nouvelles perspectives et escales traditionnelles

Si l'Amérique n'est pas prête, le Vieux Continent, lui, point de départ (presque) par excellence, continue à enregistrer une augmentation de la mobilité internationale. Un phénomène loin d'être étonnant, étant donné les récents évènements politiques et le déclin économique désormais affiché de nombreux pays du bassin méditerranéen. Cependant, les jeunes européens ont tendance à révolutionner le concept de départ, utilisant la crise comme un prétexte pour se réinventer soi-même, et envisageant l'Europe comme une zone franche, un terrain d'expérimentation au sein duquel ils peuvent se déplacer librement.

L'Allemagne, menée par Angela Merkel, confirme son statut de point de chute des sans-emploi en provenance d'Europe du sud. Et bien que la Lituanie se révèle être le pays dont le taux d'émigration juvénile est le plus élevé, les flux migratoires en provenance de l'Espagne et de la Grèce ne connaissent pas de trêve. L'Italie n'est pas en reste, mais elle présente cependant un trait particulier : la Ligurie, dans le nord du pays, est la région qui voit fuir le plus grand nombre de diplômés. Elle est définie par l'Istat comme la région italienne ayant le taux de rétention le plus bas.

Il n'est pas du tout atypique que les Européens, lorsqu'il s'agit de choisir une patrie d'accueil, jettent leur dévolu sur un autre continent, préférant de nouveaux ports d'attache au détriment des destinations de prédilection des expatriés. C'est le cas des Portugais, qui émigrent vers les ex-colonies du Brésil et de l'Angola, donnant ainsi vie à la vague migratoire la plus importante depuis 1960. Dix ans après l'effondrement économique de 2001, l'Argentine, terre d'exilés, se retrouve protagoniste d'une migration à l'envers, accueillant un nombre croissant de jeunes européens. De la même manière, un surprenant flux de retour s'est développé au cours de l'année passée en Allemagne, où les jeunes turcs issus de la seconde génération d'immigrants ont abandonné le territoire allemand pour regagner la Turquie, sacrée nouveau tigre asiatique depuis la crise de 2009.

L'Argentine, autrefois terre d'exil, se retrouve terre d'acceuil de nombreux Européens, dix après la crise de 2001.

La crise : condamnation ou solution ?

Malgré les préoccupations d'America Wave, les statistiques éplorées et les recensements catastrophiques, il semblerait que le moment de redéfinir le concept de frontière et de faire face à un stéréotype difficile à éradiquer soit arrivé. Grâce à une ingénieuse parodie de la rhétorique sur la fuite des cerveaux, l'hebdomadaire italienInternazionale a condamné les idées préconçues qui assimilent le départ à un échec.

Les jeunes européens semblent vivre l'Europe d'une manière résolument différente que les générations précédentes. Et malgré la crise, le chômage et les impôts, certains choisissent de passer les frontières avec pour seule motivation la curiosité de vivre dans un autre pays, ou bien parce que, de manière inattendue, ils s'identifient à la culture d'une aire géographique différente de celle au sein de laquelle ils ont grandi.

Dans bien des cas, c'est la volonté de se mesurer à une autre facette de soi-même, celle qui se montre au grand jour uniquement dans une dimension d'altérité, qui est le facteur déclenchant d'un nouveau départ. En cette nouvelle année, l'Europe, ainsi que les États-Unis, devraient garder ça en tête, et travailler non pas en vue d'une réintégration forcée de ceux qui ont déjà pris le large, mais dans l'intention de poser les fondements d'une dynamique d'échange cosmopolite et enrichissante.

Photos : Une (cc) Mait Jüriado/flickr ; Buenos Aires (cc) micmol/flickr