Société

Cherilyn MacNeil : « Au final, nous sommes tous des geeks »

Article publié le 28 septembre 2009
Article publié le 28 septembre 2009
Différents mais tous pareils… La charismatique chanteuse et pianiste du groupe sud-africain Dear Reader, 24 ans, mêle spiritualité et cœurs brisés à un son folk enchanté. Rencontre.

« Pour les gens de l’extérieur, Johannesburg doit sembler pire que ce qu’elle est… Moi, je m’y suis simplement habituée »

Cheri a l’esprit de groupe. C’est pourquoi elle est accompagnée de ses deux collègues, le bassiste Darryl Torr et le batteur Michael Wright, lorsqu’elle arrive pour l’interview. Il fait incroyablement chaud ce jour-là à l’aéroport désaffecté de Tempelhof, dont l’un des hangars abrite le Festival de Berlin. Alors qu’une file interminable d’amateurs de concerts s’étend devant le bar pour avoir de l’eau, la chanteuse, elle, est propre comme un sou neuf, et brille d’un teint qui fait penser à ceux des elfes. Elle répand la paix autour d’elle avec son sourire époustouflant au milieu de toute cette agitation. On pourrait penser que cela vient uniquement du naturel de cette personne résolument optimiste, mais certaines choses y ont contribué : « Nous avons passé des moments merveilleux à Berlin. Nous nous sommes baignés dans le lac, nous avons pique-niqué dans le parc, nous avons participé à un quiz sur la musique et nous avons même gagné ! Et je suis allée faire un tour de vélo. En Afrique du Sud, c’est l’hiver, donc pour nous, c’était des vacances d’été ici ! »

Et on croit à cet enthousiasme. En outre, le groupe semble bien s’entendre, puisqu’il loge dans le lieu le plus en vogue actuellement, à la frontière entre Kreuzberg (un quartier populaire de Berlin) et Neukölln (8e arrondissement administratif de Berlin). C’est un coin qui n’est pas encore assez chic pour y attirer les galeries et les investisseurs, mais qui n’est plus aussi insalubre qu’avant : des magasins et des bars sympas s’y sont installés entre temps.

Johannesbourg, criminalité et diversité

Un tout autre air règne à Johannesbourg, ville d’où vient le groupe. « Jo’burg », comme l’appellent ses trois millions d’habitants, a avant tout la réputation d’être la ville la plus dangereuse du monde. Une vie cousue par la peur des effractions et de la violence. « Pour nous, cela est normal, parce que ça a toujours été ainsi. Bien sûr, on doit faire attention, mais on le fait automatiquement. Bien sûr que je ne me balade pas n’importe où la nuit, que je préfère prendre ma voiture, et que je fais attention à sortir toujours en groupe. Pour les gens de l’extérieur, la ville doit sembler pire que ce qu’elle est… Moi, je m’y suis simplement habituée. »

Darryl intervient dans la conversation. Il est né et il a grandi a Johannesbourg, et voit cette ville comme un lieu aux possibilités infinies, pour longtemps encore inépuisables, et il attend dans un avenir proche des événements extrêmement excitants. Cheri ajoute : « En fait, c’est la ville la plus cosmopolite de notre pays, elle a une histoire difficile, mais beaucoup de cultures différentes y vivent aujourd’hui, même si c’est souvent plus séparées les unes des autres que tous ensemble. »

Losing my religion

La scène musicale sud-africaine est donc variée et bigarrée : outre la musique africaine traditionnelle, le hip hop, la danse et la musique (qui suivent le modèle USA) occupent en ce moment les rangs les plus élevés des « charts ». La totalité de l’Afrique du Sud semble avoir été conquise par la musique commerciale à la mode. Toute l’Afrique du Sud ? Non ! Depuis quelque temps, une petite scène de musique indépendante se cristallise. Le groupe Dear Reader existe en fait depuis 2006. A l’époque, le groupe s’appelait Harris Tweed, mais il a dû abandonner ce nom en 2008 en raison de sa ressemblance avec celle d’une marque de vêtements.

« Si Jésus est mon ami, dites-moi où il est parti », écrit Cheri dans une chanson. La chanteuse était auparavant très croyante : « J’ai été élevée de manière religieuse, et j’ai continué à croire ensuite. Sauf, à une certaine époque, où j’étais vraiment quelqu’un de difficile. J’ai alors perdu ma foi, même pas parce que j’ai vécu un événement dramatique, juste comme ça. C’était la première fois que mon cœur se brisait, bien avant que ce soit pour les garçons, dont mes chansons parlent. Pour moi, d’une certaine manière, c’est assez étrange d’en parler. Quand je regarde en arrière la personne que j’étais avant, je me dis, ouah, qui est cette personne ? J’étais vraiment un monstre ! » Entre temps, elle a changé de route mais son intérêt pour la spiritualité, la philosophie et le grand « pourquoi ? » de la vie sont restés.

Chagrin d’amour

Cheri a écrit de nombreuses chansons sur ses peines de cœur. Etonnant pour quelqu’un d’aussi renversant que cette femme de rêve, dont la beauté intérieure devient plus évidente au fur et à mesure qu’on apprend à la connaître : « Ah, tu sais, autrefois à l’école, je me sentais toujours moins cool que d’autres enfants très populaires. Et un beau jour, j’ai découvert que j’ai aussi pu être admirée par d’autres personnes. On peut le remarquer que bien plus tard et ça peut être un choc ! En définitive, nous sommes tous des ‘geeks’. Nous ferions mieux de parler les uns avec les autres, plutôt que de persister à gaspiller du temps à essayer d’être cool. J’aime bien, quand on rencontre quelqu’un et qu’on se découvre des points communs. C’est ce qui est génial avec la musique, on y trouve des bouts de personnalité qui sont d’ordinaires enterrés profondément. »

Cherilyn MacNeil expose les différences qui existent au sein de la société sud-africaine : religion, couleur de peau, us et coutumes… Il existe sûrement un point commun pour lequel cela vaut la peine de se battre : « Same, we’re both the same/ We share the same heart/ We’re made of the same parts. » (« Semblables, nous sommes tous les deux semblables/ Nous partageons le même cœur/ Nous sommes composés de la même matière »). Monstre ou pas…