Société

Bulgarie : des maisons 'luxe, calme et isolement'

Article publié le 17 janvier 2007
Article publié le 17 janvier 2007
En Bulgarie, les étrangers et certaines familles aisées s'installent de plus en plus dans des quartiers résidentiels clos et sécurisés, des 'gated communities'.

« Dès qu’un Occidental habite quelque part, cela se sait tout de suite », affirme Dieter Lehne. Ce fonctionnaire allemand a passé près d'un an à Sofia pour son travail. Une fois installé dans la capitale bulgare, il a emménagé dans une 'gated community' [communauté fermée], de peur des cambriolages. Lehne affirme s'être senti plus en sécurité dans ce quartier fermé. Et il n'est pas le seul.

Aujourd'hui, ce type d'habitation se multiplie dans les grandes villes de cet ancien Etat membre du pacte de Varsovie. Cerné de hauts murs, les 'gated communities' sont équipées de caméras de surveillance tandis que la porte d'entrée reste en permanence veillée par un gardien.

1500 euros le mètre carré

Outre les étrangers, ces quartiers résidentiels coupés du monde rencontrent aussi un vif succès auprès des Bulgares qui en ont les moyens. D’après l’agence immobilière 'Address', plus de 50 projets aux noms évocateurs de 'Comfort Inn' ou 'Embassy Suites' sont actuellement à l’étude ou en construction à Sofia. Le prix du mètre carré varie entre 650 et 1500 euros, en fonction de l’emplacement et de la gamme de prestation proposée.

Dans la ligne de mire des investisseurs : la banlieue Sud-Est de Sofia. En raison du boom de la construction dans la capitale, les grandes surfaces constructibles se font rares. C’est pourquoi on constate un « élargissement de la zone urbaine vers le Sud-Est », explique Mladen Mitov, manager de l’agence immobilière 'Yavlena'.

A environ sept kilomètres du centre-ville, les terrains sont légions et se situent en outre à deux pas de la station de montagne Vitoscha, où se pratiquent randonnée en été et ski en hiver. Quant aux villages situés dans un rayon de 30 km autour de Sofia, ils deviennent des lieux de construction attractifs pour les implantations d’habitats privilégiés.

Lorsque la Bulgarie était encore sous le joug de Moscou, « bon élève » de l'univers soviétique, les hauts fonctionnaires du parti communiste disposaient de leurs habitations isolées et bien gardées. Depuis l’effondrement du régime, une nouvelle tendance à l’immobilier clos voit le jour. Aujourd’hui, ce n’est plus la carte du parti qui donne accès aux luxueuses maisons individuelles mais tout simplement la fortune personnelle.

« L’aspiration à l’isolement est compréhensible », justifie Dieter Lehne. « Les écarts sociaux créent des tensions. » Il est vrai que les différences de salaires sont très marquées en Bulgarie. Le revenu minimum est actuellement à 160 Leva [soit environ 80 euros]. Un professeur de lycée touche 150 euros par mois, tandis qu’un programmeur informatique en touchera dix fois plus dans le secteur privé.

Luxe, calme et isolement

Les Bulgares qui ont les moyens exigent désormais plus qu'un bon logement. Il leur faut une maison bien située et des voisins convenables.

Selon Katja Zenova, directrice de l’agence immobilière 'Address', la protection contre l’insécurité serait l'argument principal de ces lotissements fermés. Dans une capitale où les embouteillages sont fréquents, le fait de disposer de sa place de parking peut également constituer une bonne raison de choisir de s’installer dans un « complexe ». Enfin, alors que la majorité des espaces verts municipaux ressemblent à des friches, avoir un jardinier qui se charge de l'entretien paysager de la 'gated community' représente un luxe non négligeable.

Surpopulation en ville, pollution et stress sont autant d'autres raisons qui poussent les Bulgares à s’orienter vers ce nouveau type de logements.

Multiplication des pains

Mais ces 'gated communities' voient aussi le jour dans d’autres parties du pays. A Veliko Tarnovo, ville du centre de la Bulgarie qui est depuis quelques années la nouvelles Mecque des investisseurs immobiliers britanniques, le groupe israélien 'Tidhar' a érigé en périphérie une « ville satellite » de 60 000 m² incluant école maternelle et centre commercial.

Dans les stations de sports d’hiver comme Bansko ou au bord de la mer Noire, on construit également des lotissements derrière des murs. Les acheteurs de ces résidences de loisirs sont en majorité des étrangers qui comptent louer leur bien en dehors des vacances ou le revendre avec une bonne plus-value.

Un seul problème subsiste : l’accès à ces logements sécurisés. En effet, il est souvent plein d’obstacles. « Le réseau routier est en mauvais état », critique Zenova. « L’accès à ces bâtiments modernes est ainsi difficile, voire impraticable. »

Depuis le 1er janvier 2007, la Bulgarie et la Roumanie sont membres de l’Union européenne. Pour les découvrir, cafebabel.com vous propose ces prochaines semaines une chronique sociétale de ces nouveaux venus. Le prochain sujet, 'Roumanie : riche en pauvres', sera publié le 18 janvier. Ces articles sont écrits par les auteurs du réseau de correspondants n-ost. L’association n-ost, fondée à Berlin en 2005, fédère depuis 2003 un réseau de journalistes de plus de 20 pays, désireux d'établir des ponts entre l’Est et l’Ouest. Ces journalistes s’engagent pour la démocratie et la liberté de la presse et souhaitent par leur travail contribuer au renforcement de l’Europe.