Société

Brno : l'eldorado des jeunes travailleurs européens

Article publié le 17 octobre 2014
Article publié le 17 octobre 2014

Quelques compagnies multinationales, parmi lesquelles IBM, AVG ou encore Motorola, ont délocalisé leur production dans divers quartiers de Brno. La seconde ville de République Tchèque offre toutes sortes de services dans une zone vaste et interconnectée avec l’Europe centrale. Mais qu’est-ce qui attire tant les travailleurs, dans cette ville réputée pour son manque d’ouverture et d’hospitalité ?

Du château de Spilberk, qui domine Brno de toute sa hauteur, on peut facilement apercevoir le Spielberk Office Centre, un complexe moderne d’édifices donnant sur le fleuve Svratka. Cet endroit est également une oasis linguistique pour les travailleurs étrangers qui peuvent au moins se passer de parler tchèque.

Parmi les multinationales présentes, il n’est pas difficile de trouver un étranger, doté d’un contrat à durée indéterminée et de compétences de base, sachant au moins parler anglais ainsi qu’une autre langue étrangère. Ils occupent le plus souvent des emplois dans des centres d’appels, ou officient comme techniciens informatiques, traducteurs et interprètes.

Laura a été mutée à Brno en janvier 2013 avec son mari Federico, son fils de quatre ans et demi Samuele ainsi que ses deux chihuahuas. Avec les services qu’offre la ville, ils disposent de plus de temps libre, pour des salaires comparables à ce qu’ils connaissaient en Italie. Faire cohabiter le tchèque et leur langue maternelle chaque jour n’est pas aisé, mais ils peuvent compter sur l’aide de leurs collègues italiens, qu’ils retrouvent en-dehors du travail. Davantage de temps libre, c’est également ce qu’ont obtenu Saúl et tous les jeunes espagnols qui ont décroché un emploi ici – peut-être pas celui dont ils rêvaient – dès la fin de leurs études, grâce à un entretien via Skype. Le climat et le tempérament des habitants les rendent nostalgiques de leur Espagne natale. Mais ici réside l’unique alternative à celle du chômage, qui les obligerait à vivre chez leurs parents.

Un marché ouvert sur tous les fronts

Qui d’autre se promène dans cette ville en mouvement, parmi les étudiants et les travailleurs multilingues ? Quid de ceux qui travaillent hors des baies vitrées de ces énormes bâtiments comme on n’en voit même pas à Prague, la capitale tchèque ? Tous sont-ils des citoyens européens, qui jouissent de leurs privilèges dans un pays transformé par les mouvements migratoires ?

Maria s’est démenée pour obtenir un visa d’étudiante qui lui permet de travailler uniquement à temps partiel, convaincue que, de toute façon, elle gagnera plus ici qu’en Ukraine, où elle ne retournera pas tant qu’elle n’aura pas mis assez d’argent de côté pour débuter une nouvelle vie. Elle a commencé à travailler dans la cuisine d’un petit restaurant, jusqu’à ce que ses employeurs, fatigués de sa compréhension limitée de la langue et de leurs recettes étranges, la renvoient subitement, la payant moins que ce qui était convenu.

Lâcher (du) l'est

Comme Maria, de nombreux Ukrainiens et autres citoyens non européens cherchent une porte d’entrée à l’Europe. Artyom pensait sérieusement à demander le statut de réfugié, bien qu’il ait été averti des jours difficiles qu’il devait passer en semi-isolement. L’important était de ne plus retourner en Arménie où, en tant qu’homosexuel, il devrait cacher son identité. Grâce à un visa d’étudiant et l’aide de quelques-unes de ses connaissances, il a enfin trouvé un emploi d’aide charpentier, lui permettant de couvrir ses dépenses et de vivre librement.

Mais tous ne bénéficient pas de l’aide inconditionnelle de leurs compatriotes. Parler russe et ukrainien est un avantage qui permet de faire des affaires : recherche de logements, aide administrative, et même l’organisation de mariages arrangés, dans un marché plus ou moins légal et aux tarifs non réglementaires. Un partenaire avec lequel partager une chambre vous coûtera près de 30 000 couronnes tchèques (un peu plus de mille euros, ndlr). Ceux qui arrivent ici sont généralement disposés à dépenser leurs économies, prêts et aides diverses pour continuer à rêver d’un futur que leur propre pays ne semble pas pouvoir leur garantir. 

Cette ville au cœur de l’Europe est le théâtre de diverses histoires venant de toutes parts, de l’Occident en crise auquel la République Tchèque est assimilée, comme de cet Est auquel le pays fut trop longtemps uni et soumis à l’influence soviétique. Si les nouveaux arrivants font quelques efforts pour apprendre la langue tchèque, tous s’accordent à dire que savoir commander une bière est un bon début.