Société

Blues continental

Article publié le 16 décembre 2006
Article publié le 16 décembre 2006
Dépression, vague à l’âme ou spleen sont très répandus parmi les Européens. Sauf en Italie.

121 millions. C’est le nombre de personnes souffrant de dépression dans le monde selon les derniers chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’institution, basée à Genève, prévoit en outre qu’à l’horizon 2020, cette maladie – dont les symptômes peuvent aller du manque de confiance en soi au sentiment de culpabilité en passant par l’insomnie - sera la seconde cause d’incapacité au monde. Le Vieux Continent ne fait pas exception à cette sombre prophétie. Selon la Commission européenne, les personnes souffrant de dépression en Europe représenteraient 4,5% de la population totale. Et chaque année, 58 000 personnes mettent fin à leurs jours. 90% d’entre elles avaient d’ailleurs eu des problèmes de santé mentale, souvent liés à la dépression. Tour d’horizon des plus mélancoliques Européens.

Estonie : un suicide, baromètre du mal-être

La petite république balte affiche un bien triste record : en 2002, le taux de suicide était de 57 sur 10 000 personnes. L’Estonie arrive en deuxième position sur le classement européen, juste derrière la Lituanie [88 pour 10 000]. « Je pense que le milieu social joue un rôle prépondérant », explique Airi Varnik, directeur de l’Estonian-Swedish Mental Health and Suicidology Institute (ERSI). « Tout comme le climat, la religion, le stress et la consommation excessive d’alcool, » ajoute Varnik. « Le taux de suicide permet certes de refléter l’état de santé mentale d’un pays. Mais il est difficile de donner une estimation précise de la dépression, les statistiques dépendant de trop de facteurs ». Des remèdes ? Selon Varnik, « il faut préconiser les traitements comme la luminothérapie [qui soulage les symptômes par l’exposition à la lumière]. Je doute de l’efficacité des médicaments ».

Finlande, nom de code SAD

Avant l’entrée des pays Baltes dans l’Union européenne en mai 2004, la Finlande était le pays nordique affichant le taux de suicide le plus élevé. Et son lien avec la dépression semble évident. Selon de nombreuses études locales, entre 40% et 70% des cas de suicide font suite à des dépressions. Tout aussi clair est le lien entre neurasthénie et climat. Avec six heures de lumière par jour à partir du mois de novembre, l’ennemi public numéro un des Finlandais s’appelle SAD [Seasonal Affective Disorder], responsable des dépressions dites ‘ saisonnières’ dans lesquelles notre organisme réagit au manque de lumière et au froid hivernal. « 1% des Finlandais souffre de ce trouble chaque hiver», souligne Esa Aromaa, psychologue et coordinateur de projet à l’institut ‘Ostrobothnic Alliance Against Depression’. « Et entre 10% et 25% de la population souffre d’un syndrome dont les symptômes sont assimilables à la SAD. Liée au rythme des saisons, la dépression saisonnière se différencie de la dépression en raison de ses répercutions sur le sommeil et l’appétit ».

Pauvres Français, déprimés ET anxieux

Selon une recherche de la délégation locale de l’OMS basée à Lille, la dépression en France va de pair avec l’anxiété. Une personne sur trois serait affectée par un trouble psychologique et 12% des Français souffriraient de dépression. L’autre donnée alarmante est l’énorme consommation de médicaments, psychotropes et autres : « un vrai problème », selon le professeur Airi Varnik. 65 millions de boites d’antidépresseurs sont consommées chaque année dans l’Hexagone, soit le double des chiffres enregistrés en Angleterre, en Allemagne ou en Italie. Cette consommation représente une vraie manne pour les labos : le marché de psychotropes pèse près de 730 millions d’euros. Selon d’autres recherches, les Français seraient aussi plus enclins que leurs voisins européens à consulter leur médecin en cas de troubles de l’humeur. Une attitude expliquant les prescriptions énormes d’antidépresseurs ?

L’Italie à contre courant

Dans la péninsule italienne, les enquêtes menées sur la dépression révèlent une tendance opposée aux autres pays du Vieux Continent. Une étude réalisée par le Journal of American Medical Association, en association avec l’OMS et l’Université d’Harvard, démontre que le pourcentage de personnes sujettes aux troubles psychologiques en Italie est de 11%, soit trois points de moins que la moyenne européenne, établie à 14%. Pour autant, les Italiens restent peu informés sur la question. La sensibilisation de l’opinion publique est une priorité. Car seuls 26% des Italiens souffrant de dépression s’adressent à un spécialiste.

Crédits photo: Estonie (Patinho1's/flickr); Finlande (Paul Jerry/flickr); France (Vanessa pr's/flickr); Italie (surftsyle/flickr)