Société

Ben Ali éjecté : la Tunisie est un cas à part

Article publié le 17 janvier 2011
Article publié le 17 janvier 2011
Trois jours après l’annonce de la fin du régime tunisien, la situation reste tendue à Tunis : l'armée contrôle les rues et lutte contre les milices restées fidèles au dictateur en fuite Ben Ali. Si la presse européenne se réjouit unanimement de la révolution de jasmin, elle estime toutefois qu'elle ne se propagera pas à d'autres pays arabes.

Der Standard – Autriche : Tunisie : l’entreprise Ben Ali est un cas unique

Si l'administration du président tunisien Zine El-Abidine Ben Ali, aujourd'hui en fuite, a été facile à renverser, cela sera plus dur pour les dictatures iranienne et égyptienne, écrit le quotidien de centre-gauche Der Standard : « La Tunisie était aussi l'exemple d'un régime dénué de toute idéologie et qui œuvrait pour lui seul : une quasi mafia qui disposait du pays comme d'une entreprise. … Il suffit de penser à l'Iran. Dans ce pays, même le double de manifestants dans les rues ne serait pas parvenu à chasser le régime islamiste. Celui-ci a montré une endurance toute autre que celui de Ben Ali. En Egypte, où les réactions sont vives actuellement, la situation est tout à fait différente : le régime n'est pas idéologique, mais contrairement à la Tunisie, où il était question d'argent et de pouvoir interne, il s'agit plus de la politique, de la place de l'Egypte dans la région et dans le monde. Ainsi, il serait important que la transition vers l'après-Moubarak soit envisagée avec lucidité. »

(Article publié le 17.01.2010)

Lidové noviny - République tchèque : Ailleurs, la grogne calmée à coup de pétro-dollars

La chute du dirigeant tunisien Zine El-Abidine Ben Ali pourrait déclencher un effet domino dans le monde arabe si celui-ci ne regorgeait pas de pétrodollars, estime le quotidien conservateur Lidové noviny : « Les prochains sur la liste pourraient être l'éternel autocrate égyptien Moubarak, le Libyen Kadhafi voire même les souverains des monarchies pétrolières du Golfe persique. Dans ces pays également, la population est mécontente, de nombreux jeunes sont privés de travail, sans parler de la répression de l'opposition. Mais les choses ne sont pas aussi faciles dans le monde, encore moins dans le monde arabe. Les événements dramatiques de la Tunisie ont été très spécifiques. Le leader tunisien n'a pas pu apaiser la grogne avec l'argent du pétrole ou du gaz, comme peuvent le faire les régimes de Libye, d'Algérie ou du Golfe. »

(Article publié le 17.01.2010)

Und gibt es ganze Armeen von Jugendlichen ohne Arbeit

Público – Portugal : L’effet domino est peu envisageable

La Tunisie, et avec elle l'ensemble du monde arabe, est à la croisée des chemins, écrit le quotidien Público. Mais les dangers restent grands : « Beaucoup de choses dépendront de la voie qui sera désormais empruntée, et pas seulement pour l'avenir de la Tunisie (où des élections doivent être organisées d'ici 60 jours). … Car la chute d'une dictature qui a opprimé le peuple pendant plus de 23 ans montre à tous les Arabes mécontents et brimés eux aussi par leur régime respectif, qu'il leur est possible de les renverser de la même façon. …. Mais si la chute de Ben Ali a été relativement facile, le régime n'étant pas préparé aux révoltes populaires qui ont éclaté, un éventuel effet domino ne prendra dès lors aucun gouvernement au dépourvu. Sans oublier que … de nouveaux dictateurs sont déjà à l'affût, et ceux-ci pourraient cette fois-ci être issus de l'école intégriste. » 

(Article publié le 16.01.2010)

El País – Espagne : Le silence de l’Europe est complice

La chute du dictateur tunisien Zine El-Abidine Ben Ali constitue un évènement politique d'une importance majeure mais l'Europe garde le silence, critique le quotidien de centre-gauche El País : « Tout ce que l'Europe trouve à faire face à l'un des évènements les plus importants du Maghreb depuis l'indépendance de ces pays, c'est de se taire. Une révolte populaire qui met fin à une longue dictature n'est nulle part anodine. Mais au Maghreb, cela revêt une dimension très particulière. Car la situation économique des principaux Etats de la région est similaire et ceux-ci souffrent de régimes qui, à quelques différences formelles et minimes près, sont tous des dictatures. L'Union européenne adopte également la même attitude complaisante à leur égard, car elle recherche la collaboration des gouvernements nord-africains en matière de terrorisme et d'immigration. Elle ferme donc les yeux sur les atteintes aux droits de l'homme, les scandales de corruption et les fraudes électorales systématiques. »

(Article publié le 17.01.2010)

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Photos : Ben Ali (cc)Nealy J/flickr; Protest (cc)gwenflickr/flickr