Société

Attentats de Paris : « L'amour est plus fort que la haine »

Article publié le 19 novembre 2015
Article publié le 19 novembre 2015

Pourquoi nous devons, plus que jamais, défendre les valeurs humanistes de la France.

La France a subi le deuxième massacre de cette année, dix mois seulement après la tuerie tragique de Charlie Hebdo. Les attaques ont déclenché une mobilisation sans précédent à travers le monde, avec de nombreux soutiens : Obama, Cameron, Merkel et d'autres dirigeants ont exprimé leur tristesse, leur incompréhension et leur détermination à rester forts et unis contre le terrorisme. Dans le monde entier, des bâtiments emblématiques ont été illuminés aux couleurs de la France en signe de soutien.

Trois jours après ces attaques sanglantes, Paris est en deuil. Toute une nation est sous le choc. La devise de la capitale - « Fluctuat nec mergitur » - fait écho à l'état d'esprit actuel de la nation entière. Paris est battu par les flots mais ne sombre pas.

Dimanche, les gens se sont réunis en mémoire des victimes civiles. Le traumatisme collectif est profond : une attaque de panique s'est déclenchée pendant un rassemblement sur la place de la République. Mais le moment est venu de s'unir, tous ensemble, dans la lutte contre le terrorisme et la barbarie. De résister ensemble. De montrer aux coupables de ce bain de sang que la France refuse d'avoir peur. Car ils ne peuvent pas diviser des personnes qui préfèrent la vie à la mort.

Notre réponse : Amour, Humanité et Démocratie

Il est difficile de comprendre le fanatisme religieux et le nihilisme. D'essayer de comprendre quelque chose qui n'a aucun sens, inconcevable pour tous ceux qui n'ont pas subi de lavage de cerveau. Mais notre réponse devrait être l'Amour, l'Humanité et la Démocratie. Cette réponse est loin d'être naïve. Elle est en fait le contraire de ce que représentent les terroristes : la Haine, la Terreur et la Théocratie.

D'après le président Hollande, la France est désormais officiellement en guerre. Ses frontières sont fermées. L'état d'urgence a été déclaré, pour une durée prolongée de trois mois. Ces mesures sont exceptionnelles. Cette réaction reste toutefois discutable. La guerre n'a jamais, à mon avis, permis de résoudre les problèmes.

Mais les conséquences de ces attaques ont fait naître un sentiment de vengeance, de représailles. « Nous frapperons cet ennemi », a déclaré le premier ministre Manuel Valls. Et deux jours après les attentats, la France a mené de lourdes frappes aériennes contre des bastions de Daech. C'est la guerre, mais cette « guerre » est dirigée contre les propres citoyens de la France, contre un « ennemi » qui n'est pas un « autre » traditionnel mais, notamment, les citoyens français. Elle révèle le lent mais inéluctable effondrement des États-nations dans un monde globalisé où posséder le passeport d'un pays ne signifie pas respecter ses valeurs culturelles. Ce sont là des questions complexes auxquelles chaque pays doit faire face en 2015. Et que nous ne pourrons pas résoudre avec des frappes aériennes.

Déshumaniser les terroristes ne nous aide pas

Il est facile de considérer les terroristes comme des monstres, car leurs actes sont si violents et inhumains. Mais ce ne sont pas des extraterrestres - seulement des êtres humains qui ont subi un lavage de cerveau. S'il est facile de les déshumaniser, ce serait s'engager sur une pente dangereuse. Nous savons tous ce qui se produit dans ce cas-là : on peut très facilement aboutir à des massacres et des génocides, et donc plus de violence. Après la colère et la tristesse, nous devons chercher à comprendre comment tout cela a pu arriver. Comment l'État islamique a réussi à attirer autant d'Européens. À quelle vitesse la radicalisation et le conditionnement peuvent mener à des tragédies et des carnages. Ce que nous pouvons faire pour y mettre fin, sans tuer plus de personnes. L'escalade de la violence n'a jamais conduit à la paix. La France et l'Europe doivent choisir la voie à suivre dans les quelques années à venir. Je suis fermement convaincue que si nous bombardons déjà la Syrie, ces frappes ne peuvent pas constituer la seule réponse. Nous allons devoir nous attaquer aux racines du terrorisme.

Plutôt que de déclarer la guerre, nous devons essayer de comprendre ces attaques car ce qui nous distingue des fanatiques religieux et des terroristes, c'est notre attachement à nos valeurs démocratiques. À la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » de cette magnifique invention qu'est la République. À un système judiciaire qui traite chaque être humain de la même façon. À la conviction que les droits de l'Homme sont universels, et non sujets au relativisme moral. Des valeurs que nous devons défendre aujourd'hui plus que jamais. Et surtout, n'oublions pas la devise de Charlie Hebdo : « L'amour est plus fort que la haine ».

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Cet article a été rédigé par la rédaction de cafébabel Berlin. Toute appellation d'origine contrôlée.